IESCHOUA MON AMOUR

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IESCHOUA MON AMOUR
Editions GAP
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4ème de couverture - Extraits - Mot de l'auteur - Revue de presse -
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4ème de couverture :

Loïc mesure près de deux mètres mais il est beaucoup moins grand dans sa tête au dire de ses formateurs. Après une jeunesse défavorisée, il rêve de devenir prêtre. « Curé racaille dans le neuf-trois, c’est choc ! » s’enflamme-t-il. Pas si simple. Malgré une foi aussi fervente que naïve, il est sans cesse recalé pour l’accession aux Ordres Sacrés. Rebuté par les études théologiques, soupçonné de penchants désordonnés, déstabilisé par un prêtre psy aux méthodes singulières, Loïc dépérit dans son séminaire parisien. Le garçon décide alors pour survivre d’appliquer son plan B : faire raconter sa vie par un écrivain privé, un sexagénaire marginal qui a été prêtre autrefois. Une lumineuse amitié les lie peu à peu tandis qu’ils partagent des goûts communs pour la gastronomie, la musique, le cinéma… et une passion intacte pour le mystérieux et toujours fascinant Ieschoua. Mais voilà qu’approche la terrible Semaine Sainte, qui fut fatale à leur héros…

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Extrait :
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« (…)A propos de stars, j’ai pas précisé que la Star Ac j’aime pas, enfin j’aime plus, parce qu’avec mon écrivain privé, je me perfectionne dans la culture, je deviens plus sélectif il dit, dans les programmes qu’on lit ensemble pour se marrer en douce à cause des conneries qui bousillent les cerveaux des français plus que la vache folle anglaise, et je suis bien forcé d’être d’accord avec lui, qu’y a trop de paillettes partout que ça fait mal aux yeux, que les caméras bougent tout le temps, qu’y a toujours aussi sur la Une que des millions à gagner et que les pauvres en fait, les Français d’en bas, ils les gagnent jamais, c’est juste bidon à regarder briller sur l’écran plat qui bouge qui bouge que ça en devient vite fatigant voire obscène il dit. Pourtant, même sur la Une bis très dégoûtante, le summum de la vulgarité mercantile il dit en faisant une grimace vraiment très dégueu, donc, à titre très exceptionnel, j’ai regardé le poste samedi dernier parce qu’il y avait Thierry Uriel et que, d’une manière générale, si les meufs sont plutôt décoratives à la rigueur, à cause du maquillage j’admets, les garçons, eux, sont franchement plus troublants pour l’émotion intime, même touchants comme Thierry qui est un petit blond très efficace avec un corps parfait et un sourire d’archange.

Retour à la case départ où nous attend la ferveur : quand mon écrivain disait ses premières messes, comme il m’a raconté en personne, ça se passait tout pareil pour son Loïc junior, à un détail près que je dirai à la fin. Dans la cave de sa maison, car il avait la chance d’avoir une cave, avec un jardin devant et derrière et même un cabanon pour jouer au fond et faire aussi les petits choses dégoûtantes qu’on fait seul en cachette quand on est garçon enfant comme qui dirait garçonnet galopin, surtout l’été quand ça sent bon dedans le renfermé de la chaleur pleine de moucherons ivres et aussi le gazon qui a été fauché la veille. Donc, dans la cave, pas dans le cabanon horticole, dans la cave qui était assez ordinaire mais ressemblait un peu à la caverne d’Ali Baba à cause des mystères sacrés qui allaient se dérouler là en bas, mon écrivain prématuré commençait par enfiler son déguisement sacré. C’était une vielle robe de chambre bleu roi, en tissu brillant genre satin très chic que sa tata Tatie coui lui avait donnée parce qu’elle était trop vieille et inusitée. Sa maman avait même cousu derrière, tout autour du bord un galon doré pour faire chasuble qui, chez les prêtres catholiques, est la tenue réglementaire pour dire la messe, un peu comme Superman qui a sa tenue spéciale mais qui est forcé, lui, de l’enfiler plus presto et en cachette à cause du danger éminent. Sa mère, il m’a raconté, avait un peu rouspété - en fait, c’est la mienne mais c’est pas important entre nous - car elle avait autre chose à faire, le ménage, le repassage, les courses, les palabres à la Sécu etc. tout ça qui change jamais pour les femmes, les antiques et les post-modernes il dit. Mais elle avait cousu son uniforme par amour et c’est bien ça qui compte dans la vie.

Donc, tout était fin prêt sur le tabouret de piano qui servait d’autel. Car chez mon écrivain préféré il y avait un piano, pas chez nous, le beau tabouret du piano rustique, pas un instrument orgueilleux bouffi comme chez mon âme damnée d’Antonina aussi noire que le monstre à queue énorme, non, un piano simple, tout droit, qui prend pas trop de place à la salle à manger, style nippon parce que chez eux il faut gagner de l’espace vital tellement ils pullulent sur l’archipel malgré les deux bombes anciennes qui aujourd’hui font plus d’effet, bref, un piano de pauvre enrichi. Et sur le dessus du tabouret, une dentelle très bien repassée, c’est important le repassage nickel chrome à cause des miettes de Ieschoua qu’il faudra récupérer après, sinon c’est sacrilège. Sur cette dentelle, une assiette du beau service du dimanche, avec le bord autour en or, et surtout, surtout, le verre en champagne, pas du toc, le vrai cristal qui fait la chanson des anges musiciens quand tu fais tourner tout autour ton doigt mouillé. Là encore ma maman, plutôt sa maman encore parce que c’était la plus souciante des deux et aussi la plus disponible en verres précieux, donc elle lui faisait des tas de recommandations, à cause du verre fragile, du service dépareillé, qu’il risquait de se couper etc. Il y avait, toujours sur le tabouret, toujours sur la dentelle posée sur le tabouret, aussi le dictionnaire Larousse qui était le missel intransportable et une bougie de Noël qu’il avait pas le droit d’allumer à cause des incendies dans les caves qui dérangent tout le temps les pompiers pour rien. Chez nous, au contraire, dans l’appart, j’avais le droit car maman était plus tolérante, disons qu’elle était jamais là à cause de ses ménages, donc je pouvais allumer la bougie rouge. C’est très important les bougies, les cierges, les lumières tout partout dans les églises, surtout à Lourdes ou à Czestochowa que Subito santo préférait plus que la grotte, bien avant sa mort célèbre en prime time sur TF1, car c’est le label de la religion de Ieschoua qui est, comme chacun sait, la Lumière du monde.

Quand tout était prêt, la messe pouvait commencer. Ah ! j’allais oublier et c’est très important dans nos souvenirs ensemble, il y avait Marie, sa petite sœur qui avait des jolies tresses blondes et Béa, ma sœur à moi, plus classique dans sa couleur de cheveux courts. Comme elles étaient filles par leur naissance, elles n’avaient pas le droit évidemment de dire la messe comme nous, leurs grands frères, juste regarder, surtout pas toucher le calice ni l’assiette dorée parce que c’est le privilège des garçons et sacrilège sinon. Elles répondaient à nos questions en patois, lui basque moi savoyard, car, comme on était petits en ce temps-là, on aurait dit que c’était du vrai latin. Elles avaient le droit aussi de se servir des deux burettes, plus exactement de nous servir avec ; deux verres à porto chez lui comme chez moi, le Porto chez les pauvres même un peu enrichis c’est jamais démodé, rien à voir avec le whisky de mon écrivain privé qui a trente ans d’âge et coûte une fortune que c’est pas très grave pour sa décroissance volontaire, vu que c’est son seul luxe et aussi son seul signe extérieur de richesses qui, c’est vrai, ont toutes disparu à Garches dans notre squat de luxe qui n’est pas le mien, j’exagère pour me vanter une fois, juste par-ci par-là pour l’amitié réconfortante, à la nuance près que, toujours à cause de son foutu principe de précaution, j’ai jamais le droit de dormir à Garches. C’est la consigne il dit, comme disait aussi le renard de la fable à un jeune de ses amis aux cheveux aussi dorés que la petite Marie et l’archange Uriel réunis.

Mais je continue le scénario sacré : nos petites sœurs avaient donc droit aux burettes car c’étaient elles, les enfants de chœur, qui versaient le vin blanc et l’eau dans le faux calice en vrai verre. Pour se venger qu’elles avaient presque rien d’autre à faire de plus palpitant, des fois elles versaient l’eau à côté sur nos pieds exprès et on leur lançait un regard furieux, même franchement furibard, mais sans un mot, in petto on dit, car le prêtre qui célèbre au maître-autel doit être super concentré et doit pas se laisser aller à dire n’importe quoi, même pas à penser des pensées impures volontaires ou simplement distraites du genre Qu’est-ce qu’on va bouffer à midi ? ou bien Où est-ce que j’ai bien pu perdre mes clés ? etc. et surtout pas à verbaliser tout haut comme chez King-Kong que je préfère oublier pour toujours à cause de l’horrible fois que je raconterai jamais ni ici ni ailleurs ni nulle part ailleurs. Nous, c’est pas comme lui, en ce temps-là il fallait être purs, le prêtre doit être pur, nickel chrome, en pensées, en paroles, dans ses actes aussi, même involontaires, surtout pas volontaires (donc les babouineries tu parles ! il regrette mon écrivain) et c’est pour ça qu’on devait, aux innocents les mains pleines, se faire laver les doigts avant la communion par nos petites sœurs qui nous arrosaient des fois les baskets exprès bis.

J’ai pas noté qu’à cause des droits de la femme en deuil, nos frangines n’étaient pas déguisées en enfants de chœur, on devrait dire filles de chœur, mais dans l’église cette espèce est en voie de disparition sitôt apparue. En effet, je précise ici pour la vérité et pour la nostalgie car mon écrivain privé, qui était très en avance sur son temps déjà, m’a raconté que quand il était jeune prêtre, cheveux longs, polo jaune et pantalon moulant par derrière surtout - j’ai déjà raconté au début son indécence - il avait essayé d’introduire cette nouvelle espèce de filles de chœur. Eh bien ! dans les années soixante dix en Savoie - pourtant sa Haute est bien moins évoluée que la Basse, capitale Chambéry - ça faisait aucun problème, même ça plaisait, tout le monde était relax et souriait aux anges, surtout les fillettes à l’autel qui ne deviendraient pas comme leurs mères bonnes paroissiennes qui servent seulement à balayer l’église le mercredi ou à repasser les fringues du presbytère comme maman déjà en plus avec ses ménages corvéable à merci, à la rigueur photocopier les feuilles des annonces de la grand messe du dimanche à onze heures.

Pour un autre détail du sort accablant les femmes, je reviens illico à nos petites sœurs en service commandé : c’était elles qui portaient le Larousse dix tonnes à gauche, dix tonnes à droite, puis à gauche encore car, sur un autel catholique, le missel voyage beaucoup, à gauche pour l’évangile, à droite pour l’épître, l’inverse peut-être… je me souviens plus du sens giratoire, avec une mention spéciale pour l’épître de St Paul à cause de ma blague sur l’épaule de St Pitre (que je fais souvent à Issy-les-Moulins même si, une fois de plus, elle n’amuse que moi !). Passons, et revenons plutôt à nos moutons que le bébé Ieschoua aimait bien caresser dans sa mangeoire de Bethléem, même s’il savait pas encore les dessiner, même si après, il a surtout eu un faible pour les brebis égarées, surtout les petites comme moi – c’est moi Loïc – qui parais pourtant très immense avec mon 1,87m quand il est déplié. Oui, c’est vraiment tout moi cette grande petite brebis égarée, même si je fais tout ce qu’on me dit pour me retrouver, je prends du recul, je me thérapise, je suis réglo, je… mais ça empire : il me gave, Antonina, pourtant je deviens accro ! Voilà le hic de Loïc.

Du coup, j’y reviens, le premier Noël de Bethléem était bien loin… hélas les miens aussi de mon innocence d’avant avec la crèche, les cadeaux, le sapin, les guirlandes et notre papa qui pleurait de joie dans son beau fauteuil neuf qu’il aurait toujours le Noël suivant… Ieschoua, notre nourrisson surdoué, avait grandi lui aussi, forcément, même forci, un gars de la charpente habitué au grand air, exactement mon âge de cette année, mais deux fois plus costaud, au moral surtout, comme le grand vendeur burkinabé de Casto que j’admire tant (en secret) quand je me ballade exprès dans son rayon découpe, bref, exit Petit Papa Noël, place au grand Messie, place au volcan, au geyser, au tsunami, à la parole de mon Ieschoua plus coupante qu’un rayon laser ou même les balles et la poudre à l’ancienne quand il gueulait malheur ! malheur ! malheur ! vous, les friqués pourris et aussi bonheur ! bonheur ! bonheur ! – cette fois de sa belle voix douce bien timbrée comme le lait au miel – bonheur pour les paumés qu’il accueillait, réparait, nourrissait, consolait, pardonnait, guérissait, ressuscitait, même la petite sale gosse du capitaine des CRS de Jaffa ou de Java, je me souviens jamais l’endroit exact de ce miracle hors-normes.

Alors, forcément, à force de gueuler malheur ! malheur ! malheur !, à force que les héritiers se disputaient sans cesse parce que leurs macchabées revivaient à la pelle, les conserveries étaient forcées de délocaliser à cause des pêches miraculeuses à répétition, les handicapés se mettaient aussi à chaparder dans les grandes surfaces parce qu’une fois sur pieds ils n’avaient plus leur allocation d’adulte spécialisé ; à force aussi que les viticulteurs étaient sur la paille à cause de toute l’eau changée en vin (même que l’hydropique n’avait pas apprécié du tout, ajoute mon écrivain rigolard), à force que les jeunes séchaient leur bac pour venir écouter leur idole tandis que les putes désertaient pour de bon le Bois de Boulogne parce qu’Il leur avait donné les premières places au Piazza Paradis… bref, les choses se sont vite gâtées pour l’ami Ieschoua qui finit par échouer, du moins à première vue, pas à long terme. En attendant, ça chauffait, la cocotte chauffait, la pression montait, la goupille tournait jusqu’au fameux jour où le coq se mit à siffler trois fois comme dans les westerns anciens.

Ce fut l’heure noire de la trahison la plus noire et bientôt l’affreux crime impuni à ce jour. Déjà le chef des ayatollahs cernait la maison avec son commando, déjà le meilleur pote de Ieschoua l’avait trahi pour un rab de stock-option, déjà le premier futur pape allait à son tour le trahir trois fois au chant du ci-devant coq, pour rien, lui, ni pognon ni avancement, rien du tout, simplement parce que, trop loin du feu de camp dans la cour du Palais de Justice, Simon-Pierre dit Petros avait le trouillomètre à zéro. C’est alors que le Seigneur, pas démonté du tout, un peu déprimé tout de même, eut son coup de génie : renverser la vapeur en transformant leur défaite postérieure en victoire intérieure, mais à une condition : que ses amis, ses meilleurs potes, acceptent de veiller au moins une heure avec Lui, au lieu de roupiller. Nous en tout cas, lui dans sa cave et moi dans notre salle à manger, on était fin prêts, gonflés à bloc, enchasublés de la tête aux pieds. Oui, tout était prêt pour le plus grand miracle d’Amour de tous les temps, tout était nickel chrome : le tabouret nippon, le napperon brodé repassé, l’assiette dorée et le verre en champagne, le biscuit rond pur beurre, le doigt de pinard obligé, sans oublier - tellement elles étaient humbles - Béa et Marie, nos petites servantes à nos pieds bien arrosés, et nous deux, les petits curés, pas plus haut que trois pommes et plus fiers que deux poux sur le crâne d’Artaban.

Chut ! Garde à vous ! Silence dans les rangs ! C’est l’heure solennelle où l’Homme-Dieu va descendre jusqu’à nous. »(…)


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« (…) Quand je vais voir mon psy, depuis Issy-les-Moulineaux jusqu’à Notre-Dame, quelle galère ! Le train, Montparnasse, puis le métro puant, les escalators qui n’en finissent pas, avec plein d’aveugles à Duroc, et les poussettes, et moi qui suis toujours en retard et qui cours, qui cours… Et comme je suis en clergy, donc en service commandé apparent, je dois guider les aveugles et porter les poussettes. Du coup, la charité me met en retard. Mais je le fais parce que l’amour pour les autres, surtout les pas chanceux, c’est mon truc.

En fait, le Père Antonina n’habite pas près de la cathédrale, enfin, pas loin, un peu plus loin, toujours dans l’île de la cité. Donc, il faut que je galope encore jusqu’à son cabinet. Mais, en débouchant du quai de l’Horloge, je suis récompensé, lui encore bien plus, car son secteur, la petite place Dauphine où il habite est un vrai bijou. On est rétribué quand on y arrive, avec les bancs, les quelques arbres et les jolies façades. Et quel calme ! Je me croirais quelque part dans mon village natal. « C’est un havre, n’est-ce pas ? » dit mon écrivain privé qui connaît bien ce lieu paisible et l’apprécie. D’ailleurs, il emploie souvent ce mot, le havre, il m’a même parlé, un jour, d’un « ilot de sérénité » et j’ai recopié l’expression dans mon carnet des belles expressions françaises car c’est tout à fait ça. Si tout va bien, je m’en servirai un jour pour mon premier sermon car la belle langue c’est pas mon truc par contre. Bref, j’adore ce coin.

Sauf que, lorsque j’arrive, je suis tendu, stressé, ce qui est normal puisque je viens pour être apaisé et, comme dit le Père Antonina, « réconcilié avec moi-même ». C’est comme si on était deux, il explique bien cela, le conflit intérieur, l’âme et le corps, et aussi l’esprit, donc trois en fait, trois en un, comme le mystère de la sainte Trinité. Et c’est pourquoi il faut parler parler, pour prendre conscience de la machine humaine très compliquée, trop je pense. Il faut aussi détendre le corps pour le relier avec ses deux autres associés. C’est ce que le spécialiste appelle « le travail en corporel ». Dit comme ça, c’est logique. Mais moi, ça me trouble, ça me fait rudement du bien… et en même temps ça me fout les boules, pardon, ça me panique grave, c’est comme une drogue défendue, mais je continue pour être réconcilié ensemble, le tout, « le psychosomatique ». Et puis c’est ecclésial, une « ascèse » c’est son mot, une exigence d’Eglise comme dit mon accompagnateur spirituel même si mon psy n’est pas d’accord : il me recommande de pas mélanger le spirituel et le psychologique, surtout pas. « Ici, c’est ton espace à toi, ton oasis, là où tu renais… » Donc pas de mélange, motus et bouche cousue. C’est un peu vrai, cet endroit, son cabinet, cette place à l’ombre des tours de la plus belle cathédrale de France, c’est un peu comme une oasis au milieu du fleuve et c’est pourquoi cet endroit est très convoité par les touristes japonais et allemands qui auraient bien besoin, eux, de travailler aussi leur corporel tellement ils sont pressés et pas très séduisants, surtout les hommes.

Donc, quand j’arrive, tout essoufflé, je sens mon cœur qui bat. Après avoir fait le code, que j’ai soigneusement recopié sur ma carte Orange, j’ai deux petites manies à quoi je peux pas échapper. Comme des tocs, enfin, des mini-tocs. J’en ai jamais parlé à personne, surtout pas au Père Antonina, qui pourrait me mépriser encore plus, enfin je veux dire que ses questions en vrille m’enfonceraient un peu plus dans mes contradictions, déjà que ses mains en rajoutent… Bref, je me regarde d’abord dans le miroir géant qui orne le hall, histoire de vérifier mon costume, mon allure. Je bombe un peu le torse et je respire un grand coup. Ensuite, je m’approche de la batterie des boîtes aux lettres plus grosses que des tabernacles et là, après avoir vérifié d’un coup d’œil que la Portugaise de gardienne est aux abonnées absentes, je sais pas ce qui me prend, pourquoi j’ai fait ça la première fois mais depuis je peux pas m’en empêcher, je souffle sur sa plaque dorée, un grand coup d’haleine qui efface son nom. C’est magique, juste mon souffle chaud. J’aime bien cette buée dorée qui sort de moi, puis tout revient pareil, mon petit miracle est terminé. Mais j’ai été très fort, mon corporel fonctionne bien, quand je veux.

On commence toujours par parler, des riens, de tout et de rien, manière d’assiéger ma vie en douceur. Je vous dis pas son appartement, son immensité, les carpettes, les kilomètres de bouquins, le piano à queue et tout et tout ! La seule recommandation que m’avait faite le Père Stan, avant la première fois, c’est de pas me laisser choquer par le luxe. Moi, ça me choque pas la richesse, juste un peu les signes extérieurs qui me font tiquer, comme les signes extérieures des clodos, pardon, des miséreux du métro, enfin, bref, chacun son truc dans la vie pour se dorloter, même si je peux pas imaginer Ieschoua campant là, chez Antonina. Lui qui avait même pas une pierre pour oreiller ! Mais c’était autrefois, chez les sémites dans les temps anciens, ça compte pas. Aujourd’hui, on est dans le nouveau siècle et l’Eglise doit s’adapter. Bref, le Père Antonina est toujours disponible avec moi, souriant. Il est tout le contraire de moi : aucun signe ecclésiastique, surtout pas de clergyman, encore moins de soutane. Le bonhomme moderne très à l’aise, décontracté, ce qui est normal puisqu’il habite là, son pied-à-terre parisien quand il revient de Rome. Et c’est souvent, il paraît !

Mon psychothérapeute est détendu, il a l’air content de m’accueillir, en fait il m’aime bien. Je suis presque comme son fils, depuis tout ce temps. Enfin non, surtout pas ! Surtout que je paie, mais c’est symbolique, juste 10 euros, le reste est réglé directement par le diocèse. Il m’a expliqué que l’argent c’est comme un contrat symbolique entre nous, sans quoi la thérapie n’est pas efficace. Je suis bien d’accord, si c’était bénévole, je douterais. Le détail qui m’inquiète, et qui n’a rien à voir, c’est la tenue trop décontractée du prêtre, en même temps recherchée : toujours en chemise blanche qui flashe, pardon, très éblouissante, toujours aussi ses manches soigneusement retroussées. Et là, ça me trouble, quelque part ça me dérange : tous ces poils noirs sur les avant-bras, ce fouillis, on dirait vraiment un singe ! Heureusement, le proprio des bras parle, il parle, il sourit, il parle en fait pour que je parle. Mais je parle peu et quand mon ventre fait des bruits affreux, pendant les interruptions du dialogue quand le chérubin indiscret traverse les conversations, j’aimerais mourir là, de honte, dans ce grand fauteuil qu’on appelle - m’a expliqué mon écrivain privé - un fauteuil club.

Le bon Père voit bien que j’ai l’air gêné, il s’en amuse mais il veut réellement mon bien. En fait, il est très sympa avec moi, dès le début il m’appelle Spilungone. J’ai déjà oublié sa traduction exacte, mais il m’a dit que c’était gentil, que ça m’allait bien. Il le répète souvent en disant aussi que je peux l’appeler par son prénom, même le diminutif il insiste. Oui, je sais… je sais pas… pour mon surnom exotique, à la rigueur, mais pour lui dire « tu »… là, je peux pas… je voudrai jamais ! Le Père Antonina voudrait tellement que je sois décontracté avec lui, il dit : « en confiance ». Mais moi je bloque, je me renferme comme une huître, déjà que c’est que les hors-d’œuvre, on n’est pas encore dans le corporel.

Là, je vais être soft, pardon, discret parce que je veux pas dire du mal surtout que le magnéto tourne. Et d’autant plus que ça me fait du bien ! Sur ce point, mon écrivain privé a tort, je dis ce que je veux, ce que je ressens, et je juge pas les autres, ni lui ni personne, car je suis rien pour juger, je ne suis que le petit Loïc qui a bientôt 30 ans, qui est très retardé pour son âge et qui voudrait bien devenir prêtre et qui en a marre d’être freiné comme un convoi encombrant. Donc, j’obéis et je me déshabille, tout, même le caleçon, même si des fois il fait pas si chaud que ça dans le cabinet de toilette équipé pour le travail en corporel. C’est une petite pièce attenante au salon, avec une table comme chez les généralistes pressés. Pour gagner du temps, je me dépoile, pardon, je me déshabille lentement en pliant mes habits soigneusement. Un par un, pliés puis posés sur la chaise, bien à plat. Lui, pendant ce temps, comme il connaît mon toc qu’il appelle seulement « gentille manie », il me laisse faire et s’occupe dans son immense bureau. Il doit classer ou prendre des notes. Un moment, il crie : « Tu es prêt, Loïc ? ». Moi, le souffle coupé, je dis : pas de problème.

Ça me gêne vraiment d’être nu mais on n’y échappe pas. Surtout sur le dos, autrement ce serait moins gênant mais c’est pas faisable. Il me dit que c’est le protocole. Lui, c’est un professionnel, et comme il est aussi médecin, enfin presque, ça le dérange pas. C’est la nature, tous les hommes sont faits pareils et « il ne faut pas d’obstacle pour désendiguer les pulsions. » C’est sa phrase fétiche, c’est pourquoi en relisant, j’ai demandé à mon écrivain de bien mettre les guillemets. Donc, je ferme les yeux, je me prépare à être « désendigué » et j’imagine des choses disons objectives pour ne pas imaginer, rien, ni lui ni moi surtout, toute cette inimité, ce silence. Avec ma nudité exposée comme au marché, avec mes jambes interminables et mon sexe tout petit mais qui va vouloir faire comme la grenouille de la fable… Pas moyen d’être obéi, même quand mentalement je prie. A la rigueur, j’aurais voulu de l’orgue, mais il m’a dit qu’il n’était pas musicothérapeute et que tout ça, c’est bidon, c’est un miroir aux alouettes. Ça chante pourtant rudement bien les alouettes, je m’en souviens encore dans les Bauges l’été ! Donc uniquement ses mains chaudes sur ma peau que j’imagine blanche… en fait, j’imagine pas, justement, surtout pas, je compte mentalement les stations de métro, je me remémore mon parcours, ce qui n’est pas un bon plan puisque mon mental me rapproche de la place Dauphine et de l’instant fatidique. Forcément. Et ça arrive à tous les coups, cette honteuse transformation. Lui, ne pipe mot. Il m’a expliqué que son mental était en fait déconnecté, juste les mains, ses mains thérapeutiques. Il m’a même expliqué que Jésus ne faisait pas autrement quand il touchait les yeux des aveugles. Alors, si Ieschoua, touchait les lépreux, moi qui suis nul, j’en suis tout de même pas là ! Et de toutes façons le serviteur n’est pas au-dessus du Maître. En fait, ses mains drôlement légères, évitent soigneusement ma zone interdite mais forcément, au fur et à mesure, leur espace vital se réduit sur mon abdomen. Alors elles s’éloignent, comme si elles se désintéressaient, comme si les mains très habiles étaient en fait vexées, mais je sais que le répit sera de courte durée, et qu’elles vont rappliquer en douceur, puisque le but est d’aller tout droit au but précisément. » (…)


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La première fois que j’ai rencontré mon écrivain, j’étais super intimidé. J’avais pris rendez-vous en disant à Mammouth fringant que c’était pour le dentiste, on se souvient. On sort comme on veut à Issy-les-Moulins, surtout le soir, mais l’après-midi c’est pour le travail perso très sérieux. Alors, il faut une bonne raison et mon livre, c’était une bonne raison, non ? Mais j’ai appris à me méfier ici, donc, comme d’hab, motus et bouche recousue et je suis parti au dentiste pseudo à Versailles, je veux dire à Paris.

Mon futur écrivain privé régulier a un bureau dans la partie Nord de la capitale. Il l’appelle son cabinet d’écriture. Trois fois rien, l’espace vital de base : deux fauteuils mais pas comme chez Antonina, plutôt Ikéa en solde, toujours because sa décroissance volontaire, une biblio normale, pas orgueilleuse, beaucoup de CD par contre et une drôle de fleur rouge très grosse, presque malpolie pour mon imagination, sa plante préférée qui s’appelle « Amaryllis », un beau prénom très féminin (je l’ai inscrit dans mon carnet tout de suite en rentrant au sem tellement cette fleur orgueilleuse m’a impressionné à cause de la ressemblance en question). Ça doit être encore mes troubles : quand j’étais dans son fauteuil pour les premières représentations entre nous, avec mes jambes trop longues qui se replient toujours mal, je voyais que cette fleur, en face de moi, une espionne rouge orgueilleuse qui prenait trop de place entre nous. Après, je me suis habitué mais trop tard, c’est pas encore la nouvelle saison pour les amaryllis. C’est dommage, elle manque dans son salon dépouillé à Garches, en plus c’est la plante que je préfère maintenant car elle déborde de vitalité que moi j’en manque tellement.

Tout de suite, mon écrivain a été sympa avec moi, un peu surpris quand il a vu mon clergyman et que je lui ai dit que j’étais sous-diacre, enfin que j’avais encore une fois raté mon examen mais que ce serait pour tout bientôt. Comme il a été aussi curé défroqué dans sa jeunesse, il s’est pas caché, il me l’a dit très vite, pas la première fois mais très vite, parce qu’il prétend que lui, à son époque, il était plus fier et plus courageux de s’en être sorti que d’être rentré dedans le jour de l’ordination. Je pense qu’il dit ça aujourd’hui que le souvenir est plus loin à cause de la cicatrice. Bref, j’ai fait une moue qui doute, vous pensez ! Donc, il avait l’air de dire, même de sous-entendre, juste à ses yeux avec la petite lueur marrante dedans, que j’étais bien pressé pour mon âge, qu’y avait pas le feu au lac comme aurait dit papa mais que, pour finir, le gris foncé m’allait rudement bien à cause de mon teint, ma hauteur d’ensemble et mes traits du visage en forme d’angles grecs. Enfin, ce détail artistique, il me l’a pas sorti le premier jour mais assez vite car la franchise a vite pris ses aises entre nous.

Lui, il est normal de corps pour un vieux, mais c’est un vieux à l’ancienne, très classe, et comme il fait du bateau assez souvent avec Max - c’est un autre très vieux copain genre Haddock, en moins stylé que mon écrivain mais très sympa tout de même - bref, en plus qu’il a la classe genre intello raffiné, il est très bronzé, costaud mais plutôt maigre, comme le Tabarly à l’ancienne dans son album d’exploits marins qu’il me montre souvent depuis. En le voyant, d’un seul coup d’œil de mon intuition aux aguets, j’ai vu tout de suite sa franchise, son élégance, son sens du pratique aussi par rapport aux mots ; il devrait manier l’écriture pas comme la pouf télévisuelle écrivaine mauvaise conseillère, mais avec finesse, amour, humour, efficacité, un peu beaucoup comme les outils sur son beau voilier blanc, avec des gestes francs et précis de capitaine au long cours (j’ai tout de suite imaginé son grand voyage en solitaire en Irlande qu’il m’a raconté), surtout pas comme Antonina qui met toujours du miel poisseux dans ses paroles psychédéliques et catholiques, c’est normal puisqu’il a deux casquettes officielles et donc aussi double langage voire trouble. Pour en revenir au plus vite avec mon écrivain privé, genre 8ème merveille du monde, j’ajoute, car je suis très fier pour ma culture vu que, quand on s’est connu mieux pendant nos interruptions de séances, il m’a appris ses mots de marin technique, qu’il me les a même montrés noir sur blanc, comme pour notre prochain livre, le fameux best seller en grossesse pour ainsi dire, en écrivant donc ces mots techniques et très inusés pour moi sur un schéma de son album, avec lui en vrai tout nu sur le pont pendant son voyage des Antilles qu’on aurait dit un jeune dieu mais pas gênant à voir nu, et pas comme King-kong qui est gras et poilu et jamais nu, sauf la fois décisive que j’ai décidé une fois pour toutes de raconter jamais, ni ici ni ailleurs ni nulle part ailleurs.

J’en reviens presto au bateau technique, c’est ma fierté tous ces mots magiques qu’il m’a appris. Je les ai recopiés illico sur mon carnet, même si je pourrai pas m’en resservir pour mon premier texte au hit-parade des sermons d’ordination. Pas l’ordination du sous-diaconat qui est une formalité genre soldes bradées mais la grande, la seule ordination qui m’intéresse, au sommet de la grande échelle des Ordres Sacrés. Juste un échantillon des mots marins si beaux, si poétiques, que je résiste pas, tant j’aime les mots qui font imaginer, à cause surtout de notre amour de la musique sans paroles qui fait aussi beaucoup rêver, surtout l’orchestre symphonique au grand complet, même avec les cloches que Gustave Malheur met partout entre ses harpes. Exemples de citations de mon navigateur connaisseur que je lis ici dans le micro sur mon petit papier déplié : la cadène de patatrac, le winch de trinquette, les ferrures d’étambrai, le nœud de gueule de loup, le marrant quenouillon, l’emplanture de chandelier (qui me fait penser à notre office des vêpres le 15 août) et surtout le vit du mulet qui me fait penser honteusement à qui vous savez toute l’année. Juste un mot final pour fermer ce chapitre typique du hors-sujet le plus passionnant : j’ai été juste une fois seulement deux heures sur son voilier sportif, mais plus jamais, à cause du mal de mère douloureux et de ma migraine de maman aussi puissance 10 que je me souviens plus même de rien ni où de notre navigation d’essai !

Pendant la toute première séance d’écriture, j’y reviens après la disgression classique dans mon genre, style Thalassa ici, on a parlé encore des riens, mon écrivain et moi – c’est moi, Loïc – de tout et de rien, à part mon emploi du temps, mes origines familiales, papa, maman, ma panne de sous-diaconat etc. et un peu à la fin, pour détendre l’atmosphère, de sa fleur indiscrète trop rouge et mon costard gris trop triste. Ensuite, mon écrivain privé m’a expliqué le protocole, encore un, mais très cool celui-là même s’il est pas trop logique : il allume son magnéto, teste le micro, et, pendant mon élocution, il prend des notes, tout plein de notes sans jamais faire sa pause. Parfois il me pose une question furtive, pas souvent en fait, moi je cause toujours plus vite que mon ombre car, en début de séance, j’ai ouvert mon moulin à paroles genre robinet et ça coule après tout seul jusqu’à la fin.

Au début, je comprenais pas bien le coup du stylo double emploi puisque la bande tournait. C’est un peu débile de sa part, non ? alors qu’il suffirait de copier coller ma déposition sincère. J’ai pensé un moment que mon écrivain privé voulait surtout pas perdre une seule miette de mon précieux babil (il dit en souriant) ou encore qu’il voulait bien me prouver qu’il était à la hauteur de mes euros qui sont si durs à gagner quand on a pas les rognons couverts soupirait maman (qui parlait encore en anciens francs), bref, qu’avec moi, mon écrivain privé gagnait sa vie travailleuses ! travailleurs ! à la sueur de son front et de ses doigts qui deviennent tout blancs à la fin à force de serrer le bic. Eh bien non, t’as tout faux ! Il m’a expliqué qu’il écoutait jamais ma bande son, juste ses notes à lui qu’il lisait puis qu’il oubliait pour tout réinventer ! C’est l’inspiration littéraire il explique, 99% de transpiration, 1% d’inspiration. Donc, si j’ai bien compris, c’est moi l’inspiration et je pèse que 1% dans sa balance des paiements ! Je banque pour faire tout le boulot qui sert à rien ! Et il ajoute, bon prince, que le magnétophone, c’est surtout en fait pour faire monter la pression pour que je me lâche mieux. N’importe quoi ! Décidément, tout le monde m’en veut dans cette vallée de larmes, répétait souvent maman en mouchant son malheur. N’empêche, c’est son protocole à lui et je tempère, même si je suis vexé du peu de cas de mes paroles qui témoignent pourtant pour de vrai, pas pour une figuration mal payée - déjà que les figurants la bouclent alors qu’ils sont souvent criants de vérité cachée - alors que moi, je tiens le crachoir en live pendant une heure d’affilée, un vrai direct, ce qui est bien normal après tout puisque je suis la vedette principale du mélo faudrait pas qu’il oublie ! genre l’Olivier Twist des séminaires franciliens. (…)


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Revue de Presse :
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E. Garnier in Pagaye Infos, novembre 2007

Onzième ouvrage de Michel Bellin, il tranche avec les précédents. Si les thèmes sont toujours l’écriture, l’homosexualité, la religion, la recherche de soi, le ton innove. L’auteur donne la parole à Loïc, jeune apprenti-prêtre qui rate tout et triple sa première année d’études. Pour l’aider à se débarrasser de ses tendances non conformes aux yeux de la hiérarchie, celle-ci l’envoie chez un prêtre psy (le père Antonina : toute ressemblance avec…) qui abuse de Loïc et de sa naïveté. Le raccompagnant, il lui conseille : « Surtout pas de passage à l’acte avec Gilles, surtout pas de masturbation compulsive, sinon tu te structures dans ta perversion. » Michel Bellin montre avec un humour grinçant où est la vraie « perversité » et trouve le style adapté à son anti héros, genre titi périphérique et touchant mais cafouilleux… en diable ! Les dernières pages sont les plus émouvantes qu’il ait publiées. Ce livre alors pourrait s’appeler « Loïc, mon amour. »


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RG - La revue gaie des Québécois - Interview parue dans le numéro de décembre 2007. (par richard chartier • chartier@rgmag.com)

Michel Bellin est un écrivain prolifique. En effet, cet amoureux de la littérature (voir son site Internet : www.michel-bellin.fr) ne cesse d’écrire et d’écrire pour notre plus grand bonheur. Sa dernière création : « Ieschoua, mon amour » (éd. Gap, 175 p.) un excellent roman. Entrevue avec celui qui nous étonnera toujours…

  • RC Votre dernier roman, « Ieschoua mon amour », raconte l’histoire de Loïc, un jeune homme qui désire ardemment devenir prêtre. Cependant, il éprouve de la difficulté à accéder au sacerdoce. Il décide de livrer son histoire à un écrivain, un prêtre sécularisé. On découvre que Loïc adore « Ieschoua », il fera tout pour lui, affirme-t-il avec insistance. Cet amour pour le Fils de l’Homme a-t-il un rapport avec son « penchant » pour les hommes?
  • MB Certainement pas! En fait, cette expression « Fils de l’Homme » était l’expression favorite d’Ieschoua pour se désigner d’une manière qui intrigue, qui déconcerte. En parlant ainsi, Jésus amenait ses interlocuteurs à s’interroger : porter ce nom, c’était s’affirmer comme Homme authentique et en même temps laisser entrevoir quelque chose de son lien particulier avec Dieu, qu’il nomme « Père ». C’est cela qui intrigue aussi Loïc, qui le fascine : cette plénitude d’humanité qui « colle » avec celle d’un Dieu qu’il faudrait oser appeler « papa ». Et Loïc, ce gosse de 29 ans, ose, parce qu’il est orphelin lui-même, qu’il est perdu, qu’on le dénigre sans arrêt. À la fin du livre, dans la belle prière qu’il a inventée tout seul, avec des rimes bien maladroites, il aime à conclure ainsi, de manière à la fois touchante et théologiquement très pertinente : « … t’es heureux, petit Loïc, même si tu es orphelin, ton petit papa du ciel va t’adopter demain! » Donc rien à voir avec l’homophilie! Et tout à voir avec la tendresse, la confiance, la poésie, une forme de séduction virile aussi malgré tout… c’est pourquoi les lecteurs, pas du tout religieux, ni même croyants, ne sont pas gênés par ce livre parce que, je crois, le personnage de Loïc si fervent, si fou d’amour, si impertinent, les fait vibrer et palpiter à leur tour; c’est la religion du cœur, la seule.
  • RC Certains vous reprocheront de vouloir toujours dénigrer l’Église catholique dans vos écrits. Cependant dans ce roman la critique est plutôt ténue, on sent que l’intérêt partagé entre Loïc et l’écrivain pour « Ieschoua » est sincère et véritable. C’est plutôt les positions de l’Église sur l’homosexualité, son hypocrisie face à la sexualité qui vous scandalise davantage?
  • MB Oui, c’est surtout cela, l’intolérance des clercs, leur dogmatisme, leur certitude, cette manie d’avoir raison en tout et pour tous, et de faire la leçon au nom du Christ ! Le mépris aussi de l’Église catholique pour le corps et la sexualité. Imagine-t-on un instant Ieschoua rejeter un pédé alors qu’il se laissait caresser et parfumer les pieds par une pute, qu’il touchait les lépreux dévorés d’ulcères putrides et ouvrait si souvent les bras aux bébés et aux petits enfants qui, à l’époque, étaient des moins que rien! J’ajoute que, dans le roman, il y a un prêtre sympathique parce qu’il est humain, a de l’humour, sait savourer les joies de l’alpinisme. Et Loïc, qui voit tout avec les yeux du cœur, conclut : « Au moins, lui, c’est un bon prêtre parce que c’est un homme bon. » Donc, tout n’est pas encore perdu dans le bastion de Benoît XVI!
  • RC La fin du récit est troublante. Vous croyez que de fervents croyants catholiques comme Loïc peuvent aller jusque-là?
  • MB Je n’approuve pas le choix de Loïc, mais pouvait-il faire autrement? Il est tellement exalté et tellement malheureux! Il n’a pas assez cru peut-être à l’amour de son écrivain privé qui, il est vrai, a commis un soir d’ébriété une grosse maladresse à son égard… Des saints – surtout des saintes – se sont livrés à des extrémités mystiques aberrantes très proches du sadomasochisme. Rien à voir ici : Loïc certes veut attirer l’attention sur sa détresse, sur l’inhumanité de l’Église officielle, sur son homophobie criminelle – comme le jeune poète sicilien Alfredo Ormando à qui ce livre est dédié. En ce sens, mon livre est tout sauf un livre pieux, c’est un roman politique, donc engagé et sulfureux, une forme de résistance contre tout ce qui asservit l’homme dit civilisé… et les jeunes plus vulnérables. Pas seulement l’hyper médiatisation ou les institutions, mais la bêtise, le fric, la vulgarité, le sexisme, le « politiquement correct »… Or, la foi de Loïc est à des années-lumière de cet univers impitoyable… « L’amour pur, c’est mon rêve! » s’écrie-t-il un jour. C’est une utopie bien dangereuse… bien inconfortable dont les croyants n’ont pas le monopole évidemment, même s’ils devraient être, à mon avis, des leaders enthousiastes!
  • RC Pourquoi avez-vous décidé de publier et de distribuer vous-même votre livre?
  • MB J’ai de moins en moins confiance aux éditeurs même si deux « petits » éditeurs — H&O et Alna, pour ne pas les nommer — m’ont donné plusieurs fois ma chance, et je tiens à les en remercier ici. Loïc, c’est mon 11e enfant, le plus beau, le plus hors normes, le plus fragile. J’ai voulu le faire tout seul, comme un papa célibataire, l’habiller avec mes propres couleurs, le présenter aux amis – non pas dans des foires ou des salons du livre –, mais dans des cercles intimes, au corps à cœur. Comme un secret qu’on échange au coin du feu ou une ritournelle qu’on fredonne amoureusement. D’ailleurs, au début, je guettais ma boîte aux lettres espérant une réponse… négative des Grands Éditeurs Prescripteurs! J’en ai vite tiré la conclusion que ce manuscrit singulier ne serait pas pour eux, même si je n’ai qu’une poignée de lectrices et de lecteurs. Mais j’ai bon espoir, c’est une histoire de connivence, de feeling.


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Eléments multimédia :

>>> Photos : 3 éléments présents pour ce livre.

>>> Musiques : 11 éléments présents pour le moment

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Commentaire des lecteurs :
Commentaire - 1 :

Jean-Pierre G. (infirmier à la retraite en Aquitaine) Pour moi qui suis chrétien fondamentaliste (darbyste), l’homosexualité est une abomination aux yeux de Dieu (Lévitique 18, 33). Le péché de Sodome que Dieu a détruit par le feu, c’est aussi le péché de notre société laxiste qui a légiféré pour aider les homos et punir les homophobes. (…) Dans ce livre, le mélange qui est fait entre respect du sacré, constat des passions infâmes et analyse de la société actuelle – dans un style à décoder – ne peut être utile à une âme en recherche. Est-ce d’ailleurs le but de l’auteur ? Ce verset de Matthieu 7, 5-6 m’est venu à l’esprit à la lecture du livre : « Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds. »

Sa note : nul

Ecrit par Jean-Pierr le Samedi 01 Mars 2008.


Commentaire - 2 :

Richard B. (à Paris) - (courriel du 09/09/2007) - J’ai lu avec un immense plaisir ton Ieschoua mon amour. Les langues, les époques, les personnages entremêlés dans un imaginaire nourri par le fleuve de l’actualité contemporaine, les souvenirs d’enfance et la mystique chrétienne nous transportent dans ton univers, où tu es le fils et le père, l’initié et l’initiateur, le transgresseur et l’ange perdu dans ce monde qui ne t’accueille pas et que tu finis par quitter. Mais quitte t-on jamais Ieschoua ?

Sa note : très bon

Ecrit par Richard B. le Samedi 01 Mars 2008.


Commentaire - 3 :

William N. (dédicataire du livre) - (courriel du 10/09/2007) - Très Cher Michel. Quelle joie et surprise de recevoir ton livre et sa belle dédicace qui en dit long sur ce beau moment que nous avons partagé lors de l'entretien radio. Je suis en train de le lire et je souris de me retrouver, de nous retrouver dans Ieschoua. Merci, de cette simplicité des mots, vérité du verbe, humour spirituel et humain.

Sa note : très bon

Ecrit par William N. le Samedi 01 Mars 2008.


Commentaire - 4 :

Sébastien T. (libraire) - (courriel du 25/09/07) - J’ai déjà terminé Ieschoua mon amour. Et vraiment j’ai beaucoup aimé, c’est un vrai petit bijou, plein d’amour, de naïveté (mais dans le bon sens du terme). Je crois que je suis moi aussi tombé sous le charme de Loïc. Mille mercis pour ce livre. Je vais faire mon possible pour que d’autres fassent sa connaissance.

Sa note : très bon

Ecrit par Séb le Samedi 01 Mars 2008.


Commentaire - 5 :

Jean-Claude B. (à Bordeaux) - (sur le site : http://actua.unitariennes.over-blog.com/) - Ce livre est un drame, à commencer par la difficulté de vivre l’homosexualité pour des personnages qui tournent autour de Dieu : un ecclésiastique de haut rang (expert psy au Vatican !), un ancien prêtre, des professeurs de séminaire, un jeune séminariste, d’autres jeunes séminaristes. Ce vécu homosexuel est décrit ici avec pudeur, sans occulter les fantasmes érotiques et les pulsions sexuelles, mais toutefois loin de l’exhibitionnisme des Gay Pride. Entre la banlieue d’Issy-les-Moulineaux et Notre-Dame de Paris, la rencontre d’hommes que leur sexualité a rendu discrets et solitaires. Fascinant lieu que ce parvis de Notre-Dame et ses environs depuis que Victor Hugo y a campé des êtres d’exception mais marginaux, à la limite de notre quotidien tout en étant porteurs d’une psychologie de nos entrailles.Et si l’auteur a écrit son roman en une seule nuit, vous le lirez, vous, en un seul train, en une seule insomnie, ou encore en un seul souffle.

Sa note : très bon

Ecrit par Jean-Claud le Samedi 01 Mars 2008.


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