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dimanche 29 mai 2022

BRIDGE OVER TROUBLED WATER

Une journée entière de musique, de chroniques, de reportages TV et d’images d’archives, sans me lever, sans sortir, sans me divertir autrement… un dimanche entier passé en compagnie de Simon & Art, et aussi Johnny Cash qui donne, du chef d’œuvre planétaire, une version plus âpre, plus mature, absolument bouleversante. Une ode à l’indéfectible Amitié, par-dessous nos eaux troubles, parfois si tumultueuses ! Fragile et solide passerelle. Comment ne pas être ému, par avance endeuillé... Car déçu d’avoir été impuissant et balbutiant, parfois si maladroit, à consolider les arches de ce pont ! Si heureux pourtant d’avoir tenté et persévéré… Mais, pas plus aujourd’hui qu’hier, nulle crainte à avoir, nul découragement, nul silence de ma part : Si tu as besoin d’un ami, je navigue derrière toi, tel un pont enjambant l’eau trouble...

When you're weary Lorsque tu seras las Feeling small Mélancolique When tears are in your eyes Lorsque les larmes viendront à tes yeux I will dry them all Je les sècherai toutes

I'm on your side Je serai près de toi When times get rough Quand les heures deviendront rudes And friends just can't be found Et que les amis demeureront simplement introuvables Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

When you're down and out Quant tu seras sur la paille When you're on the street Quand tu seras à la rue When evening falls so hard Quand le soir tombera si rudement I will comfort you Je te réconforterai

I'll take your part Je prendrai ta défense When darkness comes Lorsque les ténèbres apparaîtront And pain is all around Et que la souffrance sera omniprésente Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

Sail on Silver Girl Vogue Fille d'Argent Sail on by Vogue dans le sillage Your time has come to shine L'heure est venue pour toi de briller All your dreams are on their way Tous tes rêves vont s'accomplir

See how they shine Vois comme ils brillent If you need a friend Si tu as besoin d'un ami I'm sailing right behind Je navigue juste derrière Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit.

https://youtu.be/omxAjFFnrLk

jeudi 26 mai 2022

LA PALME DU NANAR 2022 POUR LE DERNIER FILM D’ARNAUD DESPLECHIN

S’il est une chose qu’on ne devrait pas oublier : ne surtout pas se fier à la critique, surtout si elle est parisienne, a fortiori quand elle est unanime. Et avoir comme modèle St Thomas qui ne crut qu’en ce voyaient ses yeux et qu’en ce que palpaient ses doigts. Bref, j’avais une grande envie de voir Frère et sœur ; je m’étais même permis de parler de ce film, de le conseiller… Las, oui, c’est bel et bien selon moi la Palme d’or du nanar (snob) 2022. À défaut de grimper au 7ème ciel le matin de l’Ascension, j’ai donc bu le calice jusqu’à la lie (jusqu’à l’incrédulité, la fatigue, la hargne…). En subissant jusqu’au baobab final (!) ce prétentieux et interminable pensum, un mot s’est peu à peu infiltré en moi… a enflé… m’a envahi : OUTRANCIER. C’est-à-dire superficiel, démonstratif, fabriqué, insincère. Donc forcément ridicule. Tout dans ce film est outrancier. Outrancier le scénario (la pseudo haine recuite invraisemblable). Outranciers les dialogues. Outrancière l’interprétation (Poupaud cabotine le plus, dans un rôle odieux de bout en bout.). Outrancier le pseudo happy-end africain. Outrancières à peu près TOUTES les scènes (avec le pompon peut-être pour la scène où l'écrivain, se prenant pour Batman, survole Paris… mais il y en aurait tant à épingler !). Outranciers les dithyrambes d’une presse parisienne, anesthésiée ou lobotomisée – au choix. En résumé, outrancier le talent d’un réalisateur qui, faute de savoir ou pouvoir se renouveler, se plagie et se parodie lui-même ad nauseam. Je mets néanmoins une demi-étoile pour le visage chiffonné d’une toute jeune comédienne inconnue. Bref, j’espère que le jury cannois saura, lui, distinguer l’or du fer blanc, en écho au silence glacial qui accompagna sur la Croisette cet indigeste pudding psycho-socio-émotionnel.

Post scriptum : le soir de ce jour funeste, pour rattraper le coup, pour m’assurer que le 7ème Art n’est pas un vain mot, je suis retourné voir THE SERVANT de Losey. Le jour et la nuit ! Ici l'épure, là la ratatouille. Il faut dire qu’Harold Pinter était aux commandes pour le scénario alors que le tâcheron franchouillard pilote à vue, sans fil conducteur et en se regardant le nombril ! Misère, misère…

mercredi 25 mai 2022

MA RECETTE DE CRÈME BRÛLÉE ''VIRILE TENDRESSE'' ©

Dédiée et offerte à mon baby boy, je teste aujourd’hui ma recette originale de crème brûlée à la vanille Bourbon appellation Virile tendresse ©. Simple et goûteuse ! L’essayer, c’est l’adopter.

Ingrédients : 50 cl de crème entière fluide – 10 cl de lait – Ingrédient mystère – les grains de 2 gousses de vanille – 8 jaunes d’œufs du marché – 120g de sucre en poudre – 75g de cassonade.

Préparation 1/ Fais chauffer le lait, la crème, l’extrait des gousses de vanille fendues, jusqu’à ébullition. Attention à bien surveiller le lait ! 2/ Hors du feu, laisse infuser jusqu’à complet refroidissement. 3/ Bats vigoureusement les jaunes d’œufs et le sucre dans un grand bol. Incorpore délicatement l’ingrédient mystère jusqu’à l’obtention d’un mélange souple, consistant et homogène. 4/ Ajoute le mélange lait-crème-vanille. Fouette le tout, non pas en mode SM mais tout en douceur. Filtre au chinois débridé pour ôter les grumeaux. 5/ Répartis la crème dans les ramequins. 6/ Mets-les dans le four préchauffé à 110° et laisse cuir jusqu’à ce que la crème soit prise, elle adore ça ! (30 à 45 minutes). Le parfum chaud de vanille est irrésistible ! 7/ Laisse refroidir et couvre les ramequins de film alimentaire. Puis réserver une nuit au réfrigérateur. 8/ Le lendemain, avant de servir, fais préchauffer le grill du four. Saupoudre légèrement et uniformément de cassonade la surface des crèmes. 9/ Place les pots sous le grill, bien près, et surveille la caramélisation (5 minutes devraient suffire). 10/ Puis savoure, de préférence en couple, cette crème de tous les délices.

NOTA BENE : on peut ajouter à la préparation quelques éclats de pistache qui ornait, le sais-tu ? les tables des sultans au temps de Shéhérazade. Mais la fragrance subtile de l’ingrédient mystère risque d’en être masquée tandis que le liant du dessert sera atténué. Mais de quel ingrédient mystère s’agit-il ? La pudeur m’a empêché de le mentionner dans la liste des ingrédients. c’est pourtant un composant essentiel, pas toujours facile à se procurer mais très bon marché. Bref, il s’agit d’ajouter délicatement à l’appareil jaune d’œufs + sucre… 1 ½ cuillerée à café de sperme extra frais. C’est mon secret d’une crème brûlée aux feux de l’Amour ! Un pur délice. Chiche ?

Signé Bellinus, le facétieux maitre-queux

samedi 21 mai 2022

"EN THERAPIE" sur ARTE ? BOF !

La série En thérapie sur ARTE fait fuir deux catégories de personnes : celles qui vont très mal et celles qui vont extrêmement bien. Les premières parce que, si elles regardaient ce feuilleton, elles découvriraient un miroir – déformant ou fidèle – insupportable. Les secondes parce qu’elles n’éprouvent absolument pas le besoin de s’offrir par procuration un complément de psychothérapie indolore et superficielle car fictive. Pour ces deux profils de téléspectateurs, bienfaisant est le zapping, autant qu’évident. Il en sera de même lorsque, après Le Grand Quiz du caniveau, TF1 programmera l’automne prochain la série vaticane En confession : se précipiteront dans la mangeoire plasma nombre de ménagères ménopausées, pour s’offrir gratis des frissons devant les turpitudes avouées des autres, tout en se dédouanant de leur médiocrité ordinaire qui, elle, n’a rien à se faire pardonner. Les saints séculiers et les criminels endurcis auront depuis longtemps détalé pour habiter le réel.

mercredi 18 mai 2022

INSOMNIE (11)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Tard le soir dans le TGV Pau-Paris. Voiture 17. Place 42. Dans ma somnolence, soudain cet éclair en forme de trouée lumineuse : l'arc-en-ciel ! Quelle en est la couleur la plus belle ? La plus essentielle ? Aucune et chacune. Chaque couleur est la plus belle. Chacune est essentielle. Toutes sont complémentaires. Et c'est ainsi que j'aime ! Toujours en couleurs diffractées. Car tout ce que j'offre à l'un, je ne le reprends pas à l'autre. J'aime chaque être humain (trié sur le volet) d'une manière personnelle, particulière, intense. Individuellement et complémentairement. Mon cœur est un arc-en-ciel ! Ce soir, il resplendit dans l'ombre lorsque je quitte l'indispensable ami pour rencontrer demain la chère aventurière, juste avant d'étreindre sans délai mon adorable amant. Toujours bref et intense, fulgurant, urgent, à 310 kilomètres/heure, de toutes les couleurs, l'Amour pluriel, l'Amour-passerelle, l'Amour arc-en-ciel, l'Amour magique... sans illusion d'optique. Merci, ami.e.s et à très vite !

Boulogne-Billancourt, ce 18 mai 2022 – FIN DE LA MINISÉRIE intitulée INSOMNIE

mardi 17 mai 2022

INSOMNIE (10)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

Pour l’hédoniste accompli, enamouré ou non, parfois éloigné ou empêché, la “manœuvre honteuse” n’est pas cette besogne solipsiste que la morale réprouve, mais une élaboration altruiste, dès lors que l’imaginaire remplace la chosification de “mon ” plaisir mécanique par la sublimation de “son ” désir idyllique. Bien davantage qu’un bien-être compensatoire ou une hygiène de bon aloi, loin du réel souvent décevant et des aléas de la conjugalité, l’autoérotisme devient l’acmé de l’imaginaire, virtuelle incarnation, miraculeuse transsubstantiation : devant mes yeux rêveurs, sur l’écran ou in petto, l’icône porno ou l’hologramme du cher Absent inaccessible se mue en omniprésence à mesure que le fantasme prend consistance. Ainsi, dès potron minet ou au cœur de la nuit complice, la valeur la plus sûre, la plus naturelle, la plus économique autant qu’écologique de tous nos gestes d’amour demeure assurément ce plaisir isolé qui est tout sauf solitaire mais par essence communionnel et solidaire. Tel est mon éloge de la très sainte masturbation.

lundi 16 mai 2022

INSOMNIE (9)

Minisérie de mes pensées nocturnes

« Intimior intimo meo » notait St Augustin à propos de Dieu. Plus intime à moi-même que moi-même. Tel est l’homme que j’aime. Quand je pense à lui, de jour comme de nuit, nul besoin de mental ni de mots. D’instinct, ma main droite s’entrouvre ; mes doigts d’emblée s’incurvent au gabarit. Juste ma paume en mémoire de lui. Prends... Ceci est mon corps.

dimanche 15 mai 2022

INSOMNIE (8)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Euterpe est convoquée dans le silence de la nuit. Complice et confidente. Thérapeute aussi : parce qu’il est sans mots ni pathos (d‘où mon exécration de l’opéra bourgeois !), ce flux sonore est capable – ruisselant ou souterrain – de s’infiltrer par nos fissures et nos blessures pour atteindre l’âme inquiète, la masser, la bercer. La musique devient alors vecteur de Joie ; la cadence même de l’Amour. Tantôt pensée tantôt caresse, elle épure la bête ou donne un corps à l’ange. Et le silence qui s’ensuit est encore de la musique… accompagnant l’extase. Merci, fidèle Amie !

samedi 14 mai 2022

INSOMNIE (7)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

La nuit ombreuse et silencieuse est le piège le plus sournois de la Faucheuse. Oui, finir en catimini, dans mon nid d’aigle, est la seule issue que je redoute vraiment. Sinon, au hit-parade des fins heureuses, l’épectase est ma première option, juste avant l’embolie foudroyante durant la sieste. Mais fi des vœux irréalistes, qui vivra mourra ! Ceci admis, mieux vaut partir la nuit que ne pas mourir du tout. Et disparaître heureux plutôt que malheureux. Car toutes les bonnes choses ont une fin. Mais rien ne sert de mourir, encore faut-il partir à point. Quel jour et à quelle heure ? À point nommé. Étant entendu que mourir à l’heure n’oblige pas de tirer sa révérence en avance !

vendredi 13 mai 2022

INSOMNIE (6)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Évocation nocturne du récent salon du livre auquel je participai à Mandelieu la Napoule. Un bide absolu. Plus auteur loser que jamais. Plus lucide et fanfaron que jamais : depuis belle lurette, je ne me fais éditer que pour le plaisir égoïste de collectionner mes œuvres. Plus les lecteurs sont rares et chiches mes droits d’auteur, plus l’opus m’apparaît précieux. En fait, à l’époque où j’assiégeais en vain les éditeurs parisiens, chaque fois que je récupérais un de mes manuscrits (refusé) chez un grossiste pour le refiler à un autre, déjà je me sentais le cœur frétillant d’un pêcheur à la ligne. Car le summum du plaisir pour le pêcheur du dimanche consiste sans doute davantage à guetter son bouchon plutôt que de ferrer un mastodonte. Bref, la nuit m'est témoin, j’écris prioritairement pour moi-même, accessoirement pour une élite !

mercredi 11 mai 2022

AMNÉSIE (5)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Ouf ! La retraite vient de tomber. J’ai beau jouer le bel indifférent, le 9 de chaque mois, ce n’est pas rien. Et c’est uniquement lorsque je suis rassuré sur le niveau de mon compte en banque que je peux philosopher sur la frugalité heureuse. Quel faux-cul ! Il n’empêche, je ne me désavoue pas : bien que j’en possède peu, je méprise à tel point le fric qu’il me faut m’en débarrasser au plus vite, soit en le gaspillant soit en l’offrant. Jusqu’à l’extrémisme du don car, au bénéficiaire ému, je refile en même temps et mon pognon et mon mépris. Pas vu pas pris. Mais cette générosité perverse, comme minée, est en réalité une formidable plus-value : j’enrichis le trésor de l’Homme intérieur tout en dilapidant la merde du Tentateur. C’est formidiable, non ? Bien sûr, tant que je ne suis pas à découvert ! Car la sagesse résiste rarement à la dèche et mépriser l’argent demeure un snobisme de privilégié.

mardi 10 mai 2022

AMNÉSIE (4)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Quasiment chaque nuit, je retrouve mon cinoche avec impatience. Mes rêves sont autant de films le plus souvent inédits. Hélas peu de romances, ni d’art et d’essai, pas même d’humides polissonneries comme jadis, parfois mon gentil ogre du collège, le plus souvent des nanars burlesques et échevelés où j’ai le mauvais rôle et m’empêtre dans mon passé recomposé. Qu’importe, j’adore ces séances privées et gratuites en V.O. Dommage que le projecteur tombe systématiquement en panne juste avant le dénouement, en interrompant le ralenti et en me laissant frustré, hébété et parfois soulagé : ouf ! j’ai échappé à l’absurde traquenard du passé pour habiter mon présent pacifié.

lundi 9 mai 2022

AMNÉSIE (3)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Le sexe ? Une urgence sans raison. Il est des jours, des nuits surtout, où je souffre tant d’isolement tactile que je sauterais non-stop Elephant Man en personne ! Car la beauté importe peu, seul le désir, sa morsure et son accomplissement. Avant d’être une compulsion, exclusivement virile, le sexe m’est une sidération. Le mâle nu ou la jungle de l’Obscène ! Jouir, te faire jouir, nous réjouir… et, repu et épuisé, enfin me rendormir.

samedi 7 mai 2022

AMNÉSIE (2)

Minisérie de mes pensées nocturnes

En fait, je ne porte plus le deuil de "dieu", que je nomme Pouet-Pouet dans mes rares moments de fureur. Ce qui tout simplement me manque, c'est une puissance tutélaire, non pour m'humilier à quémander, mais pour la remercier du cadeau de ma Vie.

AMNÉSIE (1)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Pour désamorcer l'angoissant mystère de la nuit, autrefois jeune et ardent, je parlais â Dieu et je m'imaginais qu'à trop m'écouter, Il ne pouvait parler. Néanmoins Sa bienveillante attention me suffisait. Aujourd'hui âgé et lucide, à tout jamais dégrisé, je me contente de tourner la molette de mon antique transistor posé sur le drap, pour chercher à tâtons une présence amie, le plus souvent musicale, afin de rompre l'obscur Silence.

vendredi 29 avril 2022

« CEPENDANT, JE VOUDRAIS VOUS PLAIRE… » (Dernier billet du Blog en forme de POSTFACE)

Un jeune Persan explore avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes

À Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1713.

LETTRE XLVI

USBEK À RHEDI

Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins. Non-seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens ; et c’est ce qui me touche : car, dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois, l’amour pour les hommes, la piété envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion. En effet, le premier objet d’un homme religieux ne doit-il pas être de plaire à la divinité, qui a établi la religion qu’il professe ? Mais le moyen le plus sûr pour y parvenir est sans doute d’observer les règles de la société et les devoirs de l’humanité ; car, en quelque religion qu’on vive, dès qu’on en suppose une, il faut bien que l’on suppose aussi que Dieu aime les hommes, puisqu’il établit une religion pour les rendre heureux ; que s’il aime les hommes, on est sûr de lui plaire en les aimant aussi, c’est-à-dire en exerçant envers eux tous les devoirs de la charité et de l’humanité, en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent. On est bien plus sûr par là de plaire à Dieu qu’en observant telle ou telle cérémonie ; car les cérémonies n’ont point un degré de bonté par elles-mêmes ; elles ne sont bonnes qu’avec égard, et dans la supposition que Dieu les a commandées ; mais c’est la matière d’une grande discussion : on peut facilement s’y tromper, car il faut choisir les cérémonies d’une religion entre celles de deux mille.

Un homme faisoit tous les jours à Dieu cette prière :

« Seigneur, je n’entends rien dans les disputes que l’on fait sans cesse à votre sujet ; Je voudrois vous servir selon votre volonté ; mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve à la sienne. Lorsque je veux vous faire ma prière, je ne sais en quelle langue je dois vous parler. Je ne sais pas non plus en quelle posture je dois me mettre : l’un dit que je dois vous prier debout ; l’autre veut que je sois assis ; l’autre exige que mon corps porte sur mes genoux. Ce n’est pas tout : il y en a qui prétendent que je dois me laver tous les matins avec de l’eau froide ; d’autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair. Il m’arriva l’autre jour de manger un lapin dans un caravansérail : trois hommes qui étoient auprès de là me firent trembler ; ils me soutinrent tous trois que je vous avois grièvement offensé : l’un1, parce que cet animal étoit immonde ; l’autre2, parce qu’il étoit étouffé ; l’autre enfin3, parce qu’il n’étoit pas poisson. Un brachmane qui passoit par là, et que je pris pour juge, me dit : Ils ont tort, car apparemment vous n’avez pas tué vous-même cet animal. Si fait, lui dis-je. Ah ! vous avez commis une action abominable, et que Dieu ne vous pardonnera jamais, me dit-il d’une voix sévère : que savez-vous si l’âme de votre père n’étoit pas passée dans cette bête ?

Toutes ces choses, Seigneur, me jettent dans un embarras inconcevable : je ne puis remuer la tête que je ne sois menacé de vous offenser ; cependant je voudrois vous plaire et employer à cela la vie que je tiens de vous. Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la société où vous m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée. »

1/ Un Juif. 2/ Un Turc. 3/ Un Arménien.

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Les « Lettres persanes », première œuvre de Montesquieu, publiées dans l'anonymat en 1721, connurent un succès retentissant et furent rééditées plusieurs fois au cours du XVIIIe siècle.

FIN DU BLOG__ « LE Journal d’Uzbek » Peut-être à plus tard…

MERCI de ton attention et de ta fidélité !__

À Boulogne-Billancourt, le 29 avril 2022

jeudi 28 avril 2022

LES CENDRES DE SAINT-ELME

Un vieux Persan explore avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes

28 avril 2022

Ce jour-là, Uzbek fut bouleversé et révolté par le monstrueux aveu de Daniel Cordier. Celui qui fut le secrétaire du résistant Jean Moulin narre dans un récit autobiographique troublant combien son adolescence fut contrecarrée par un Dieu cruel car contempteur du corps. Le 1er juin 1936, ayant fui l'appel de la chair dans les douches de l'internat, il écrit : « Il était trop tard pour assouvir ma longue espérance : j’appartenais au Christ et à lui seul. À l'égard de Dieu, j'étais en règle car je lui avais tout sacrifié. Sa loi implacable avait brisé mon cœur. J’avais obéi à sa loi, tout autant par crainte de l’Enfer que pour ne pas déchoir à mes propres yeux. Certes, j'étais intact mais désespéré. Je n'étais plus qu'un cadavre de pureté. » Par excès de vertu, Daniel venait de perdre son David adoré. Et Uzbek amer songea aux amours clandestines qu'il avait lui aussi dû piétiner autrefois pour complaire à une pseudo divinité sadique et castratrice.

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Daniel Cordier, Les feux de Saint-Elme, folio poche, 2016.

mardi 26 avril 2022

AU POIL !

Le journal d’Uzbek '' Un vieux Persan découvre avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes''

26 avril 2022 Ce jour-là, Uzbek fut épaté par une technique de répulsion 100% bio. Non, il ne s’agit pas d’éloigner une pouffe populiste, mais les sangliers ravageant les cultures. Jusque là, les clôtures électriques, étaient peu efficaces. Or, le coiffeur René M*, dont la belle-sœur est toiletteuse, a trouvé l’arme imparable : le tif humain ou le poil de clebs. « Avant, c'était terrible, se souvient-il. On aurait dit que j'avais passé la charrue dans le champ. Depuis que j'utilise ce système, les arbres sont sains, j'ai beaucoup d'olives. Les sangliers ne viennent plus parce qu'ils respirent les cheveux avec le groin, quand ils travaillent la terre. À force de respirer, l’odeur d’homme haïe remonte plus haut et ça les rend fous. Ils ont une gêne et ils se mettraient à tourner en rond. Moi, je n'ai encore jamais vu ça. L’important, c'est qu'ils ne reviennent plus ici. » Et Uzbek, tout en dégustant une beurrée à la truffe, se dit que l’écologie capillotractée a décidément de beaux jours devant elle !

lundi 25 avril 2022

À DOSKI

Le journal d’Uzbek

Un vieux Persan découvre avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes

25 avril 2022 Ce jour-là, Uzbek prit sur sa tête la honte de son peuple. Certes, il a choisi la France où tout n’est pas gagné en matière de tolérance, mais les crimes d’honneur sur la terre de ses aïeux, non ! il ne le supporte plus. Doski Azad était une brunette de 23 ans, assassinée au Kurdistan irakien, selon toute vraisemblance dans le cadre d'un prétendu « crime d'honneur ». L’une des rares femmes ouvertement trans d'Irak. Fière de ce qu'elle était, cette jeune maquilleuse était appréciée et admirée par de nombreux jeunes sur les réseaux sociaux. Source d'inspiration, Doski était également synonyme d'espoir pour la communauté trans kurde. Son destin fut poignardé en janvier dernier. Son frère aurait fui en Turquie. Doski n'est pas la première victime de transphobie au Kurdistan. L'an dernier, Misho avait elle aussi été tuée par des membres de sa famille. Ses meurtriers n'ont jamais eu à répondre de leurs actes. Pour la justice, circulez, il n’y a rien à voir. Et le vieux cœur d’Uzbek saigna.

dimanche 24 avril 2022

À L’ASSAUT DU CIEL

Le journal d’Uzbek

Un vieux Persan découvre avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes

24 avril 2022 Ce jour-là, Uzbek fut happé par Gaudi et sa Sagrada Familia. Jusqu’au documentaire de Marc Jampolsky diffusé sur Arte la veille de Pâques, il n’en connaissait pour ainsi dire rien, si ce n’est son mythique inachèvement depuis 1882. D’emblée, ce destin minéral fascina notre Persan. Jamais il n’aurait imaginé une telle inventivité, un tel foisonnement vertigineux : voûtes hyperboloïdes, arcs à chaînette, absence de contreforts, dialogue des mosaïques avec les céramiques, étourdissantes colonnes inclinées, innombrables moules en plâtre, ancêtres de la 3D, les trois modernes portes d’airain chamarrées de feuillages… et jusqu’à l’impact de la violence urbaine qui avait transformé l’hymne à la nature catalane en universel Temple expiatoire. Or, pour expier, il faut du temps, de la sueur, des larmes. Et aussi des successeurs, mis au défi de comprendre et de poursuivre la pensée architecturale du bâtisseur. Et Uzbek, ému et ébloui devant une si géniale épopée, se dit que l’art sauve le monde.

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