Israël, Palestine, Gaza… Une quarantaine d’années plus tard, les choses ont-elles beaucoup changé ? Sauf que les enfants de Pasolini ont pris des rides et du ventre… ou n’ont peut-être pas eu le temps de vieillir (certains tirs bien ciblés sont particulièrement meurtriers). Mais qu’est devenue leur rage ? Sans doute intacte. Et la tendresse est-elle à jamais perdue comme le sang qui imbibe la terre et redevient poussière ? Cette tendresse à laquelle Pier Paolo n’a jamais pu résister, souvent à ses risques et périls. En feuilletant dimanche dernier les Poésies de Pasolini, j’ai retrouvé, inchangée, ma mélancolie face à celui qui reste mon phare et mon émoi. Il disparut tragiquement le 2 novembre 1975 sur une plage d’Ostie. A l’époque, j’étais un jeune prêtre et je ne parvenais pas à mettre un nom sur la fascination que j’avais pour cet artiste maudit. Apprenant la nouvelle à la radio, je fus ce soir là bouleversé, effondré, comme s’il s’agissait de mon grand frère qui avait succombé à la barbarie. Crime jamais élucidé. Il avait écrit son premier poème à l’âge de 7 ans et n’avait jamais renoncé à cet art, en dépit de son engagement dans le monde du cinéma, de la critique, de l’action politique. Adulte ? Jamais ! – jamais comme l’existence qui ne mûrit pas – reste toujours verte, de jour splendide en jour splendide.

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