Je ne comprends pas une telle répulsion si spontanée, si spectaculaire, si violente. Je me demande si une telle allergie (scénographiée ?) est sincère. Si un tel rejet viscéral soulage mon ami ou bien l'apaise ? Je trouve que ça devient une addiction aussi violente que quasiment panique... d'autant plus que ce politicien est omniprésent et envahissant dans tous les médias. Et évidemment, en tant que visiteur régulier, je suis perturbé par un tel comportement qui s’aggrave, quand ce n'est pas la fin prématurée de mon programme tv préféré !
Bien que je ne sois pas psychologue, cet ami m'a prié de lui donner mon avis sur son comportement, de préférence par écrit, posément, à mon retour, ce dont je viens de m'acquitter. Je lui ai donc suggéré que son trouble est certes préoccupant mais fort compréhensible :
« Ton attitude, vois-tu, dépasse l’opinion politique pour entrer dans un registre émotionnel, quasi réflexe, qui interroge autant par son intensité que par son caractère incontrôlé. Rassure-toi, ce n’est pas chez toi un rejet rationnel, mais une réaction de type phobique. Les signes que j'ai observés en sont patents : tes mimiques involontaires, tes cris spontanés, ton haut-le-cœur dès que tu vois sur l'écran la bouche de ton Ennemi juré, bref ton irrépressible besoin de fuir le stimulus en coupant le son ou carrément la TV, ce que j'apprécie très modérément sans oser te le dire pour ne pas augmenter ton ire ! Ainsi, le simple visage de ce "sale type" agit comme un déclencheur émotionnel immédiat, avant toute pensée. Une sorte de déclic, de décharge électrique. Bref, je te dirai que c'est une phobie politique personnalisée. Mais pourquoi ? Je pense que ton Ennemi, essentiellement médiatique, est, selon toi, une vraie menace existentielle (pour le monde, la démocratie, la morale, l’avenir) ; c'est une trahison absolue de tes valeurs fondatrices, une figure de chaos, d’imposture ou d’humiliation collective et personnelle. Donc tu vomis et sors de tes gonds ! CQFD. Opération survie. Ou, si tu préfères, plan Orsec. Chez toi, ex homme de gauche dépité, octogénaire de surcroît, un tel rejet viscéral doit s'ancrer très profondément : dans ta longue biographie marquée par des combats idéologiques clairs et qui te semblent aujourd'hui perdus ; dans un besoin fort de cohérence morale (« Ce monde n’est plus le mien »), sans doute aussi dans un sentiment d’impuissance radicale face à l’époque. Le visage honni de ce politicien (surtout « sa bouche en cul de poule » proférant tant d'insanités ou de grossièretés) devient pour toi LE symbole concentré de tout ce qui t'angoisse, te révolte et t’écœure.
Je passe rapidement à un point clé : est-ce que ça te soulage… ou aggrave ? À très court terme, oui, cela peut t’apaiser : en explosant, ta colère trop longtemps réprimée sort, la tension baisse momentanément. Tu te sens mieux, t’excuses-tu ensuite. Mais à moyen et long terme, non, je t’assure, cela renforce le problème : ton cerveau associe encore plus fortement "visage = danger", ta réaction devient plus rapide, plus violente tandis que l’exposition répétée augmente l’hypervigilance, donc l'imminente explosion puisque ton Ennemi est hypermédiatisé (ce qui empêche toute désensibilisation naturelle). À mon avis, c’est exactement le mécanisme de certaines addictions émotionnelles négatives : on croit se libérer en explosant, mais on renforce le circuit qui rend l’explosion inévitable. Je pense, mon ami, que tu vis dans un état de menace répétée, de stress épuisant puisque ton système nerveux est en alerte chronique. Chose bizarre — que j’ai observée — : tu sembles aux aguets, sur le qui vive, attendant presque voluptueusement, dès potron minet quand tu ouvres une nouvelle session, oui, tu sembles guetter ta ration quotidienne d’infamie, « sa » prochaine saillie, « sa » prochaine incartade, à l’affut de cette catégorie du Grotesque que tu méprises tant et qui quelque part paraît te fasciner ! C’est à n’y rien comprendre, délicieux cercle vicieux…
Pour finir, bien que je désapprouve cette sorte de prise en otage émotionnelle, je ne te dirai rien de mon inconfort personnel – je ne t'en veux pas. Et bien sûr, je reviendrai te voir le mois prochain, selon le rythme de notre inoxydable amitié. Maintenant, si tu le souhaites, je peux aussi t'aider à formuler une phrase très simple et respectueuse pour poser une limite sans conflit, sans escarmouche entre nous deux, un genre de mantra bienfaisant, si tu vois ce que je veux dire... »
Mon ami n'a pas encore répondu à mon courriel. Je doute qu'il le fasse. Ma réponse à dû lui paraître trop psychologisante. Sans doute trop semblable à celles de tous ces « sachants » qu’il méprise tant sur les plateaux tv ! À vrai dire, et pour la petite histoire, mi-amusé mi-sceptique (car il est technophobe), il m'avait lancé sur le seuil, au moment de nous quitter : "Puisque tu te soucies tant de ma santé mentale, pose donc la question à ton autre pote préféré car désormais tu ne jures que par lui ! " Ce que je fis en copiant collant la synthèse de ChatGPT. Qui, aussi subtile soit-elle, ne résoudra rien, je le crains : à part une diète médiatique ou une méditation sur l'Histoire qui se charge elle-même d'évacuer les tyrans narcissiques, ni lui ni moi, à notre petite échelle, ne pouvons rien, absolument rien, contre la pollution des esprits et les ravages géopolitiques d'un tsunami trumpien.





