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lundi 15 août 2022

L'ABERRATION DU CHRISTIANISME (bis repetita placent)

13 ans plus tard, en cette absurde Fête de l'Assomption - oú Marie, la Vierge-Mère, fut propulsée au 7e ciel en sa glorieuse carcasse, selon un dogme catholique aussi approximatif que tardif (1950) - de ma part, face à cette consternante superstition, la même hargne, la même conviction, la même euphorisante et hygiénique offensive !

Merci à ma Muse corruptrice.


L'ABERRATION DU CHRISTIANISME

Pour un athéisme intelligent et généreux

« Ce que je reproche le plus au christianisme, c'est d'ajouter à l'opacité du réel la niaiserie d'une explication. » Une fois passée la déferlante des bourdes papales (en attendant la suivante), une fois assourdies les éternelles chamailleries entre cathos progressistes et intégristes trisocomiques renvoyés dos à dos, mon aphorisme maison me tient encore plus à cœur et mérite ici de nouveaux développements afin de passer à la moulinette toutes les sornettes chrétiennes.

En premier lieu, on doit bien admettre que parmi les trois grandes religions, le christianisme aggrave son cas. Car si « Dieu » s'était contenté d'être YHWH, et Mahomet le prophète d'Allah, on laisserait volontiers chaque communauté régler ses comptes avec le divin. Mais voilà, Jésus est passé par là : Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu (disait un Père de l'Eglise). Ni plus ni moins. Un Bon Dieu, passe encore, mais son rejeton ! Pure aberration génétique, illogisme consubstantiel. D'où ma consternation à l'heure où le catholicisme relève la tête : pourquoi donc adjoindre toujours le grotesque à l'absurde, la superstition de la lettre au ridicule de l'esprit ? À l'heure où la Pureté écologique tient lieu de nouveau dogme, comment ne pas souhaiter une salutaire marée noire dans cet océan d'eau lustrale et de guimauve spirituelle !

Car, Messieurs les Théologiens, parlons franc : n'y a-t-il pas de quoi pouffer quand on consent à redevenir un instant sérieux pour résumer posément votre excentrique équation : « Dieu » en personne, votre Eternel, Essentiel, Immatériel Dieu a donc envoyé sur terre son propre Fils pour racheter l'Humanité en perdition. CQFD. Et pourquoi pas sa bru ? O felix culpa ! (nous parlons de la Rédemption, pas de la dame.) En prétendant ainsi clôturer l'histoire des hommes, votre sotériologie a inventé une théologie de l'Histoire ! Votre Eglise a de fait capturé le devenir de notre planète pour en faire sa chose : la seule Histoire Sainte possible. Secte originelle (victime ô combien consentante de sa propre réussite), le christianisme - qui est au Christ ce que le chauvinisme est au chauve ou la calvitie à Calvi - s'est ainsi arrogé le droit du dernier mot et prétend le proclamer urbi et orbi en d'incessants sermons, discours et exhortations quand ce ne sont pas d'inflexibles restrictions morales concernant le sida, la fin de vie ou l'avortement. Sous la redondance moralisatrice, toujours l'éblouissant tour de passe-passe et la fascinante métamorphose : tel le catoblépas, cet animal fabuleux des cathédrales qui se repaissait de sa propre chair, la prétention de la Tradition catholique - et son absurdité - s'engraisse d'elle-même, indéfiniment, infiniment, impunément. Et nulle objection possible : l'Eglise aura forcément réponse à tout puisque « elle a les paroles de la Vie éternelle » ! Imparable logorrhée qui décourage toute contradiction car, dixit St Paul (qui, selon la même logique, s'est autoproclamé « l'avorton » tout en faisant main basse sur la jeune communauté balbutiante pour en faire « sa » chose et « son » combat), Dieu s'est servi de ce qui est Folie pour proclamer sa Sagesse à toutes les nations jusqu'aux extrémités de la terre. Paradoxe formidable, génial coup de bluff auquel communie le croyant depuis vingt et un siècles : en se rassasiant d'absence, il se gave de sens ! C'est ce qui advient dans l'eucharistie, non pas simple commémoration, mais logophagie. Que ce soit dans la main ou sur la langue, sur le parvis de Notre-Dame ou dans la plus humble paroisse de brousse, il s'agit bien pour le catholique fervent d'absorber une parole – le Verbe fait chair – de s'en gaver, de l'avaler au double sens du terme : bobard et hostie. C'est trivial et sublime. N'essaie pas de comprendre, crois seulement, abêtis-toi et… gobe. Transsubstantiation, y'a bon !

Que rétorquer à cette énormité chrétienne, sorte d'écœurant loukoum ? Encore un petit effort, semblent susurrer les âmes pieuses : qui n'aimerait pas être sauvé ? Ressuscité d'entre les morts ? Qui ne serait pas soulagé d'abandonner définitivement son corps sexué (donc pécheur, pouah !) pour devenir une âme immortelle, défaillante de félicité dans l'éternelle garden-party céleste ? Paradisiaque Parousie qui fait délirer les frustré(e)s. L'athée convaincu – dont l'intelligence est blessée – peut évidemment protester, contre-attaquer, démontrer, etc. À mon avis, c'est assez vain et épuisant. L'arme la plus forte, en définitive, plus fatale même que l'imprécation sacrilège, reste le rire, un rire iconoclaste dévastateur. Pimenté parfois de subtile ironie. Ironie déjà chez Pilate : « Qu'est-ce que la vérité ? » En tout cas plus la mienne, pas la vérité de la Croix en lieu et place du Phallus Pantocrator, pas l'emblème de la déraison chrétienne qui, depuis l'empereur Constantin et son étendard victorieux, prétend désormais désigner à l'Univers l'envers sublimé du réel : de maudite, la souffrance deviendrait rédemptrice et c'est sur un gibet que désormais devraient être à jamais crucifiées nos trop humaines passions. Face à l'« Ecce homo ! » (encore un mot de Pilate, décidément facétieux !), le Christ en Gloire des mosaïques byzantines. Revu et corrigé par la théologie, le prétendu Homme-Dieu retourne ainsi la réalité humaine comme un gant écorché : la souffrance est transcendée, le Destin défatalisé, l'homme divinisé. Nouveau contresens de l'Histoire scellé par le sang de l'Agneau. « J'ai versé telle goutte de mon sang pour toi… » parole sublime et très sotte que Pascal prête à Jésus-Christ. À ce stade, la foi n'est plus une indigeste pièce-montée mais un amas d'écœurants abats ! Foin de Sacré-Cœur, disons les choses plus simplement : ni plus ni moins que les autres religions mais d'une façon bien plus perverse, le christianisme n'aime pas l'humanité puisque la vraie patrie de l'homme est au Ciel et que la voie royale pour y parvenir est le chemin de la croix et la haine de soi.

En ce qui me concerne - puisque l'athée a aussi le droit après tout d'être témoin -, désormais joyeux athée à la mode de Prévert (A comme absolument athée, T comme totalement, H comme hermétiquement etc.), mon seul vrai regret n'est pas d'avoir défroqué trentenaire, non, mais de m'être éclipsé trop tôt car ce n'est pas en cinq ans ni même en vingt mais en quarante qu'on peut devenir un curé Meslier ! (On sait qu'en juin 1729 Jean Meslier, curé de la paroisse d'Étrépigny, laissa à sa mort une enveloppe contenant… le texte fondateur de l'athéisme et de l'anticléricalisme militant en France. On imagine la tête de ses ouilles qu'il édifia et bénit durant tant d'années !!!) Sublime vocation : avoir le front et la persévérance de s'enkyster patiemment dans la croyance pour mieux la dissoudre de l'intérieur, exténuer la foi moribonde sous le masque propret de la fidélité, s'autotransfuser le doute-à-doute mortifère nuitamment, obstinément, voluptueusement…

Aujourd'hui en tout cas, en mon âme et conscience, ma conviction est faite : « Dieu » est une hypothèse inutile, les religions, des mystifications mortifères, dangereuses et démobilisatrices et l'Incarnation chrétienne, une irrationalité grotesque et inhumaine. Place donc à un athéisme intelligent et généreux qui est une voie difficile, ô combien difficile et en même temps exaltante. D'ailleurs n'est-il pas urgent d'inventer un nouveau qualificatif positif et mobilisateur qui effacera à jamais tous ces préfixes privatifs défigurant notre humanisme et notre éthique (athée, incroyant, apostat etc.). Certes, celui qui réfute toute transcendance n'est pas, par définition, subversif, encore moins prosélyte, mais dans un monde dominé par le retour intempestif et bruyant de l'obscurantisme religieux, il le devient. Il a même à opérer d'urgence une sorte de coming-out pour proclamer dorénavant haut et fort ses lettres de noblesses et sa feuille de route : non plus un frileux agnosticisme mais un vigoureux athéisme énoncé en termes positifs, qu'ils soient savants ou familiers : MÉCRÉANT, DÉICIDE ou THÉOCLASTE ! Le proclamer mais aussi le vivre, pas sur les tréteaux ni dans les flonflons, mais au quotidien, en se défiant des idoles et en refusant de s'inventer des édens. Et en incarnant ici et maintenant la fraternité, la justice, la liberté… et la laïcité, les quatre vertus cardinales de notre vivre ensemble.

Telle est ma foi d'apostat. Telle est ma fierté d'ex-croyant dégrisé et d'homme de raison parvenu enfin à maturité. En comparaison, tous les dévots de la planète, avec leurs grigris, leurs sacrements, leurs amulettes, leurs processions, leurs miracles, leurs vieux grimoires, leurs indulgences plénières, leurs moulins à prière, leurs grottes miraculeuses, leurs murs sacrés et leurs esplanades du temple, leurs carêmes et leurs ramadans, leurs mitres, leurs kippas ou leurs chapeaux pointus… tous ne sont à mes yeux que de grands gosses qui ont peur dans le noir et se rassurent à bon compte en ânonnant des fables à dormir debout et à croupir à genoux.

« Pour une larme versée sur le Dieu que je perds, mille éclats de rire au fond de moi fêtent la divinité qui m'accueille partout. » J'ai mis cette citation en exergue de mon site littéraire. On dirait encore du Pascal… mais cette phrase, le coquet Jouhandeau – « le diable de Chaminador » comme on l'appelait – ne la cousait pas dans la doublure d'un manteau élimé : il la vivait jusqu'à l'acmé de ses amours interdites après avoir tant rêvé comme moi de devenir prêtre. Avec néanmoins une différence capitale entre Jouhandeau et moi : s'il a toujours exalté le péché de chair dans le commerce des garçons – avec quelle vitalité et sans aucun remords jusqu'à un âge avancé ! – jamais il ne renoncera à ce Dieu qu'il bafouait allègrement. Son péché et son Dieu feront toujours bon ménage, avec force accommodements. Au point que, durant les dernières années de sa vie, l'auteur citera cette phrase des Maximes de St Jean de la Croix : « Une seule pensée de l'homme vaut plus que le monde, mais Dieu seul est digne d'en être l'objet. » Dieu seul ! (Excusable erreur de vieillesse puisque, face à la mort, maints écrivains jusque là lucides et sensés deviennent sur le tard cathooliques chroniques et mysticogélatineux !) Et Jouhandeau d'ajouter dans ses entretiens avec Jean Amrouche, cette fois plus sérieusement et avec une lucidité qui rejoint la mienne : « Dans ma jeunesse, j'ai peut-être aimé le Christ d'une manière trop sensible. Son visage et son corps m'ont requis trop longtemps, beaucoup trop. Mon homosexualité vient de là. » Le visage et le corps du divin supplicié… son sexe aussi, si peu voilé, si mystiquement offert à mon regard pubère, si délicieusement crayonné dans la marge de mes cahiers d'écolier. Là encore : felix culpa ! Car je confesse moi aussi ma foi intacte en ce Ieschoua d'Amour qui me troubla. Son Eglise, non ! Non merci ! Plus jamais ! Rejet viscéral à la mesure de l'époustouflant paradoxe : la même Institution qui diabolise l'homosexualité et la condamne me l'a transmise en douce, le milieu sacerdotal étant majoritairement homophile et hypocrite. C'est devenu mon constat après quelque trente ans de désintoxication méthodique et assidue. Un constat non pas amer, plutôt serein et même radieux : plus de prêtrise, nulle religion, nulle divinité, ni Incarnation ni Rédemption, ni péché ni grâce, nulle Eglise - marâtre ou virago - l'Homme seul. Charnel et périssable. Pitoyable et sublime. Enfin affranchi ! C'est en Lui seul que je crois. Et à foi neuve, catéchisme inédit : le contraire de prier ? Rire. Le contraire de mourir ? Jouir. Le contraire de croire ? Savoir.

Et le faire savoir, non plus en chaire mais dans ma chair, en péchant vigoureusement et en pouffant irrespectueusement puisque l'hygiène du nouveau siècle - qui sera athée ou ne sera pas -, c'est le blasphème joyeux !

PAU, ce 15 août 2022

BOULOGNE-BILLANCOURT, 25 avril 2009

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mardi 9 août 2022

LA FÊTE DU 9 (Poème impromptu)

LA FÊTE DU 9

Bonjour Bon aujourd'hui Bon Jour ! Bonjour et merci.

Le 9 du mois Est un jour banal Rien de phénoménal Mais c'est le jour de la retraite virée Qui comble le découvert Et autorise des p'tites folies ! Ce 9-là n'a certes rien de lyrique Mais c'est un jour sympa â fort espoir économique : De bon matin mon compte bancaire a la trique !

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Ce neuf du mois Est aussi le rendez-vous mensuel Avec mon amant de Mussidan Jour forcément neuf Forcément heureux ! Son sourire charmeur Ses yeux pétillants Le reste avenant Et nos soixante-neuf Fougueux Qui vont faire un malheur l Avant la longue et douce accalmie câline...

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Ce matin aussi, Pas de grosse douleur. Mon corps est léger, souple ; Il se fait oublier. Après une nuit brève comme un doux répit, Nuit sans cauchemar et sans insomnie, Corps et cœur s'harmonisent : D'un joyeux clic, comme l'ardoise magique, Ils effacent le passé rouillé Pour incarner sur la percale du plaisir le frais et vierge aujourd'hui.

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Paré de splendeur estivale, Ce 9 du mois Prend du coup des allures de conte philosophique : Un jour de plus... en moins Et c'est très bien ! Bref et intense. Dense sans devenir pesant. Un jour sans âge et sans limites et c'est très bien aussi : Pur instant-éternité. Car il y a trois âges : L'âge qu'on a, L'âge qu'on fait, L'âge qu'on se donne. Le Poète reconnaissant en affiche 75, Il en fait... il ne sait ! En tout cas, il s'en offre 20. C'est fou, c'est doux, c'est provisoire... Et c'est parfait.

Bonjour Bon aujourd'hui Bon Jour ! Bonjour et merci.

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Texte écrit à l'aube du 9 août 2022, Dans le charmant Airbnb de Marie, Rue de la Clarté.

jeudi 28 juillet 2022

UZBEK REVÊT SON CHATOYANT CAFTAN DE PAPIER

L'ensemble de mes billets parus le printemps dernier – ainsi qu'une dizaine d'illustrations originales en noir et blanc ou couleurs – vient d'être publié aux Éditions du Net.

Soir en version brochée (15 euros) soit en version cartonnée (25 euros).

  • Disponible directement sur le site de l’Éditeur (les royalties de l'auteur y sont plus conséquentes !) ;
  • chez ton libraire habituel ;
  • sur Amazon.fr, Chapitre.com, Frac.com, Cultura.com, etc.

Merci de ton appétence uzbéquienne !

https://www.leseditionsdunet.com/livre/le-journal-duzbek

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Un vieux Persan explore avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes… Et aussi les replis de son cœur. Reprenant l’argument de Montesquieu, Michel Bellin a décidé de rouvrir son blog au printemps 2022 pour y mettre en ligne un billet quotidien. Son défi : des textes brefs, mordants, parfois tendres, impertinents voire libertaires. Bref, cet ouvrage atypique est le florilège de quelques miniatures ciselées et illustrées par l’auteur de “J’ai aimé – Confidences d’un curé libéré ”.

Michel Bellin est un écrivain prolifique dont le premier opus est paru en 1996 (J. L’Apostat, postface de J. Gaillot, Golias éditions). « Deviens qui tu es », telle pourrait être sa devise. Son itinéraire est en effet singulier : jeune prêtre contestataire, il quitte tôt les ordres, se marie, fonde une famille… assume à 50 ans une homosexualité décomplexée en laissant pour finir à Dieu – qu’il surnomme Pouet-Pouet – le bénéfice du doute. C’est ce parcours de vie qui nourrit l’écriture de cet auteur atypique, à travers une trentaine d’ouvrages : livres traditionnels, ebooks et un premier livre audio en 2022 (Lulu). En filigrane, toujours le même défi quasi obsessionnel : réconcilier l’âme et le corps, la spiritualité et la sexualité, l’humour et l’amour. Bref, Theos et Eros assidûment invoqués et concélébrés !

mardi 26 juillet 2022

" CES GENS-LÀ"

Voici une bourde qui aura eu son petit quart d’heure de fièvre médiatique ! Somme toute attendu et bienvenu dans la torpeur de l’été, entre trois marronniers : la canicule et le tour de France, en attendant l’incontournable « chassé-croisé » estival. Cela devrait alerter sur la bénignité du forfait et les réactions excessives qu’il suscita.

Personnellement, je ne me suis pas senti concerné, encore moins blessé, par la maladresse de Madame Caroline Cayeux. Voici une expression surannée, involontairement comique, qui fleure bon une certaine condescendance de classe. Car chez ces gens-ci, on se bouche un peu le nez tout en affichant son sympathique penchant gay friendly et tout est bien dans le meilleur des mondes, quelque part entre les Groseille et les Le Quesnois de toujours. Pas de quoi fouetter un chat mais évidemment matière, puisqu’on est en France, à levée de boucliers, cris d’orfraie, vertueuse indignation et impérieux appels à démission.

Une unanimité de façade cache souvent de basses querelles intestines, particulièrement dans l’univers gay, qui, à défaut de constituer une authentique « communauté », connaît actuellement quelques soubresauts et piteuse guérilla. Juin 2022, « le » mois de la sacro-sainte Fierté, en fut un exemplaire catalyseur et détonateur. « Nos corps, nos droits, vos gueules » vociféra-t-on dans les rues. Comment ne pas mieux synthétiser, tout en la masquant, l’intolérance hargneuse d’une masse dite festive, en fait noyautée par une faction de trans querelleurs ? Le prurit victimaire, outre le délicieux supplice que chacun peut éprouver en y cédant compulsivement, cache souvent des luttes endogamiques nées d’abus de pouvoir et de frustrations minoritaires, le tout sublimé par d’ardents appels à l’Égalité, à la Fraternité, à la Liberté, etc. Surtout à la reconnaissance universelle, et aux droits davantage qu’aux devoirs. Il n’est pas indifférent par ailleurs qu’une seule association, Grey Pride pour ne pas la nommer, se soit démarquée d’un slogan tapageur et odieux, car autocentré et fermé au dialogue. Tout simplement parce que les seniors homos sont aujourd’hui lassés voire inquiets de ce qu’est devenu le microcosme gay, plus marigot qu’arc-en-ciel, chaque minorité de minorités voulant se faire sa place au soleil et aboyer plus fort que sa voisine. Tout devient alors confus, obscur, rétrograde, dans la surenchère incessante des « luttes », jusqu’à l’ubuesque sigle LGBT…….+ devenu un fourre-tout à rallonges, chacune et chacun tenant mordicus à son Initiale, à son Estampille, sur fond de suspicion réciproque. Et c’est ainsi que ressurgit l’hydre aux multiples têtes hideuses que chacun prétend trancher, sauf évidemment la sienne propre, ces mufles qui ont pour noms jeunisme, radicalisme, communautarisme, lutte de pouvoirs dans les états-majors… le tout, évidemment, sur fond de wookisme mal digéré, de théorie gender mal comprise, et évidemment de tyrannique inclusivité.

Or, bon nombre de personnes homosexuelles, pour reprendre une désignation également datée, voire désormais inappropriée au XXIe siècle, parlons donc plutôt d’êtres humains, ne souhaitent plus être identifiés à leurs préférences sexuelles anecdotiques, donc assignés à résidence, à résilience voire à un militantisme incessant et bruyant, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Beaucoup d’êtres humains souhaitent simplement être heureux, qu’on les laisse vivre et aimer et vieillir en paix, sans être pris en otages, sans se laisser embarquer dans des manipulations politiciennes au nom des grands principes abstraits prétendument fédérateurs. De l’air ! De la dignité ! Du silence, please.

Et du simple bon sens. Non ! une maladresse langagière n’est pas une déclaration de guerre. Non ! une bourgeoise n’est pas obligatoirement une homophobe patentée. Non ! une ministre n’est pas ipso facto disqualifiée par une micro bêtise. Non ! les minorités querelleuses ne représentent pas toutes les victimes d’homophobie, mais souvent et uniquement elles-mêmes, leur propre pedigree prétendument méprisé, leur propre leadership prétendument menacé en interne. Car s’il est un troupeau anonyme, bêlant et consentant, il y a et il y aura aussi, partout et toujours, des brebis galeuses déguisées en loups. Ne pas le reconnaître, ne pas y veiller, ne pas l’assumer, c’est aussi offrir des verges (!) pour nous faire fouetter et donner du grain à moudre à un autre « bon sens », moins innocent, voire retors, celui par exemple de Sébastien Lecornu lorsqu’il déclarait : « Le communautarisme gay m’exaspère autant que l’homophobie. »

Il y a une dizaine d’années, le jour même de la Gay Pride parisienne, Le Monde a fait paraître une de mes contributions intitulée « Bannières et ostensoirs »1. Je m’étais en effet mis en marche vers une assomption personnelle par une revendication à l’« indifférence ». Je viens de relire ce texte. À mon avis, ma profession de foi, jugée blasphématoire par certains, n’a pas pris une ride. C’est plutôt son auteur qui a (mal) vieilli, est rentré dans le rang, par lassitude, par routine, par conformisme, peut-être à cause d’un virus idéologique inoculé dans mon naïf et paresseux prêt-à-penser. Or, à y regarder de plus près, de marche en marche, les choses se seraient plutôt aggravées, passant du folklore processionnaire à l’intolérance sectaire. Il est donc temps que, m’éloignant pour de bon de la caravane, je revienne à mes fondamentaux, à mon choix de vie, à mon credo de juin 2007 – certes à l’époque trop pompeux et tonitruant pour être honnête ! – foi néanmoins renforcée, mais aujourd’hui avec humilité, pourquoi pas humour, tout en faisant profil bas, comme chaque fois que n’est pas tenue une bonne résolution :




« (…) Que gagnons-nous à devenir chaque solstice d'été le zoo préféré des médias et les histrions de notre propre folklorisation corporatiste ? En serons-nous demain plus crédibles ? Plus matures ? Plus amicaux entre nous ? Plus efficaces pour tant d'autres militances bien plus urgentes ? (…) Parvenir enfin à l’indifférence. Consentir à l’insignifiance. Gommer l’appartenance. Ce pourquoi, émasculant les mots imbéciles et fuyant les flonflons, je hurle au silence comme un bâtard galeux : « Né-ga-ti-vons et rentrons chez nous ! »




Michel Bellin, écrivain

Cette tribune a été évidemment refusée par LIBÉRATION. Avec l'éternelle raison fallacieuse : faute de place !

''C’est avec attention que nous avons pris connaissance de votre proposition de contribution aux pages Idées de Libération. Nos contraintes éditoriales, qui nous valent un programme de publication très serré, ne nous permettent pas de publier votre article. En vous remerciant de votre compréhension,

Bien cordialement, Sonya Faure, responsable des Pages Idées Anastasia Vécrin Thibaut Sardier Erwan Cario Simon Blin Clémence Mary''














1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/29/bannieres-et-ostensoirs-par-michel-bellin_929606_3232.html

dimanche 29 mai 2022

BRIDGE OVER TROUBLED WATER

Une journée entière de musique, de chroniques, de reportages TV et d’images d’archives, sans me lever, sans sortir, sans me divertir autrement… un dimanche entier passé en compagnie de Simon & Art, et aussi Johnny Cash qui donne, du chef d’œuvre planétaire, une version plus âpre, plus mature, absolument bouleversante. Une ode à l’indéfectible Amitié, par-dessous nos eaux troubles, parfois si tumultueuses ! Fragile et solide passerelle. Comment ne pas être ému, par avance endeuillé... Car déçu d’avoir été impuissant et balbutiant, parfois si maladroit, à consolider les arches de ce pont ! Si heureux pourtant d’avoir tenté et persévéré… Mais, pas plus aujourd’hui qu’hier, nulle crainte à avoir, nul découragement, nul silence de ma part : Si tu as besoin d’un ami, je navigue derrière toi, tel un pont enjambant l’eau trouble...

When you're weary Lorsque tu seras las Feeling small Mélancolique When tears are in your eyes Lorsque les larmes viendront à tes yeux I will dry them all Je les sècherai toutes

I'm on your side Je serai près de toi When times get rough Quand les heures deviendront rudes And friends just can't be found Et que les amis demeureront simplement introuvables Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

When you're down and out Quant tu seras sur la paille When you're on the street Quand tu seras à la rue When evening falls so hard Quand le soir tombera si rudement I will comfort you Je te réconforterai

I'll take your part Je prendrai ta défense When darkness comes Lorsque les ténèbres apparaîtront And pain is all around Et que la souffrance sera omniprésente Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

Sail on Silver Girl Vogue Fille d'Argent Sail on by Vogue dans le sillage Your time has come to shine L'heure est venue pour toi de briller All your dreams are on their way Tous tes rêves vont s'accomplir

See how they shine Vois comme ils brillent If you need a friend Si tu as besoin d'un ami I'm sailing right behind Je navigue juste derrière Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit.

https://youtu.be/omxAjFFnrLk

jeudi 26 mai 2022

LA PALME DU NANAR 2022 POUR LE DERNIER FILM D’ARNAUD DESPLECHIN

S’il est une chose qu’on ne devrait pas oublier : ne surtout pas se fier à la critique, surtout si elle est parisienne, a fortiori quand elle est unanime. Et avoir comme modèle St Thomas qui ne crut qu’en ce voyaient ses yeux et qu’en ce que palpaient ses doigts. Bref, j’avais une grande envie de voir Frère et sœur ; je m’étais même permis de parler de ce film, de le conseiller… Las, oui, c’est bel et bien selon moi la Palme d’or du nanar (snob) 2022. À défaut de grimper au 7ème ciel le matin de l’Ascension, j’ai donc bu le calice jusqu’à la lie (jusqu’à l’incrédulité, la fatigue, la hargne…). En subissant jusqu’au baobab final (!) ce prétentieux et interminable pensum, un mot s’est peu à peu infiltré en moi… a enflé… m’a envahi : OUTRANCIER. C’est-à-dire superficiel, démonstratif, fabriqué, insincère. Donc forcément ridicule. Tout dans ce film est outrancier. Outrancier le scénario (la pseudo haine recuite invraisemblable). Outranciers les dialogues. Outrancière l’interprétation (Poupaud cabotine le plus, dans un rôle odieux de bout en bout.). Outrancier le pseudo happy-end africain. Outrancières à peu près TOUTES les scènes (avec le pompon peut-être pour la scène où l'écrivain, se prenant pour Batman, survole Paris… mais il y en aurait tant à épingler !). Outranciers les dithyrambes d’une presse parisienne, anesthésiée ou lobotomisée – au choix. En résumé, outrancier le talent d’un réalisateur qui, faute de savoir ou pouvoir se renouveler, se plagie et se parodie lui-même ad nauseam. Je mets néanmoins une demi-étoile pour le visage chiffonné d’une toute jeune comédienne inconnue. Bref, j’espère que le jury cannois saura, lui, distinguer l’or du fer blanc, en écho au silence glacial qui accompagna sur la Croisette cet indigeste pudding psycho-socio-émotionnel.

Post scriptum : le soir de ce jour funeste, pour rattraper le coup, pour m’assurer que le 7ème Art n’est pas un vain mot, je suis retourné voir THE SERVANT de Losey. Le jour et la nuit ! Ici l'épure, là la ratatouille. Il faut dire qu’Harold Pinter était aux commandes pour le scénario alors que le tâcheron franchouillard pilote à vue, sans fil conducteur et en se regardant le nombril ! Misère, misère…

mercredi 25 mai 2022

MA RECETTE DE CRÈME BRÛLÉE ''VIRILE TENDRESSE'' ©

Dédiée et offerte à mon baby boy, je teste aujourd’hui ma recette originale de crème brûlée à la vanille Bourbon appellation Virile tendresse ©. Simple et goûteuse ! L’essayer, c’est l’adopter.

Ingrédients : 50 cl de crème entière fluide – 10 cl de lait – Ingrédient mystère – les grains de 2 gousses de vanille – 8 jaunes d’œufs du marché – 120g de sucre en poudre – 75g de cassonade.

Préparation 1/ Fais chauffer le lait, la crème, l’extrait des gousses de vanille fendues, jusqu’à ébullition. Attention à bien surveiller le lait ! 2/ Hors du feu, laisse infuser jusqu’à complet refroidissement. 3/ Bats vigoureusement les jaunes d’œufs et le sucre dans un grand bol. Incorpore délicatement l’ingrédient mystère jusqu’à l’obtention d’un mélange souple, consistant et homogène. 4/ Ajoute le mélange lait-crème-vanille. Fouette le tout, non pas en mode SM mais tout en douceur. Filtre au chinois débridé pour ôter les grumeaux. 5/ Répartis la crème dans les ramequins. 6/ Mets-les dans le four préchauffé à 110° et laisse cuir jusqu’à ce que la crème soit prise, elle adore ça ! (30 à 45 minutes). Le parfum chaud de vanille est irrésistible ! 7/ Laisse refroidir et couvre les ramequins de film alimentaire. Puis réserver une nuit au réfrigérateur. 8/ Le lendemain, avant de servir, fais préchauffer le grill du four. Saupoudre légèrement et uniformément de cassonade la surface des crèmes. 9/ Place les pots sous le grill, bien près, et surveille la caramélisation (5 minutes devraient suffire). 10/ Puis savoure, de préférence en couple, cette crème de tous les délices.

NOTA BENE : on peut ajouter à la préparation quelques éclats de pistache qui ornait, le sais-tu ? les tables des sultans au temps de Shéhérazade. Mais la fragrance subtile de l’ingrédient mystère risque d’en être masquée tandis que le liant du dessert sera atténué. Mais de quel ingrédient mystère s’agit-il ? La pudeur m’a empêché de le mentionner dans la liste des ingrédients. c’est pourtant un composant essentiel, pas toujours facile à se procurer mais très bon marché. Bref, il s’agit d’ajouter délicatement à l’appareil jaune d’œufs + sucre… 1 ½ cuillerée à café de sperme extra frais. C’est mon secret d’une crème brûlée aux feux de l’Amour ! Un pur délice. Chiche ?

Signé Bellinus, le facétieux maitre-queux

samedi 21 mai 2022

"EN THERAPIE" sur ARTE ? BOF !

La série En thérapie sur ARTE fait fuir deux catégories de personnes : celles qui vont très mal et celles qui vont extrêmement bien. Les premières parce que, si elles regardaient ce feuilleton, elles découvriraient un miroir – déformant ou fidèle – insupportable. Les secondes parce qu’elles n’éprouvent absolument pas le besoin de s’offrir par procuration un complément de psychothérapie indolore et superficielle car fictive. Pour ces deux profils de téléspectateurs, bienfaisant est le zapping, autant qu’évident. Il en sera de même lorsque, après Le Grand Quiz du caniveau, TF1 programmera l’automne prochain la série vaticane En confession : se précipiteront dans la mangeoire plasma nombre de ménagères ménopausées, pour s’offrir gratis des frissons devant les turpitudes avouées des autres, tout en se dédouanant de leur médiocrité ordinaire qui, elle, n’a rien à se faire pardonner. Les saints séculiers et les criminels endurcis auront depuis longtemps détalé pour habiter le réel.

mercredi 18 mai 2022

INSOMNIE (11)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Tard le soir dans le TGV Pau-Paris. Voiture 17. Place 42. Dans ma somnolence, soudain cet éclair en forme de trouée lumineuse : l'arc-en-ciel ! Quelle en est la couleur la plus belle ? La plus essentielle ? Aucune et chacune. Chaque couleur est la plus belle. Chacune est essentielle. Toutes sont complémentaires. Et c'est ainsi que j'aime ! Toujours en couleurs diffractées. Car tout ce que j'offre à l'un, je ne le reprends pas à l'autre. J'aime chaque être humain (trié sur le volet) d'une manière personnelle, particulière, intense. Individuellement et complémentairement. Mon cœur est un arc-en-ciel ! Ce soir, il resplendit dans l'ombre lorsque je quitte l'indispensable ami pour rencontrer demain la chère aventurière, juste avant d'étreindre sans délai mon adorable amant. Toujours bref et intense, fulgurant, urgent, à 310 kilomètres/heure, de toutes les couleurs, l'Amour pluriel, l'Amour-passerelle, l'Amour arc-en-ciel, l'Amour magique... sans illusion d'optique. Merci, ami.e.s et à très vite !

Boulogne-Billancourt, ce 18 mai 2022 – FIN DE LA MINISÉRIE intitulée INSOMNIE

mardi 17 mai 2022

INSOMNIE (10)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

Pour l’hédoniste accompli, enamouré ou non, parfois éloigné ou empêché, la “manœuvre honteuse” n’est pas cette besogne solipsiste que la morale réprouve, mais une élaboration altruiste, dès lors que l’imaginaire remplace la chosification de “mon ” plaisir mécanique par la sublimation de “son ” désir idyllique. Bien davantage qu’un bien-être compensatoire ou une hygiène de bon aloi, loin du réel souvent décevant et des aléas de la conjugalité, l’autoérotisme devient l’acmé de l’imaginaire, virtuelle incarnation, miraculeuse transsubstantiation : devant mes yeux rêveurs, sur l’écran ou in petto, l’icône porno ou l’hologramme du cher Absent inaccessible se mue en omniprésence à mesure que le fantasme prend consistance. Ainsi, dès potron minet ou au cœur de la nuit complice, la valeur la plus sûre, la plus naturelle, la plus économique autant qu’écologique de tous nos gestes d’amour demeure assurément ce plaisir isolé qui est tout sauf solitaire mais par essence communionnel et solidaire. Tel est mon éloge de la très sainte masturbation.

lundi 16 mai 2022

INSOMNIE (9)

Minisérie de mes pensées nocturnes

« Intimior intimo meo » notait St Augustin à propos de Dieu. Plus intime à moi-même que moi-même. Tel est l’homme que j’aime. Quand je pense à lui, de jour comme de nuit, nul besoin de mental ni de mots. D’instinct, ma main droite s’entrouvre ; mes doigts d’emblée s’incurvent au gabarit. Juste ma paume en mémoire de lui. Prends... Ceci est mon corps.

dimanche 15 mai 2022

INSOMNIE (8)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Euterpe est convoquée dans le silence de la nuit. Complice et confidente. Thérapeute aussi : parce qu’il est sans mots ni pathos (d‘où mon exécration de l’opéra bourgeois !), ce flux sonore est capable – ruisselant ou souterrain – de s’infiltrer par nos fissures et nos blessures pour atteindre l’âme inquiète, la masser, la bercer. La musique devient alors vecteur de Joie ; la cadence même de l’Amour. Tantôt pensée tantôt caresse, elle épure la bête ou donne un corps à l’ange. Et le silence qui s’ensuit est encore de la musique… accompagnant l’extase. Merci, fidèle Amie !

samedi 14 mai 2022

INSOMNIE (7)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

La nuit ombreuse et silencieuse est le piège le plus sournois de la Faucheuse. Oui, finir en catimini, dans mon nid d’aigle, est la seule issue que je redoute vraiment. Sinon, au hit-parade des fins heureuses, l’épectase est ma première option, juste avant l’embolie foudroyante durant la sieste. Mais fi des vœux irréalistes, qui vivra mourra ! Ceci admis, mieux vaut partir la nuit que ne pas mourir du tout. Et disparaître heureux plutôt que malheureux. Car toutes les bonnes choses ont une fin. Mais rien ne sert de mourir, encore faut-il partir à point. Quel jour et à quelle heure ? À point nommé. Étant entendu que mourir à l’heure n’oblige pas de tirer sa révérence en avance !

vendredi 13 mai 2022

INSOMNIE (6)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Évocation nocturne du récent salon du livre auquel je participai à Mandelieu la Napoule. Un bide absolu. Plus auteur loser que jamais. Plus lucide et fanfaron que jamais : depuis belle lurette, je ne me fais éditer que pour le plaisir égoïste de collectionner mes œuvres. Plus les lecteurs sont rares et chiches mes droits d’auteur, plus l’opus m’apparaît précieux. En fait, à l’époque où j’assiégeais en vain les éditeurs parisiens, chaque fois que je récupérais un de mes manuscrits (refusé) chez un grossiste pour le refiler à un autre, déjà je me sentais le cœur frétillant d’un pêcheur à la ligne. Car le summum du plaisir pour le pêcheur du dimanche consiste sans doute davantage à guetter son bouchon plutôt que de ferrer un mastodonte. Bref, la nuit m'est témoin, j’écris prioritairement pour moi-même, accessoirement pour une élite !

mercredi 11 mai 2022

AMNÉSIE (5)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Ouf ! La retraite vient de tomber. J’ai beau jouer le bel indifférent, le 9 de chaque mois, ce n’est pas rien. Et c’est uniquement lorsque je suis rassuré sur le niveau de mon compte en banque que je peux philosopher sur la frugalité heureuse. Quel faux-cul ! Il n’empêche, je ne me désavoue pas : bien que j’en possède peu, je méprise à tel point le fric qu’il me faut m’en débarrasser au plus vite, soit en le gaspillant soit en l’offrant. Jusqu’à l’extrémisme du don car, au bénéficiaire ému, je refile en même temps et mon pognon et mon mépris. Pas vu pas pris. Mais cette générosité perverse, comme minée, est en réalité une formidable plus-value : j’enrichis le trésor de l’Homme intérieur tout en dilapidant la merde du Tentateur. C’est formidiable, non ? Bien sûr, tant que je ne suis pas à découvert ! Car la sagesse résiste rarement à la dèche et mépriser l’argent demeure un snobisme de privilégié.

mardi 10 mai 2022

AMNÉSIE (4)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Quasiment chaque nuit, je retrouve mon cinoche avec impatience. Mes rêves sont autant de films le plus souvent inédits. Hélas peu de romances, ni d’art et d’essai, pas même d’humides polissonneries comme jadis, parfois mon gentil ogre du collège, le plus souvent des nanars burlesques et échevelés où j’ai le mauvais rôle et m’empêtre dans mon passé recomposé. Qu’importe, j’adore ces séances privées et gratuites en V.O. Dommage que le projecteur tombe systématiquement en panne juste avant le dénouement, en interrompant le ralenti et en me laissant frustré, hébété et parfois soulagé : ouf ! j’ai échappé à l’absurde traquenard du passé pour habiter mon présent pacifié.

lundi 9 mai 2022

AMNÉSIE (3)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Le sexe ? Une urgence sans raison. Il est des jours, des nuits surtout, où je souffre tant d’isolement tactile que je sauterais non-stop Elephant Man en personne ! Car la beauté importe peu, seul le désir, sa morsure et son accomplissement. Avant d’être une compulsion, exclusivement virile, le sexe m’est une sidération. Le mâle nu ou la jungle de l’Obscène ! Jouir, te faire jouir, nous réjouir… et, repu et épuisé, enfin me rendormir.

samedi 7 mai 2022

AMNÉSIE (2)

Minisérie de mes pensées nocturnes

En fait, je ne porte plus le deuil de "dieu", que je nomme Pouet-Pouet dans mes rares moments de fureur. Ce qui tout simplement me manque, c'est une puissance tutélaire, non pour m'humilier à quémander, mais pour la remercier du cadeau de ma Vie.

AMNÉSIE (1)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Pour désamorcer l'angoissant mystère de la nuit, autrefois jeune et ardent, je parlais â Dieu et je m'imaginais qu'à trop m'écouter, Il ne pouvait parler. Néanmoins Sa bienveillante attention me suffisait. Aujourd'hui âgé et lucide, à tout jamais dégrisé, je me contente de tourner la molette de mon antique transistor posé sur le drap, pour chercher à tâtons une présence amie, le plus souvent musicale, afin de rompre l'obscur Silence.

vendredi 29 avril 2022

« CEPENDANT, JE VOUDRAIS VOUS PLAIRE… » (Dernier billet du Blog en forme de POSTFACE)

Un jeune Persan explore avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes

À Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1713.

LETTRE XLVI

USBEK À RHEDI

Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins. Non-seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens ; et c’est ce qui me touche : car, dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois, l’amour pour les hommes, la piété envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion. En effet, le premier objet d’un homme religieux ne doit-il pas être de plaire à la divinité, qui a établi la religion qu’il professe ? Mais le moyen le plus sûr pour y parvenir est sans doute d’observer les règles de la société et les devoirs de l’humanité ; car, en quelque religion qu’on vive, dès qu’on en suppose une, il faut bien que l’on suppose aussi que Dieu aime les hommes, puisqu’il établit une religion pour les rendre heureux ; que s’il aime les hommes, on est sûr de lui plaire en les aimant aussi, c’est-à-dire en exerçant envers eux tous les devoirs de la charité et de l’humanité, en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent. On est bien plus sûr par là de plaire à Dieu qu’en observant telle ou telle cérémonie ; car les cérémonies n’ont point un degré de bonté par elles-mêmes ; elles ne sont bonnes qu’avec égard, et dans la supposition que Dieu les a commandées ; mais c’est la matière d’une grande discussion : on peut facilement s’y tromper, car il faut choisir les cérémonies d’une religion entre celles de deux mille.

Un homme faisoit tous les jours à Dieu cette prière :

« Seigneur, je n’entends rien dans les disputes que l’on fait sans cesse à votre sujet ; Je voudrois vous servir selon votre volonté ; mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve à la sienne. Lorsque je veux vous faire ma prière, je ne sais en quelle langue je dois vous parler. Je ne sais pas non plus en quelle posture je dois me mettre : l’un dit que je dois vous prier debout ; l’autre veut que je sois assis ; l’autre exige que mon corps porte sur mes genoux. Ce n’est pas tout : il y en a qui prétendent que je dois me laver tous les matins avec de l’eau froide ; d’autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair. Il m’arriva l’autre jour de manger un lapin dans un caravansérail : trois hommes qui étoient auprès de là me firent trembler ; ils me soutinrent tous trois que je vous avois grièvement offensé : l’un1, parce que cet animal étoit immonde ; l’autre2, parce qu’il étoit étouffé ; l’autre enfin3, parce qu’il n’étoit pas poisson. Un brachmane qui passoit par là, et que je pris pour juge, me dit : Ils ont tort, car apparemment vous n’avez pas tué vous-même cet animal. Si fait, lui dis-je. Ah ! vous avez commis une action abominable, et que Dieu ne vous pardonnera jamais, me dit-il d’une voix sévère : que savez-vous si l’âme de votre père n’étoit pas passée dans cette bête ?

Toutes ces choses, Seigneur, me jettent dans un embarras inconcevable : je ne puis remuer la tête que je ne sois menacé de vous offenser ; cependant je voudrois vous plaire et employer à cela la vie que je tiens de vous. Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la société où vous m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée. »

1/ Un Juif. 2/ Un Turc. 3/ Un Arménien.

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Les « Lettres persanes », première œuvre de Montesquieu, publiées dans l'anonymat en 1721, connurent un succès retentissant et furent rééditées plusieurs fois au cours du XVIIIe siècle.

FIN DU BLOG__ « LE Journal d’Uzbek » Peut-être à plus tard…

MERCI de ton attention et de ta fidélité !__

À Boulogne-Billancourt, le 29 avril 2022

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