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Le Blog Officiel de Michel Bellin

mardi 21 septembre 2010

RETOUR AU SILENCE NU (mes adieux à ce blog ?)

Trop de verbiage
Trop d’images
Du matin jusqu’au soir
Vociférations et stridulations
Dans la presse
Sur les ondes
Dans l’insupportable portable
Dans la mangeoire planétaire
En forme d’écrans plats solitaires

Vomitus matutinus
Vomitus vesperalis
Vomitus universalis

Médiatisation
Manipulation
Intoxication
Crétinisation
Tout ce fatras
Ce brouet
Ce brouhaha
Sans racines ni parousie
Vite vite encore plus vite
Trop trop trop toujours trop
Wouaf wouaf wouaf et qu’est-ce qu’on s’marre !

Tous ces mots mégots
Flétris
Écrasés
Radotés
Dégobillés
Ressassés
Aussitôt envolés
Pour donner l’illusion du sens
De l’explication pertinente
De la sensation vraie
De l’impossible rassasiante unique Ascension
Dont notre âme a faim

(de Communion aussi)

Toutes ces icônes
Pillées
Dégoupillées
Dupliquées
Profanées
Tronquées
Manigancées

Trop de blogs
Qui débloquent
Mirages sociaux
Exhausteurs d’ego
Confidences pour midinettes
Pirouettes cacahouètes !

Ici même
Sur mon clavier estropié
Encore bien trop de mots
Bricolés et semés à la volée
Trop de rage
D’indécent chagrin
D’impuissance
Et de velléités d’Absence…

RETOUR AU SILENCE NU

Pas tout à fait :
Pour l’enraciner
Mieux et plus profond
Le larghetto
Du Quintette avec clarinette
(en la majeur K. 581)
Que je dédie à mes frères humains

Ah ! S’il n’en restait que dix…
(comme jadis dans la Ville Putain promise au feu du ciel)
… dix rescapés pour écouter Wolfgang avec moi ce matin
Loin du tintamarre
Loin du désespoir

Dix volontaires
Pour entreprendre dans la Foi
Une cure d’abstinence
Un exode solidaire
Pour ensemencer dans la Joie
Notre silence-jouvence !


À Boulogne-Billancourt, ce mardi 21 septembre 2010.


lundi 13 septembre 2010

LES MONTAGNARDS SONT LÀ !

Si mon arrière-grand-père, guide de montagne à Chamonix, un Bellin évidemment, avait vu la scène ci-dessous, il est sûr qu’il aurait cligné des yeux de bonheur à la vue de ce sein neigeux puis éclaté d’un rire tonitruant dans sa magnifique barbe !

Vêtue d'une robe blanche et d'un bonnet phrygien, la Marianne du célèbre tableau vient en effet de prendre la pose à 1.900 mètres d'altitude dans le massif du Mont-Blanc, brandissant le drapeau français d'une main et tenant de l'autre une baïonnette. Une quinzaine d'alpinistes ont ainsi reconstitué, samedi 11 septembre, sur la Mer de Glace, le tableau d'Eugène Delacroix "La liberté guidant le peuple", pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement, cordes en bandoulière et piolets levés vers le ciel.

Ah ! ça ira, ça ira…




(Refrain)

Halte là ! Halte là ! Halte là !
Les montagnards, les montagnards
Halte là ! Halte là ! Halte là !
Les montagnards, les montagnards
Les montagnards sont là !

vendredi 10 septembre 2010

J’EN ÉTAIS !

« J'y étais » ou « J'en étais » ? Les deux, mon capitaine. Double cri de fierté et de joie. Car comment aurais-je pu échapper à l'Événement que j'avais tant attendu, tant convoité malgré mon agoraphobie chronique ? Sinon, prudemment planqué devant mon écran, j'aurais pu éventuellement suivre en live le déroulement de la journée sur lemonde.fr ... Cette seule pensée grotesque (et honteuse) m'a jeté hors de chez moi. Donc, quelques instantanés et quelques slogans ici et là vus, lus ou entendus.

Sitôt dans le métro, je vois un jeune père accompagné de son fils et armé d'un feutre rouge, peaufinant le slogan qui barre le portrait du Président.

Retrait ! Ta France est moche.

Tôt ce matin, d'un coin perdu de Méditerranée, un appel amical pour me souhaiter une bonne manif. « Et n'oublie pas que tu défiles aussi pour moi ! » Nous serons donc deux, car l'union fait la force et dément déjà le décompte officiel.

Cancer en hausse, longévité réduite.
Salariés en colère !
Bacheliers en 2010, retraités en... ?


J'émerge sur la place de la République et cours me poster sous un arbre de l'avenue, à l'abri du soleil. À un jet de pierre du début du cortège qui trépigne d'impatience. Je ne suis pas venu pour faire de la littérature (mais chassez le naturel...), d'abord pour vibrer et m'associer à tous ces Français que j'estime, qui sont là serrés, divers, apparemment heureux d'être motivés et mobilisés, en n'oubliant ni la dérision ni l'humour.

Pas touche aux 60 ans, retour aux 37 ans !
Non à l'oligarchie !
Ouf ! Bientôt le ROManiement ministériel !


Collé sur le jean d'une élégante femme blonde, ce slogan :
Non à la retraite par capitalisation.
Sur le front d'une brunette farouche, ce credo plus condensé :
Je lutte des classes.

Beaucoup d'appareils photo, de micros tendus. Un preneur de son lourdement harnaché court vers le front des drapeaux. Là-haut, au 6e étage, sur le balcon d'une chambre, un cameraman fait un ample travelling.

Ne battons pas en retraite !
Demain, grève générale !
Bibliothèque Nationale en grève !


Ce quinqua travesti en milord. Énorme cigare et chapeau melon. Flegmatique, il prend la pose derrière l'immense pancarte qui lui arrive sous le menton.

Cher Éric, ton mur nous rassure.
Sarko-Woeth : votre retraite pour tout de suite !


Ailleurs, en écho :
Liliane, ta fortune nous intéresse !

Trompettes, tambours, sifflets. Un Gavroche s'époumone en vain dans sa vuvuzela. Tous l'encouragent en riant. Sirène d'une voiture du SAMU qui se faufile dans la foule. Un meneur enroué harangue ses troupes : même si la métrique est boiteuse, le chœur tape en cadence dans ses mains, manière de clamer « non, non » ou « oui, oui » :

Contre le chômage des jeunes !
Pour l'emploi des seniors !


Beaucoup de seniors en effet. Et plein de jeunes. Un papa tire deux blondinets juchés sur leurs trottinettes, un dans chaque main. Sur la capote d'un landau (le mouflet dort !), une affichette lui donne la parole :

Sarko, touche pas à ma retraite !

Un ballon orange s'envole. De plus gros ballons, immobiles et bien visible de loin, marquent au-dessus des têtes le début de chaque section syndicale.

Partage du travail et des richesses !
Tous ensemble pour l'emploi !


Un jeune Noir agite son oriflamme en dansant. Un soixante-huitard barbu lui répond en jouant du biniou. Des dizaines de drapeaux frissonnent au rythme des tambours. Un fumigène rougeoyant ouvre la marche de protestataires moins disciplinés.

Ne battons pas en retraite !
Ensemble dans la lutte !


Près d'un révolutionnaire basané et coiffé d'un bonnet phrygien, une beurette arbore un immense chapeau mexicain bleu et or. Des individus exhibent sans complexes leurs slogans revanchards en même temps que leur outrance blessée.

Sarkozy m'a user.
Fils de Pétain, à la retraite !
Putain ! Encore 2 ans !
Moi, chômeur à 64 ans.
Casse-toi, pauvre ' con !


Des travailleurs de l'aéronautique font voler au-dessus de leurs têtes des maquettes d'avions gonflables. Passe un géant d'infirmier, en tenue de travail, son ridicule coiffe en plastique sur le chef. Une consœur harangue ses troupes. Près de moi, des mamies se congratulent lorsqu'elles aperçoivent, au premier rang qui bouge enfin, les stars du syndicalisme français.

Sarko, t'es foutu, les ménagères sont dans la rue !
Infirmières en colère !
Des emplois, pas des heures sup pour soigner l'hôpital !


J'ai fini par abandonner mon arbre et par me jeter à l'eau. Exacte métaphore en ce qui me concerne : après la longue et frileuse hésitation, le saisissement dès l'immersion puis l'impression de jouvence délicieuse. Scandé par la houle, un refrain me porte et m'emporte.

Liberté, égalité, fraternité. Pas à Matignon, pas dans les salons... il faut lutter, se rassembler, se révolter !

Plus tard dans l'après-midi, devant aller bosser dans un autre secteur de la capitale, j'ai dû à contrecœur sortir tout étourdi du flot bigarré. À peine le temps d'avaler un café après la cohue du métro. L'arabica suffira-t-il à apaiser mes lèvres en feu ? Mon sifflet, à côté de la tasse, m'apparaît désormais inutile, presque incongru dans ce quartier cossu où l'on semble tout ignorer de la triomphale marée.

Pour moi, c'est comme si j'y étais encore, totalement immergé, fervent et solidaire. Et notre puissante stridulation résonnera longtemps encore en moi pour me réconforter et me rapprocher des autres. Solidaire, juste une lettre à changer ! Car, oui, avec quelques milliers d'autres patriotes d'Île-de-France, moi aussi, ce 7 septembre 2010, j'y étais !

jeudi 9 septembre 2010

MIGNONNE, ALLONS VOIR…




J’ai bricolé un élégant guéridon, posé dessus une carafe de Monoprix faisant office de soliflore, puis couru chez le fleuriste du coin. Elle est là sous mes yeux, splendide, impériale, sa robe carmine m’enchante, son doux parfum m’enivre et lorsque le beau Philippe chante Ronsard sur une mélodie de Cécile Chaminade, je suis évidemment au septième ciel, que dis-je, au dix-septième ! Comment est-ce possible qu’une seule fleur et qu’une voix unique puissent m’offrir une jouissance aussi puissante qu’éphémère ?
Bref et intense, telle est ma devise.


mercredi 8 septembre 2010

WHEN YOU’RES STRANGE (variante)

Mon vieux jeune homme a perdu la mémoire (du présent) il y a une quinzaine d’années suite à un terrible accident de voiture. Depuis trois ans, plusieurs fois par semaine, je suis son auxiliaire de vie, car, sans repères ni dans le temps ni dans l’espace, le moindre acte de son existence flottante devient décousu, étrange et incohérent.

Ce qui fait lien, c’est la musique. C’est elle qui permet à Richard de survivre et de savourer encore sa vie recluse et monotone, un peu plus souriant j’espère par ma présence espiègle et nos « sorties en ville ». Oui, la musique est notre connivence, j’allais écrire « notre amitié ». « Hello, Michel ! Que veux-tu écouter aujourd’hui ? Va choisir. » Voici la phrase rituelle qui m’accueille dès mon arrivée, davantage injonction qu’invitation. Il faut dire que Richard est un passionné de rock ; il possède près de 400 microsillons qu’il a collectionnés avec amour avant son aquaplaning. Grâce à lui – et je lui en sais gré –, j’ai découvert The Cure, J.J. Cale, Flamin’Groovies, The Passions, Gong et j’en passe… (Mon seul regret : que la réciproque ne soit pas possible avec Schubert ou Monteverdi !). Certains jours, je n’ai guère l’oreille à ça (le repas à préparer, des courses urgentes à faire…), mais je ne repousse jamais l’offre de Richard, elle reste prioritaire tant il me semble que, pour mon amnésique, son hospitalité, surtout son utilité sociale et son estime de soi passent désormais par ma tardive et savoureuse initiation au rock’n’roll.

Il y a quelque temps, je crois lui avoir procuré un rare bonheur. Cette fois, c’est moi qui avais lancé l’invitation. « Es-tu prêt à aller planer demain avec les Doors ? » J’avais en effet repéré que le film-hommage de Tom DiCillo passait encore sur les écrans parisiens et je comptais bien convier Richard à cette fête : rock, sexe et poésie, ça ne se refuse pas, non ?

Aussitôt dit, aussitôt fait (même s’il est un peu malaisé d’organiser un aller-retour dans la demi-journée entre la banlieue et le centre de la capitale). Richard, pour une fois — mais il sait jouer de son handicap invisible ! — se souvenait de notre rendez-vous, s’était chaussé à l’avance et il était impatient de retrouver son groupe fétiche grâce à des images d’archives tournées entre 1966 et 1971 et habilement agencées. (Quant à moi, je me suis bien gardé de lui avouer ma secrète motivation : mater l’Archange !)



Pendant la projection, je regardais à la dérobée mon « invalide à vie » (comme il se définit lui-même) : il rayonnait dans la pénombre, fredonnant les paroles des chansons, souriant et hochant la tête, revivant via l’image tremblée et les sonorités sauvages cette période de sa jeunesse où il portait les cheveux longs et planait plus souvent qu’il n’était autorisé chez son universitaire de père. Scotché à l’écran, sous le charme vénéneux de la bête de scène à la gueule d’ange, gracile séducteur moulé de timidité boudeuse et de cuir rutilant, son accompagnateur délirait gentiment, en apesanteur, succombant à une drogue très douce, un mixte d’émotion, de désir, un peu de révolte contagieuse, plaisir sonore et nostalgie pour les sixties enfuies, le tout sur fond de questions restées sans réponses à l’issue de la projection : comment est-il possible d’être aussi beau ? Aussi fêlé ? Sincérité ou provocation ? Enfer ou Paradis ? Rock star ou poète maudit ? Et pourquoi s’autodétruire avec autant d’application et de persévérance pour mourir seul, loin de ses potes et de son public, ravagé par l’acide et l’alcool, seul à 27 ans dans une baignoire à un jet de pierre du Père-Lachaise ?

Une pensée en entraînant une autre, les violentes images de Miami prenaient en cette fin d’été déliquescent une acuité brûlante. Ces invectives hurlées en 1969 ont-elles encore, me disais-je, un sens, une actualité, une urgence pour ces temps de crise où les jeunes, des banlieues et d’ailleurs, ne sont pas les moins sacrifiés ? Mais tout aussi entichés de musique. « How long are you gonna let it go on ?... Combien de temps allez-vous vous laisser faire ? Vous laissez les gens vous bousculer. Combien de temps cela va-t-il encore durer à votre avis ? Peut-être que vous aimez ça, peut-être que vous aimez qu'on vous bouscule... Peut-être même que vous adorez ça, que vous adorez qu'on vous mette la tête dans la merde... »



Les cohortes de jeunes se rendant à St Cloud pour le Festival Rock en Seine n’avaient dimanche soir rien de révolutionnaire (nous nous croisions et j’étais seul à fendre le flux contraire). À pieds, isolés ou en petits groupes, plutôt sages, simplement heureux ensemble, bientôt électrisés par la musique qui les convoquait tous. Cette musique qui est vraiment identitaire et fédératrice, me disais-je, alors qu’ému et envieux, je me prenais à rêver : si j’avais quelques années en moins (pas mal !) – moi qui suis bêtement passé à côté de Woodstock par excès de conformisme frileux –, si je ne redoutais pas tant les impitoyables décibels et les tenailles d’une foule en transes, avec quelle ferveur aujourd’hui je me joindrais à ces jeunes processionnant vers leur magique happening ! Car ce que la politique ne peut plus guère, même à La Rochelle (mais il faut un début à tout !), la musique, surtout en live chaque fin d’été dans les Hauts de Seine, peut l’opérer durant trois jours d’affilée : fusion, communion, exaltation ! Même si dès lundi matin, la triste mélopée du chômage et du no futur se fait à nouveau entendre dans les petits matins blêmes de septembre…



Je me suis dit également que, si j’avais été un peu plus audacieux, plutôt qu’au cinéma, c’est ici que j’aurais amené Richard cette année : à Rock en Seine. Mais il a bien trop peur de la foule, du bruit, et moi de le perdre dans cette cohue bariolée ! Et puis, autre frein, mental celui-là et bien plus décisif, même s’il n’imprime pas vraiment que nous sommes à l’été 2010, Richard a conscience que les années ont passé, que sa chance a tourné, qu’il n’est plus dans le coup. Comme tous ceux qui redescendent la pente, en mal de repères et d’espoirs, surtout lui dans le no man’s land de son présent morcelé et brumeux, il se console en idéalisant et en sacralisant ce qui fut la révélation solaire de sa jeunesse. « Bah ! Aujourd’hui, ça n’a rien à voir avec le vrai rock n’ roll ! » J’ai beau lui répéter que l’Âge d’or n’existe pas vraiment qu’il y a toujours des petits génies en train de naître à St Cloud ou ailleurs, que la musique ne connaît ni paliers ni frontières et que je me fais fort de lui faire découvrir le cinglant Jello Biafra ou les riffs dévastateurs de Queens of the Stone Age ! Rien à faire, Richard se bute, il résiste, se rembrunit. Et sans cesse, remettant sur la platine l’antique (et impeccable) galette noire, il chantonne béat Light My Fire en recommençant sur la table du salon le même puzzle, sans cesse détruit, sans cesse reconstruit…

Il n’empêche, de retour à l’appartement, puisque mon gars ne peut pas lire (il voit les images, mais son cerveau ne sait plus décrypter les hiéroglyphes de l’alphabet… ce qui devient compliqué pour certains films en V.O. !), je lui ai lu un poème de Morrisson. Richard était attentif. Un archange passait. Les mots incandescents de Jim… Même sans la musique des Doors – surtout sans les décibels, les huées et les aboiements des flics investissant la scène – nous avons convenu que certains chanteurs de rock ne sont pas des pros du tapage nocturne ou de la provoc facile, mais d’immortels Poètes ! Qu’il en existe encore aujourd’hui, demain, toujours, et que, pour survivre dans la joie, nous devons à tout prix nous tenir à l’affût : puisque nous vibrons à la musique, Richard, toi et moi, nous sommes bien trop jeunes pour être déjà vieux !


Tu piges.
Ma viande est vraie.
Mes mains – comme elles s'agitent
Agiles démons en équilibre
Mes cheveux – si entremêlés et frémissants
La peau de mon visage – pince les joues
Ma langue épée flamboyante
Projetant des lucioles verbales
Je suis vrai.
Je suis humain
Mais je ne suis pas un homme ordinaire
Non Non Non
Que fais-tu ici ?
Que veux-tu ?
De la musique ?
Nous pouvons faire de la musique.
Mais tu veux plus.
Tu veux quelque chose et quelqu'un de nouveau.
Ai-je raison ?
Bien sûr.
Je sais ce que tu veux.
Tu veux l'extase
Le désir et le rêve.
Les choses ne sont pas vraiment ce qu'elles semblent
Je te conduis dans ce sens, il tire dans l'autre.
Je ne chante pas pour une fille imaginaire.
C'est à toi que je parle, à moi-même.
Le palais de la conception brûle.
Pas besoin de leçons
Toi et moi recréons le monde !



(Traduction de L. Boisclair et P.-Y. Thibault)





lundi 6 septembre 2010

J’Y SERAI !

Pour anticiper l’Evénement – déjà le commémorer – un tract rouge très engageant et un petit dessin de mon cru.





AU SECOURS ! TOUT VA TROP VITE ! (suite et fin)

Suite et fin du formidable article-interview paru dans Le Monde Magazine n°50 (du samedi 28 août 2010). Après la décroissance – ou en même temps –, vite, vite la décélération !


Vous parlez de la "nervosité permanente" de l'individu contemporain…

Jusqu'à aujourd'hui, la modernité comme l'idée de progrès nous promettaient que les gens finiraient par être libérés de l'oppression politique et de la nécessité matérielle, pourraient vivre une existence choisie et autodéterminée. Cette idée repose sur la supposition que nous portons tous quelque chose qui ressemble à un "projet d'existence", notre propre rêve de ce qu'on pourrait appeler la "bonne vie".
C'est pourquoi, dans les sociétés modernes, les individus développaient de véritables "identités narratives" qui leur permettaient de relater l'histoire de leur parcours comme autant d'histoires de conquête, certes semées d'embûches, mais allant vers cette "bonne vie" dont ils rêvaient.
Désormais, il devient impossible de développer ne serait-ce qu'un début de projet d'existence. Le contexte économique, professionnel, social, géographique, concurrentiel est devenu bien trop fluctuant et rapide pour qu'il soit plausible de prédire à quoi notre monde, nos vies, la plupart des métiers, et nous-même, ressembleront dans quelques années. L'identité ne repose plus sur des affirmations du genre : "Je suis boulanger, socialiste, marié avec Christine et je vis à Paris." Nous disons plutôt : "Pour le moment, j'ai un emploi de boulanger, j'ai voté pour les socialistes aux dernières élections mais changerai la prochaine fois, je suis marié avec Christine depuis cinq ans, qui veut divorcer, et, si je vis à Paris depuis huit ans, je vais partir à Lyon cette année, pour le travail."
Cette perte d'une identité stable n'est pas sans conséquence. D'abord, les jeunes gens ne démarrent plus dans la vie avec la supposition qu'ils pourront se construire l'existence qui leur plaira, ni même une identité issue d'eux-mêmes. Les étudiants choisissent des filières susceptibles de leur fournir des "opportunités" au cœur de l'accélération, et ils savent qu'ils doivent se tenir prêts à changer complètement de direction et de métier si de nouvelles occasions se présentent.
"Laissez ouvertes toutes les options" est devenu l'impératif catégorique de la modernité tardive. Il nous faut apprendre à devenir des surfeurs hasardeux, chevauchant la vague de l'accélération sans but et sans direction, en se tenant prêt à saisir celle qui vient, et à en sauter chaque fois que les vents tournent.

Le mois de septembre sera difficile en France comme en Europe, avec tous les plans d'austérité annoncés. Selon vous, la plupart des crises actuelles, écologiques ou économiques, sont liées à la désynchronisation induite par l'accélération générale…

La grave crise écologique actuelle est sans conteste une crise de désynchronisation. On épuise les ressources naturelles à un rythme bien plus élevé que la reproduction des écosystèmes tandis qu'on déverse nos déchets et nos poisons, on l'a vu cet été dans le golfe du Mexique, à une vitesse bien trop élevée pour que la nature s'en débarrasse. D'ailleurs, le réchauffement de la Terre signifie littéralement qu'on accélère l'atmosphère, parce qu'une augmentation de la température équivaut à une augmentation de l'agitation des molécules qui la composent. Mais il existe d'autres formes de désynchronisation, tout aussi graves.
Je prendrai la désynchronisation entre la démocratie politique d'une part, et l'économie mondialisée d'autre part. Le débat politique prend du temps, il ne peut en être autrement pour qu'il reste démocratique. Il faut beaucoup de discussions, d'arguments, de réflexions, de délibérations pour construire un consensus politique dans une société pluraliste et organiser la volonté démocratique.
Par contraste, avec la mondialisation et l'accélération technologique, la vitesse de la transaction économique et financière s'accroît sans cesse. Le résultat immédiat est la désynchronisation des sphères politiques et économico-technologiques, que l'administration Obama a dénoncée à plusieurs reprises.
Depuis les années 1980, les néolibéraux ont tout fait pour réduire le contrôle politique et étatique sur le monde financier afin d'augmenter la vitesse des transactions économiques et des flux du capital. Nous connaissons le résultat, la désynchronisation radicale entre le monde des bénéfices instantanés de la finance assistée par la haute technologie, et celui de l'économie réelle, du logement, de la consommation, beaucoup plus lent.
Il a fallu que la bulle éclate pour parvenir à un ralentissement – en anglais, une récession économique est un slowdown – non seulement des flux de la finance, ce qui a failli aboutir à une débâcle du système bancaire, mais aussi de l'économie. Actuellement, suite aux risques d'effondrement consécutifs à la crise mondiale débutée en 2007, les politiciens se mobilisent. Nous sommes dans la phase de re-synchronisation, et cela coûte une fortune aux Etats et aux populations qui doivent désormais subir un plan de rigueur sans précédent. Mais si on regarde de près, on constate que les politiciens n'arrivent à proposer que d'éteindre les feux ou de tenter d'installer des garde-fous à l'accélération financière comme à Wall Street.

L'accélération affecte aussi les actualités, les événements et même, dites-vous, la mémoire.

Il est frappant de constater combien des successions d'événements du mois précédent, ou de quelques jours auparavant, parfois même de quelques heures, auxquels nous donnions tant d'importance, qui nous semblaient chargés de signification, disparaissent de notre mémoire.
Parfois, ils ne semblent même pas laisser de trace. Ainsi, que reste-t-il de la Coupe du monde de football, cet été, ou de la crise européenne, il y a six mois, lorsque la Grèce s'est retrouvée au bord du défaut de paiement ? Tous ces événements nous apparaissent déjà comme voilés par la brume de l'histoire accélérée. Ces épisodes ne semblent plus faire partie de nos vies, ils ne sont plus reliés à notre présent, encore moins à notre présence au monde. Ils ne nous disent plus rien sur ce que nous sommes, ils ne nous concernent plus ou si peu.
Notre époque se montre extrêmement riche en événements éphémères et très pauvre en expériences collectives porteuses de sens. Des épisodes aussi importants que la disparition de l'URSS ou la première guerre d'Irak appartiennent déjà à un passé lointain. L'histoire depuis s'est encore accélérée.
Si les premiers journaux quotidiens s'étaient donné pour objectif de nous offrir les "nouvelles du jour", ils ne suffisent plus aujourd'hui. Les médias d'information en continu comme CNN sont apparus, les "JT" sont réactualisés tout au long de la journée, nourris en permanence par un texte défilant donnant, minute par minute, les toutes dernières news. L'actualité du monde est devenue un flux constant de nouvelles offert 24 heures sur 24.
Ici encore, l'accélération technique contribue à celle du changement social. En effet, la diffusion de plus en plus rapide des informations induit des réactions de plus en plus rapides, que ce soit dans les marchés financiers ou dans les médias. La connaissance de l'état du monde à midi est déjà dépassée à 16 heures, la durée de vie d'une actualité se réduit jusqu'à tendre vers zéro, les journalistes ont à peine le temps de la décrire et l'analyser, les gens de la comprendre. Au final, nous avons tous l'impression de vivre dans une instabilité permanente, un présent court où des faits rapportés en début de journée semblent avoir perdu toute leur valeur le soir même, et dont nous ne savons plus quoi penser…

L'accélération touche donc aussi notre capacité de comprendre notre époque en profondeur.

Oui, nous perdons notre emprise théorique sur le monde, la réflexion de fond régresse, nous n'arrivons plus à appréhender le sens et les conséquences de nos actions. Nous n'avons plus le temps de délibérer, de réfléchir, de formuler, de tester et construire des arguments. C'est pourquoi, en politique, le parti victorieux n'est plus celui qui présente les meilleurs arguments ou le meilleur programme, mais celui qui sera doté des images les plus frappantes.
Car les images vont vite, les arguments lentement. Ainsi, nous assistons au règne de l'opinion rapide, des décisions politiques réactives. Au règne de l'aléatoire et de la contingence : un seul aspect d'un problème important se voit retenu par les médias, souvent par hasard, ou parce qu'il fait réagir et donne des images, puis il devient peu à peu le sujet unique du débat. Prenez le débat actuel sur l'islam en Europe. En France on ne parle plus que du voile, en Allemagne des minarets, un thème devient très vite le point central des analyses menées par les commentateurs, puis par les hommes politiques.
Ainsi, le point de vue illusoire et réactif, la doxa, n'est elle-même que la conséquence aléatoire d'une constellation d'événements eux-mêmes aléatoires. C'est pourquoi j'en arrive à comparer l'accélération sociale à une forme inédite de totalitarisme.
Elle affecte toutes les sphères de l'existence, tous les segments de la société, jusqu'à affecter gravement notre soi et notre réflexion. Personne n'y échappe, il est impossible d'y résister, et cela génère un sentiment d'impuissance. Si l'Eglise catholique a été accusée de produire des fidèles enclins à la culpabilité, au moins proposait-elle du réconfort : "Jésus est mort pour porter vos péchés, vous pouvez en être absous par la confession et l'absolution." Rien de tel n'existe dans la société contemporaine. Nous n'échappons pas à l'accélération.


Propos recueillis par Frédéric Joignot

dimanche 5 septembre 2010

THE KARATE KID

On devrait plus souvent aller voir des films pour enfants ! Ce week-end, je reçois mon fils trisocomique, 24 ans sur sa carte d’identité, 6, peut-être 8 en réalité, mais on se fout des années et de l’intellectualité !

En regardant ensemble « The Karaté Kid », à la séance du matin (nous n’étions qu’une poignée de spectateurs dans la vaste salle des Champs-Elysées), père et fils étaient exactement sur la même longueur d’onde. Privilège des débiles et des hommes-enfants ! Le même enthousiasme, la même émotion, le même enchantement. Ce qui est super avec Romain, alors que plus je vieillis plus je remonte en enfance, c’est que lui ne change pas, ne progresse pas, éternel gosse avec les mêmes repères, le même enthousiasme (le Coca-Light et ses petites voitures Majorette), le même bonheur de vivre et d’être à Paris avec son papa. Néanmoins, s’il faisait de petits progrès pour s’exprimer (et moi, pour le comprendre) la fête serait totale.

En sa présence, je me sens léger, joyeux, infiniment disponible pour le rendre, pardon, pour nous rendre heureux. Et responsable. Ce qui forcément me donne un coup de jeune puisque ma vocation de parent en est réactivée. Oui, décidément, la vie est trop brève pour rester dans son coin, grincheux et solitaire. La seule vraie urgence, c’est de développer le lien, familial ou amical. Social aussi. Et cette règle d’or : « Si vous ne revenez comme des petits enfants… »

Mais j’abrège, il est l’heure d’aller engloutir tous les deux une monstrueuse Pizza royale !

vendredi 3 septembre 2010

« LAISSEZ PARLER LES PTITS PAPIERS »

Toue l’actualité politique hexagonale ne bruisse que de cela : les « petits papiers » de Mme Bettencourt, ces pense-bête-bourrage-de-crâne que Patrice de Maistre, son homme d’affaire décoré et son photographe-gigolo François-Marie Banier semaient - tels deux gros Poucet - dans l'appartement de la vieille pour qu'elle s’en imprègne…

Papiers bavards, papiers buvard, on brûle d’en connaître le contenu… avant que le pauvre ministre Woerth ne soit totalement grillé carbonisé !


jeudi 2 septembre 2010

CES NAINS CHARMANTS

Même s’ils sont parfois un peu longuets, les poèmes de HUGO m’enchantent chaque fois, tant pour le fond que pour la forme. Et comment ne pas vibrer à ces « oiseaux envolés » surtout le jour de la rentrée scolaire… et quand l’inspiration littéraire (si peu importante) est en panne ?

Le destin vous caresse en vos commencements.
Vous n'avez qu'à jouer et vous êtes charmants.
Mais nous, nous qui pensons, nous qui vivons, nous sommes
Hargneux, tristes, mauvais, ô mes chers petits hommes !
On a ses jours d'humeur, de déraison, d'ennui.
Il pleuvait ce matin. Il fait froid aujourd'hui.
Un nuage mal fait dans le ciel tout à l'heure
A passé. Que nous veut cette cloche qui pleure ?
Puis on a dans le coeur quelque remords. Voilà
Ce qui nous rend méchants. Vous saurez tout cela,
Quand l'âge à votre tour ternira vos visages,
Quand vous serez plus grands, c'est-à-dire moins sages.


La suite ci-dessous.

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mercredi 1 septembre 2010

AU SECOURS ! TOUT VA TROP VITE ! (suite)

Suite du formidable article-interview paru dans Le Monde Magazine n°50 (du samedi 28 août 2010). Après la décroissance – ou en même temps –, vite, vite la décélération !

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