LA VOIX DE SON MAÃŽTRE
Par Michel Bellin, jeudi 8 juillet 2010 à 10:08 :: General :: #764 :: rss
« …Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé ! ». C’est ainsi qu’Hugo conclut le magnifique poème que j’ai mis en ligne un jour d’anniversaire. Je complète aujourd’hui par une histoire de chien et d’amitié, une chronique qui pourrait s’intituler : de l’honneur des chiens et du bonheur des hommes. Un témoignage très personnel qui ne s’enracine pas dans les vers hugoliens mais dans la prose de Baudelaire.
Dans Le spleen de Paris, l’auteur consacre quatre pages à nos amis canins. Après s’être moqué des toutous parasites, des levrettes pomponnés et autres clebs de luxe, le poète, répudiant la muse académique, invoque sa muse familière pour qu’elle l’aide à « chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d’un œil fraternel. »
En fait, ce sont des traces de crayon et d’amples commentaires dans la marge qui viennent d’attirer mon attention sur le chapitre L de l’opus précité. Sacré Bernard ! Sa manie d’annoter les livres et de coller sur les jaquettes les plus prestigieuses des gommettes jaunes ou rouges, selon un protocole et un code que je n’ai pas encore su élucider. C’est ainsi que le volume de La Pléiade (Gallimard, 1961) qu’il m’a légué s’orne de 5 gommettes écarlates et que le chapitre en question dut être souvent et longuement médité. Par les stigmates du papier, l’ami se rappelle à ma tendresse votive même si, pour des raisons esthétiques, je désapprouve formellement le procédé ! Du coup, le revoyant, lui et son chien Titus, vieillissant ensemble, se consolant ensemble des turpides du monde et des cruautés de la vie, pour mourir finalement à quelques semaines d’intervalle… bref, je me souviens avec émotion de ce couple pittoresque en relisant l’extrait du grand Charles.
Pendant la dizaine d’années qu’ils vécurent ensemble, Bernard a toujours considéré son chien comme son enfant, son fils unique, le seul rejeton légitime qu’il pût revendiquer, étant prêtre catholique donc célibataire consacré. Cet épagneul, en fait un bâtard recueilli tout jeune à la SPA, était très gâté et fort mal élevé. Il avait droit au même menu que son maître (excellent cuisinier) et non à ces indignes croquettes que même les miséreux consentent parfois à ingurgiter en même temps que leur honte. Titus dormait sur le couvre-lit, au pied de Bernard qui se plaignait souvent de ses vesses nauséabondes. Lors de mes venues clandestines, je le chassais sans ménagement mais tard dans la nuit, à l’acmé de notre volupté, il bondissait sur le lit. Je n’ai jamais su si c’était par jalousie ou par une sorte de communion canine à nos bruyants orgasmes. Les deux sans doute mais cette exubérance n’était pas pour me plaire !
La journée, surtout le soir quand le prêtre écoutait Mozart, l’animal ne supportait que le fauteuil club en cuir fauve, le plus spacieux et le plus confortable. Là , il avait appris à savourer lui aussi la musique classique, sans japper ni péter, et au moment le plus émouvant du concerto pour clarinette (que Bernard écouta rituellement chaque 1er janvier pendant un demi-siècle) le chien coulait vers son maître de longs regards pleins d’émotion contenue.
Dans la voiture, M. Chien trônait à l’arrière et M. le curé devenait son chauffeur particulier. Mais lorsqu’il se sentait délaissé trop longtemps, Titus se vengeait sur le revêtement intérieur de l’habitacle, s’y faisant rageusement crocs et ongles. Bernard poussait alors des hurlements de fureur, des injures d’une effroyable obscénité qui faisait fuir ses paroissiennes mais il finissait par pardonner au vandale en bougonnant, chaque fois conscient d’avoir été désinvolte (laisse-t-on un bébé seul dans une voiture surtout lorsqu’il fait chaud ?).
Au restaurant, où il avait ses entrées mais était censé déjeuner incognito, Titus s’aplatissait sous la table où il avait droit à son bol d’eau fraîche que le garçon lui apportait discrètement et avec déférence. Là encore, alors qu’assis en face de mon hôte je réprouvais ses mauvaises manières, l’ami partait d’un grand rire tonitruant tout en détournant subrepticement de la table quelques reliefs de viande, surtout les croutes de reblochon dont Titus était friand. Quand approchait le moment de l’addition, tapi sous la table, le chien le pressentait ; il devenait nerveux, se levait, s’ébrouait, se mettait à tirer sur sa laisse en poussant des glapissements d’impatience. Bernard se mettait alors à le réprimander tandis que les convives, découvrant l’intrus, jetaient à notre table des regards désapprobateurs. Le déjeuner était ainsi bêtement gâché et je n’avais qu’une crainte : que Titus, sentant la liberté toute proche, emportât dans un élan mal réfréné la table, la nappe et les couverts. Pour lui comme pour moi, amant fidèle, nul mets sur la carte n’était trop rare ni trop cher. Parfois au dessert, Bernard, connaissant ma gêne, me glissait une poignée de billets subtilisés à la quête dominicale. « Tiens, disait-il, c’est toujours ça que ces cons n’auront pas ! » (Il détestait sa marâtre d’Eglise, ne croyait plus guère en Dieu mais improvisait des homélies remarquables d’émotion, d’érudition et de ferveur.) Non, ce n’était pas un hypocrite, mais un être libre, souverainement libre et à ses colères ne manquait que le fouet du Nazaréen. « Dieu est bien trop grand pour n’être que d’une Église ! s’insurgeait-il. Assez de Vérité, assez de guides et de gourous : qu’on nous laisse la griserie de nos errances ! »
De plus en plus libéré, de plus en plus meurtri par le retour de l’intolérance, des fondamentalismes et du prêt-à -penser, Bernard vieillissait douloureusement, Titus aussi. Et cette longue usure les soudait encore davantage. Moi aussi je vieillissais et d’amant, j’avais accédé au rang d’ami. Un matin d’été, au moment de pénétrer dans le supermarché, le vieux chien s’effondra sur le parking, de l’écume à la gueule et les yeux révulsés. Quelques minutes plus tard, il expirait dans les bras de son maître qui pleurait comme un gosse sans même penser à lui administrer l’extrême-onction – ce qu’il m’avait juré de faire le moment venu au cas où son compagnon partirait avant lui. Mais l’un pouvait-il faire faux fond à l’autre ?
En fait, Bernard n’allait pas bien du tout. Quelques semaines plus tôt, un cancer de l’intestin avait été très tard détecté et une chimiothérapie mise en œuvre. Mais ce traitement de choc causait plus de ravages que le mal lui-même. « Je ne vais pas faire de vieux os » m’avait confié Bernard. Ce funeste matin, en étreignant le cadavre de son fils adoptif, le prêtre sut qu’il ne lui survivrait pas. Il décida sur-le-champ d’interrompre son traitement pour rejoindre Titus le plus tôt possible au Paradis des Bêtes dont une seule, me disait-il souvent, est tellement plus intelligente, plus intuitive, plus affectueuse et plus fidèle que tous les bipèdes réunis. « Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur ! » Cette supplique du chien errant, Bernard l’avait soulignée en rouge. Car il arrive parfois que les curés trop solitaires ressemblent à certaines pucelles sexagénaires « dont le cœur inoccupé s’est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n’en veulent plus. » Qui veut du cœur des prêtres ? Bref, deux mois plus tard, le disciple de Schopenhauer rejoignait soulagé son philosophe à quatre pattes.
Je n’ai pas encore mentionné que mon ami Bernard était poète, certes jamais publié mais à quoi bon ? Plus que les mots qu’il traçait maladroitement de sa main arthritique, au-delà des rimes parfois boiteuses et des sonnets désuets, c’est dans la Nature qu’il cultivait sa Muse, dans les fleurs et les fruits, les abeilles de sa chère Provence, la mer, le soleil, les musées, les voyages, l’Acropole ou l’Ermitage… Poésie aussi dans les corps et les cœurs lorsqu’ils s’embrasent au souffle de l’Amitié ou de l’Amour – là encore qu’importent les mots et les définitions ! Le prêtre pratiquait les deux sans culpabilité ni ostentation. Il vivait de l’intérieur cette phrase d’Andrée Chedid : « Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans aucune parole – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre ou le cœur attentif à la voix d’un ami. »
Bernard était mon ami. Secret et attentif. Bernard le Rebelle. Bernard le bourru et son chien fou ! Bernard et ses poésies bancales dont l’une (intitulée Va !) servira aujourd’hui d’anamnèse et d’envoi :
Va, lance au ciel l’ivresse de tes joies,
Disperse aux quatre vents tes passions et tes rêves.
Ne laisse rien mourir de tes enivrements
Et cours blottir au creux d’une vague amère
La tristesse de ton bonheur !
Aime, aime sans jamais te lasser
Des folles jouissances
Glanées au fil des nuits
Et des buissons obscurs !
Ramasse dans ton élan
Ces brassées de regards
Acharnés aux attentes qui ne se taisent pas.
Va ! leur soleil n’est plus qu’une braise glacée
Qui meurt sur ton chemin.
Tu voudrais deviner les secrets du destin
Mais plus rien ne se donne aux sources ensevelies
Des absides en ruines et des palais meurtris.
Ne te retourne pas,
Va !

Dans Le spleen de Paris, l’auteur consacre quatre pages à nos amis canins. Après s’être moqué des toutous parasites, des levrettes pomponnés et autres clebs de luxe, le poète, répudiant la muse académique, invoque sa muse familière pour qu’elle l’aide à « chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d’un œil fraternel. »
En fait, ce sont des traces de crayon et d’amples commentaires dans la marge qui viennent d’attirer mon attention sur le chapitre L de l’opus précité. Sacré Bernard ! Sa manie d’annoter les livres et de coller sur les jaquettes les plus prestigieuses des gommettes jaunes ou rouges, selon un protocole et un code que je n’ai pas encore su élucider. C’est ainsi que le volume de La Pléiade (Gallimard, 1961) qu’il m’a légué s’orne de 5 gommettes écarlates et que le chapitre en question dut être souvent et longuement médité. Par les stigmates du papier, l’ami se rappelle à ma tendresse votive même si, pour des raisons esthétiques, je désapprouve formellement le procédé ! Du coup, le revoyant, lui et son chien Titus, vieillissant ensemble, se consolant ensemble des turpides du monde et des cruautés de la vie, pour mourir finalement à quelques semaines d’intervalle… bref, je me souviens avec émotion de ce couple pittoresque en relisant l’extrait du grand Charles.
Pendant la dizaine d’années qu’ils vécurent ensemble, Bernard a toujours considéré son chien comme son enfant, son fils unique, le seul rejeton légitime qu’il pût revendiquer, étant prêtre catholique donc célibataire consacré. Cet épagneul, en fait un bâtard recueilli tout jeune à la SPA, était très gâté et fort mal élevé. Il avait droit au même menu que son maître (excellent cuisinier) et non à ces indignes croquettes que même les miséreux consentent parfois à ingurgiter en même temps que leur honte. Titus dormait sur le couvre-lit, au pied de Bernard qui se plaignait souvent de ses vesses nauséabondes. Lors de mes venues clandestines, je le chassais sans ménagement mais tard dans la nuit, à l’acmé de notre volupté, il bondissait sur le lit. Je n’ai jamais su si c’était par jalousie ou par une sorte de communion canine à nos bruyants orgasmes. Les deux sans doute mais cette exubérance n’était pas pour me plaire !
La journée, surtout le soir quand le prêtre écoutait Mozart, l’animal ne supportait que le fauteuil club en cuir fauve, le plus spacieux et le plus confortable. Là , il avait appris à savourer lui aussi la musique classique, sans japper ni péter, et au moment le plus émouvant du concerto pour clarinette (que Bernard écouta rituellement chaque 1er janvier pendant un demi-siècle) le chien coulait vers son maître de longs regards pleins d’émotion contenue.
Dans la voiture, M. Chien trônait à l’arrière et M. le curé devenait son chauffeur particulier. Mais lorsqu’il se sentait délaissé trop longtemps, Titus se vengeait sur le revêtement intérieur de l’habitacle, s’y faisant rageusement crocs et ongles. Bernard poussait alors des hurlements de fureur, des injures d’une effroyable obscénité qui faisait fuir ses paroissiennes mais il finissait par pardonner au vandale en bougonnant, chaque fois conscient d’avoir été désinvolte (laisse-t-on un bébé seul dans une voiture surtout lorsqu’il fait chaud ?).
Au restaurant, où il avait ses entrées mais était censé déjeuner incognito, Titus s’aplatissait sous la table où il avait droit à son bol d’eau fraîche que le garçon lui apportait discrètement et avec déférence. Là encore, alors qu’assis en face de mon hôte je réprouvais ses mauvaises manières, l’ami partait d’un grand rire tonitruant tout en détournant subrepticement de la table quelques reliefs de viande, surtout les croutes de reblochon dont Titus était friand. Quand approchait le moment de l’addition, tapi sous la table, le chien le pressentait ; il devenait nerveux, se levait, s’ébrouait, se mettait à tirer sur sa laisse en poussant des glapissements d’impatience. Bernard se mettait alors à le réprimander tandis que les convives, découvrant l’intrus, jetaient à notre table des regards désapprobateurs. Le déjeuner était ainsi bêtement gâché et je n’avais qu’une crainte : que Titus, sentant la liberté toute proche, emportât dans un élan mal réfréné la table, la nappe et les couverts. Pour lui comme pour moi, amant fidèle, nul mets sur la carte n’était trop rare ni trop cher. Parfois au dessert, Bernard, connaissant ma gêne, me glissait une poignée de billets subtilisés à la quête dominicale. « Tiens, disait-il, c’est toujours ça que ces cons n’auront pas ! » (Il détestait sa marâtre d’Eglise, ne croyait plus guère en Dieu mais improvisait des homélies remarquables d’émotion, d’érudition et de ferveur.) Non, ce n’était pas un hypocrite, mais un être libre, souverainement libre et à ses colères ne manquait que le fouet du Nazaréen. « Dieu est bien trop grand pour n’être que d’une Église ! s’insurgeait-il. Assez de Vérité, assez de guides et de gourous : qu’on nous laisse la griserie de nos errances ! »
De plus en plus libéré, de plus en plus meurtri par le retour de l’intolérance, des fondamentalismes et du prêt-à -penser, Bernard vieillissait douloureusement, Titus aussi. Et cette longue usure les soudait encore davantage. Moi aussi je vieillissais et d’amant, j’avais accédé au rang d’ami. Un matin d’été, au moment de pénétrer dans le supermarché, le vieux chien s’effondra sur le parking, de l’écume à la gueule et les yeux révulsés. Quelques minutes plus tard, il expirait dans les bras de son maître qui pleurait comme un gosse sans même penser à lui administrer l’extrême-onction – ce qu’il m’avait juré de faire le moment venu au cas où son compagnon partirait avant lui. Mais l’un pouvait-il faire faux fond à l’autre ?
En fait, Bernard n’allait pas bien du tout. Quelques semaines plus tôt, un cancer de l’intestin avait été très tard détecté et une chimiothérapie mise en œuvre. Mais ce traitement de choc causait plus de ravages que le mal lui-même. « Je ne vais pas faire de vieux os » m’avait confié Bernard. Ce funeste matin, en étreignant le cadavre de son fils adoptif, le prêtre sut qu’il ne lui survivrait pas. Il décida sur-le-champ d’interrompre son traitement pour rejoindre Titus le plus tôt possible au Paradis des Bêtes dont une seule, me disait-il souvent, est tellement plus intelligente, plus intuitive, plus affectueuse et plus fidèle que tous les bipèdes réunis. « Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur ! » Cette supplique du chien errant, Bernard l’avait soulignée en rouge. Car il arrive parfois que les curés trop solitaires ressemblent à certaines pucelles sexagénaires « dont le cœur inoccupé s’est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n’en veulent plus. » Qui veut du cœur des prêtres ? Bref, deux mois plus tard, le disciple de Schopenhauer rejoignait soulagé son philosophe à quatre pattes.
Je n’ai pas encore mentionné que mon ami Bernard était poète, certes jamais publié mais à quoi bon ? Plus que les mots qu’il traçait maladroitement de sa main arthritique, au-delà des rimes parfois boiteuses et des sonnets désuets, c’est dans la Nature qu’il cultivait sa Muse, dans les fleurs et les fruits, les abeilles de sa chère Provence, la mer, le soleil, les musées, les voyages, l’Acropole ou l’Ermitage… Poésie aussi dans les corps et les cœurs lorsqu’ils s’embrasent au souffle de l’Amitié ou de l’Amour – là encore qu’importent les mots et les définitions ! Le prêtre pratiquait les deux sans culpabilité ni ostentation. Il vivait de l’intérieur cette phrase d’Andrée Chedid : « Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans aucune parole – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre ou le cœur attentif à la voix d’un ami. »
Bernard était mon ami. Secret et attentif. Bernard le Rebelle. Bernard le bourru et son chien fou ! Bernard et ses poésies bancales dont l’une (intitulée Va !) servira aujourd’hui d’anamnèse et d’envoi :
Va, lance au ciel l’ivresse de tes joies,
Disperse aux quatre vents tes passions et tes rêves.
Ne laisse rien mourir de tes enivrements
Et cours blottir au creux d’une vague amère
La tristesse de ton bonheur !
Aime, aime sans jamais te lasser
Des folles jouissances
Glanées au fil des nuits
Et des buissons obscurs !
Ramasse dans ton élan
Ces brassées de regards
Acharnés aux attentes qui ne se taisent pas.
Va ! leur soleil n’est plus qu’une braise glacée
Qui meurt sur ton chemin.
Tu voudrais deviner les secrets du destin
Mais plus rien ne se donne aux sources ensevelies
Des absides en ruines et des palais meurtris.
Ne te retourne pas,
Va !

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Réagissez ! Laissez un commentaire