INDICES DE RARETÉ LITTÉRAIRE
Par Michel Bellin, jeudi 1 juillet 2010 à 09:09 :: General :: #757 :: rss

Voici des signes qui ne trompent pas. Lorsqu’en débarquant sur le quai du métro, au lieu de foncer vers la sortie, vous lambinez en cet endroit malodorant et inconfortable pour déguster la fin d’un chapitre qui, de toutes façons, ne peut pas être réchauffé… quand, au détour d’une phrase ou d’un mot inédit et jusqu’alors inconnu (hier « immarcescible ») vous avez un soubresaut de plaisir ou de complicité, au point de le noter, sur-le-champ, dans votre agenda… quand vous vous surprenez à sentir poindre de manière récurrente au coin de l’œil une larme de tendresse, de chagrin ou de rire… quand, après avoir trimballé le livre de poche dans votre besace, vous courez chez votre libraire (pas à la FNAC !) pour commander le même titre dans la noble collection au liseré rouge… quand, à mesure que vous avancez dans la lecture, vous en freinez imperceptiblement le cours de peur de devoir quitter bientôt – trop tôt – les personnages qui sont devenus vos meilleurs amis et la prose qui vous a enchanté… quand enfin vous notez l’heure et le lieu du point final (Station Ivry Val de Seine, ce 29 juin à 14h 02) comme on se remémore la date funeste d’un dernier souffle ami…c’est que vous êtes en présence d’un grand et beau livre. Pour moi qui suis retardataire, je le dis comme je le pense : ce deuxième livre de Muriel Barbery est l’équivalent de La vie devant soi. Peut-être pas dans l’absolu, simplement pour moi-même (moi-m’aime) : une élection et une délectation aussi subjectives que spontanées ; juste à ce moment-là de ma vie, cet opus-là , qui coïncide à la virgule près avec mon monde intérieur (comme Les souffrances de Job dont j’ai parlé hier). Parfois la vie, disons le hasard, offre cette suite de coïncidences heureuses… Donc, dire son enthousiasme mais surtout ne pas recommander une telle rareté, encore moins en faire de la réclame, laisser jouer le feeling (affreux mot !), laisser jouer la connivence, laisser parler le silence (le cœur à cœur plus que le bouche à oreille - qui a pourtant si bien fonctionné pour ce livre), simplement révéler la livrée du cher compagnon de papier comme on dévoile ému, fier, un brin gêné, la photo écornée de son bel amant ou de ses merveilleux enfants.

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