lundi 31 mai 2010
Par Michel Bellin,
lundi 31 mai 2010 à 13:22 :: General
31 mai : journée mondiale contre la cibiche. À quand une journée contre la connerie franchouiarde ? Il y faudrait une semaine entière ! C’est donc le moment où jamais de tresser une couronne à mon vice salutaire, sous les auspices du fumeur génial dont on censura naguère les si poétiques volutes dans les couloirs du métropolitain.
À la soixantaine, je me suis donc mis à fumer, de plus en plus allègrement, de plus en plus assidument quoique avec mesure. Je ne me sens pas (encore) dépendant, mais léger, euphorique, libre car je choisis mes meilleurs moments de bien-être et de disponibilité intérieure pour téter mes cigarillos aromatisés. Ce n'est donc pas un esclavage, juste un épicurisme de bon aloi : volutes légères, geste élégant pour porter aux lèvres l'objet oblong, liberté souveraine de n'en déguster qu'un ou deux par jour sans bouder le malin plaisir de transgresser l’hygiéniquement correct qui pollue tant notre société. Cette saveur à la fois âcre et douceâtre, c'est non seulement l'acmé de ma jouissance et la visée de mon incivisme mais surtout une sorte de symbole en acte à forte teneur philosophique. Je m'explique : comme le tabac vanillé a un goût doux-amer, ainsi ma vie a saveur d'éphémère... ainsi le pompeux Bonheur n'est que fugace bien-être... ainsi mon désespoir se fait badin et volatil... ainsi le plaisir prohibé et socialement frelaté me devient légitime et personnellement indispensable.
Car le poison n'est pas dans la chose, mais dans la dose. Et c'est peut-être cela qu'il faut apprendre aux jeunes générations, l'hédonisme sélectif, en ces temps où une crise providentielle nous enseigne la rareté et l'économie. Donc en toutes choses éviter le trop : désormais ni consumérisme sexuel ni multiplicité des réseaux amicaux virtuels ni gavage par MP3 saturés ou portables stridulants ni l'accès à la connectivité généralisée ou à l'espace numérique illimité ni la surenchère de plasma, de pouces ou de pixels pas plus que la course à la propriété privée, aux mètres carrés ou aux heures supplémentaires... mais l'éloge de la paresse, les charmes de l'exigu, le culte du lien unique, le resserrement d'affinités aussi incarnées que sélectives, le retour au livre et au poème, à l'instrument de musique ou à la planche à dessin... bref l'élection du concret, du rare, du vrai et pour finir la jouissive et salutaire sculpture de soi. Or, pour sculpter, il faut dégrossir et élaguer. Sculptons et décroissons gaiement. Et pétunons !
Retour à l'objet maudit pour une conclusion en forme de boutade : si les petites choses de la vie (cibiches comprises) apportent du plaisir, ne vaut-il pas mieux ajouter de la vie à ses années plutôt que des années à sa vie ? Certes, la nicotine tue (parfois) infailliblement, en tout cas avec lenteur et délices. Et après ? Quelle importance ? On n'est pas pressés ! Rien ne sert d'arrêter de crapoter, il faut savoir claboter à point et ce n'est pas tant la mort programmée de nos bronches qui est redoutable que ce qui nous tue au quotidien. Dans ce registre (connerie et routine comprises), il y a bien plus mortifère qu'un petit joint !
En griller une, c'est consumer sa propre finitude, la déguster, y consentir par avance puisque vivre, c'est perdre du terrain pour devenir un jour enfin cendre légère dispersée au vent et nuage bleu au Paradis des rêves clairs et immortels. Une fois de plus, c'est bien le Poète qui a raison contre le politicien rabat-joie et l'idéologue casse-
cojones :
Oui, ce monde est bien plat ; quant à l'autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.
Signé
Jules Laforgue, auteur du recueil
Le Sanglot de la Terre, parti rejoindre à 27 ans son éden enfumé «
où l'on voit se mêler en valses fantastiques / des éléphants en rut à des chœurs de moustiques. »
PS Ci-dessous les mains expertes de ma fille chérie si habile à se les rouler !
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dimanche 30 mai 2010
Par Michel Bellin,
dimanche 30 mai 2010 à 15:00 :: General
Une lettre que j’aurais aimé avoir écrit… avoir eu le temps d’écrire… si maman n’était pas décédée prématurément… si j’avais été une fille… si… si…
Petite mère,
je vais laisser ce courrier sur votre bureau. Curieux procédé, j’en conviens, pour deux êtres si intimes depuis trente ans ! Pardon de vous avoir éveillée si tard à mon retour (maudits grincements du parquet !). Dans votre demi-sommeil, j’ai dû vous border et vous rassurer sur mon sort : ni viol ni Samu ! Et ce matin pourtant, je suis autre. Définitivement. La muraille a cédé, je peux desceller mon secret. Si lourd depuis tant d’années, depuis l’aube de ma vie en fait… Je ne trouvais jamais les mots, j’attendais le bon moment. Aujourd’hui, votre fille s’ouvre enfin comme un fruit mûr…
Vous vous rappelez ce René dont je vous ai parlé en septembre à mon retour de vacances… Je revois votre joie ébahie, votre main tremblante qui effleura ma joue puis votre bonheur détonant : votre grande chérie amoureuse ! Enfin ! avez-vous soupiré, extatique. J’ai rougi, j’ai calmé votre ardeur ; agacée, au fond, presque humiliée par votre bonheur. Y a-t-il un temps pour aimer ? Une date de péremption impérative ? Qu’importe, c’est bien l’amour oasis, oui, mon aurore boréale ! Et je sais depuis cette nuit que je suis toute neuve, le printemps a dégelé mon âme, désaltéré mon corps…
Je dois vous en écrire plus. Le faut-il ? Est-ce si important ? Si différent ? Rien de grave, simple question de genre, ça tient juste à un 'e', minuscule voyelle, aussi menue qu’un baiser qui voltige et papillonne, jamais où on l’attend. Et c’est ce petit rien qui me comble et m’enchante, et qui m’accomplit quand vous allez vous effondrer peut-être. Pardonnez-moi : mon trésor s’appelle… Renée. Juste un détail final qui ne change rien, n’est-ce pas ? Et Renée coïncide avec Bonheur, pas avec lesbienne. Tant pis pour la rime ! Les étiquettes, le qu'en dira-t-on, ma honte ne me concernent plus. Je n’ai plus peur. Seule l’improbable nouvelle : je renais à moi-même !
Ne pleurez pas, petite mère, je vous en prie : aujourd’hui, ça bouge de plus en plus, tout devient possible pour nous autres, je vous assure, même des rires d’enfants ! Il n’y a plus de malédiction et je demeure votre unique. Et vous, vous restez mon irremplaçable : le berceau de vos bras quand ma solitude de petite fille n’a plus que cette tiédeur fidèle pour ne pas dépérir. Alors, plus que jamais je vous dis merci et vous souhaite le bonjour, jour de bonté pour toutes trois.
Je vous aime. Aimez-nous si vous pouvez…
A ce soir.
Michèle, votre fille qui vous aime.
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samedi 29 mai 2010
Par Michel Bellin,
samedi 29 mai 2010 à 08:12 :: General
Dans quelques heures, ce sera mon 8ème et dernier périple. En effet, à la mi-août l’Ami rejoint la mère patrie … avant de repartir, j’espère, pour une autre destination lointaine, aux Antilles ou en Afrique. Comment en effet ne pas lui souhaiter un nouvel exil tant l’Hexagone pue ! Et puis, s’il ne s’éloignait pas, comment connaîtrais-je à nouveau ces échappées érotico-exotiques loin de chez
moi et au plus près de
lui, au plus intime, contre sa peau dorée et son sceptre brûlant ! Car l’homosensualité par intermittence, c’est vraiment ce qu’on fait de mieux, de plus fort, de plus drôle, de plus goûteux ! L’acmé du plaisir réside bel et bien dans son attente, sa célébration différée et par avance salivée. Il s’agit d’imaginer, d’anticiper, de se projeter… mais sans cesser de savourer un seul instant, une seule miette de l’ineffable et essentiel présent. Seul ‘hic et nunc’. Demain… peut-être… ensemble
inch Allah ! C’est cet indispensable écart qui est piquant et délectable, cet étirement, cet écartèlement du Temps tandis qu’ascensionne le désir. Le Temps ne passe pas plus vite, ni plus lentement, mais devient
autre ; avec un fort coefficient d’attente espiègle le rendant à la fois plus dense et plus ténu, plus vraisemblable d’heure en heure et plus aléatoire si par malheur... C’est
mon présent, pour le moment banal et encore machinal qui, peu à peu, va se transmuer en
notre présent brûlant (40° annoncés pour dimanche !)… présent qui à son tour passera et deviendra passé… passé décomposé mais jamais oublié… pour se transmuer à nouveau en quotidien morcelé, lui là-bas, moi ici, solitude plénière et anamnèse éblouie. Présence-évidence. Absence puis reconnaissance. Fragments de ce type de rencontre humaine qui ne peut pas se réchauffer comme un vulgaire ragout ! Souvenir voluptueux d’une rencontre qui fut amicale, conviviale, mentale et génitale, exceptionnelle et banale. Et c’est déjà demain !
Une rencontre de plus en moins… En attendant, ollé ! me préparer psychiquement, m’habiller le cœur aussi. Peaufiner en même temps le corps car, même à 60 ans, la peau garde sa noblesse et le sexe ses prérogatives ; il convient donc de l’embellir au mieux par de menus soins de gommage et de désherbage et, me concernant, par ce défi (ô combien coûteux pour un adepte de l’autoérotisme !) de continence préparatoire : économiser par avance et accumuler le plus de munitions possibles ! Tout cela est somme toute sans importance, plaisant et dérisoire, puéril et charmant, excessif et très disproportionné donc
bandant ! Et hautement philosophique car «
si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente ». Sauf, cher Jules Renard, qu’il ne s’agira pas là-bas de Bonheur, simplement de chair et de bonne chère et aussi de fou-rire, bref de pur bien-être !
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vendredi 28 mai 2010
Par Michel Bellin,
vendredi 28 mai 2010 à 07:34 :: General
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jeudi 27 mai 2010
Par Michel Bellin,
jeudi 27 mai 2010 à 07:45 :: General
« La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri » note Nicolas Chamfort, l’un de mes auteurs fétiches. À compléter avec la remarque de Bergson : « La seule cure contre la vanité, c’est le rire, et la seule faute qui soit risible, c’est la vanité. » Mais y a-t-il de quoi rire ? De qui rire ? Évidemment d’abord de soi-même. Et c’est ce que je fais souvent, mais sans méchanceté ni cynisme, sans me mépriser, avec beaucoup d’indulgence et d’exubérance espiègle. Ma meilleure amie m’a avoué s’adresser des grimaces dans la glace tant sa bêtise la consterne et l’humilie. « Je suis nulle nulle nulle ! » La connaissant (un peu), je trouve son manque d’estime pour elle-même injuste et par trop cruel, en tout cas totalement improductif. Lorsque je me regarde dans le miroir, lorsque je compte mes quenottes rescapées, mon duvet blond devenu toison, mes muscles de gélatine…lorsque mon regard surplombe le pneu naissant me servant de cache-sexe (riquiqui)… lorsque j’additionne ma dizaine d’euros de droits d’auteur annuels, lorsque je constate la poignée de spectateurs endurant ma dernière séance de dédicace, lorsqu’au clavier je mets un point d’orgue à ma pitoyable et énième chopinade dégoulinante… lorsque je mesure tous mes rêves avortés (chef d’orchestre international, archevêque révolutionnaire (!), comédien sublime, peintre hors pair, poète rimbaldien… gay courtisé et épousé)… lorsque… lorsque… je bombe alors le torse en m’esclaffant in petto : « BELLINUS, T’ES GÉNIAL, QUEL MINUS TU FAIS !!! » Mais du moins j’ai vécu et survécu, je traverse la vie en (me) jouant, j’adore la vie, non pas quoique absurde et dérisoire mais parce qu’elle est absurde et provisoire ! Voilà le plaisant défi. Tout le reste n’est que philosophie de comptoir et consolations chrétiennes. Je sais bien qu’un peu (beaucoup) de vanité peut se cacher sous une humilité forcée. Donc, méfiance et surtout, surtout, ne soyons jamais cruels envers nous-mêmes mais indulgents, patients, caressants, compatissants, pleins d’attention… envers notre corps qui est si fidèle depuis tant et tant d’années, si dur à la tâche ; indulgents aussi envers notre “âme” qui a traversé tant d’orages, tant de passages à vide, tant de chagrins, tant d’illusions et de désillusions…
Aujourd’hui, ris au moins une fois de ta plaisante personne et jure-toi d’être jusqu’à ce soir plus douce compagne ou meilleur compagnon. Toi-même = aime-toi. Promis ?
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mercredi 26 mai 2010
Par Michel Bellin,
mercredi 26 mai 2010 à 07:20 :: General
Sans être l’auteur de ces lumineuses définitions, je propose pour les cancres une petite révision de fin d’année. Ces précisions ne sont-elles pas utiles au moment où, la Crise aidant, les politiciens nous embrouillent tandis que s’efface à l’horizon le Grand Soir et que la Terre promise paraît définitivement compromise ? Heureusement, nos ruminants sont là pour redonner au citoyen bipède, sinon le moral, du moins un peu plus d’intelligibilité. C’est vachement chouette, non ?
1)
SOCIALISME : Vous avez 2 vaches. Vos voisins vous aident à vous en occuper et vous partagez le lait.
2)
COMMUNISME : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous fournit en lait.
3)
FASCISME : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous vend le lait.
4)
NAZISME : - Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend la vache blonde et abat la brune.
5) DICTATURE : Vous avez 2 vaches. Les miliciens les confisquent et vous fusillent.
6)
FÉODALITÉ : - Vous avez 2 vaches. Le seigneur s'arroge la moitie du lait.
7)
DÉMOCRATIE : Vous avez 2 vaches. Un vote décide à qui appartient le lait.
8)
DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE : Vous avez 2 vaches. Une élection désigne celui qui décide à qui appartient le lait.
9)
DÉMOCRATIE DE SINGAPOUR : Vous avez 2 vaches. Vous écopez d'une amende pour détention de bétail en appartement.
10)
ANARCHIE : Vous avez 2 vaches. Vous les laissez se traire en autogestion.
11)
CAPITALISME : Vous avez 2 vaches. Vous en vendez une, et vous achetez un taureau pour faire des petits.
12)
CAPITALISME SAUVAGE : Vous avez 2 vaches. Vous vendez l'une, vous forcez l'autre à produire comme quatre, et vous licenciez l'ouvrier qui s'en occupait en l'accusant d'être inutile.
13)
BUREAUCRATIE : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement publie des règles d'hygiène qui vous invitent à en abattre une. Apres quoi il vous fait déclarer la quantité de lait que vous avez pu traire de l'autre, il vous achète le lait et il le jette. Enfin, il vous fait remplir des formulaires pour déclarer la vache manquante.
14)
ÉCOLOGIE : Vous avez 2 vaches. Vous gardez le lait et le gouvernement vous achète la bouse.
15)
CAPITALISME EUROPÉEN : On vous subventionne la première année pour acheter une 3ème vache. On fixe les quotas la deuxième année et vous payez une amende pour surproduction. On vous donne une prime la troisième année pour abattre la 3ème vache.
16)
MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE BRITANNIQUE : Vous tuez une des vaches pour la donner à manger à l'autre. La vache vivante devient folle. L'Europe vous subventionne pour l'abattre. Vous la donnez à manger à vos moutons.
17)
CAPITALISME À LA FRANÇAISE : Pour financer la retraite de vos vaches, le gouvernement décide de lever un nouvel impôt : la
CSSANAB (Cotisation Sociale de Solidarité Avec Nos Amies les Bêtes). Deux ans après, comme la France a récupéré une partie du cheptel britannique, le système est déficitaire. Pour financer le déficit, on lève un nouvel impôt sur la production de lait : le
RAB (Remboursement de l'Ardoise Bovine). Les vaches se mettent en grève. Il n'y a plus de lait. Les Français sont dans la rue : "
DU LAIT ! DU LAIT ! ON VEUT DU LAIT !". La France construit un lactoduc sous la Manche pour s'approvisionner auprès des Anglais. L'Europe déclare le lait anglais impropre à la consommation. On lève un nouvel impôt pour l'entretien du lactoduc devenu inutile.
18)
RÉGIME CORSE : Vous avez deux porcs qui courent dans la garrigue. Vous déclarez 200 vaches et vous touchez les subventions européennes.
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mardi 25 mai 2010
Par Michel Bellin,
mardi 25 mai 2010 à 07:57 :: General
Je célèbre aujourd'hui celle qui est à mes yeux et pour mon cœur la Reine des fleurs. Mais, pour être sincère, n'aurais-je pas dû écrire
mon Empereur ? C'est dire, concernant
Hippeastrum, s'il s'agit d'un vrai problème (national) d'identité : l’amaryllis incarne-t-il (elle) la délicatesse féminine ou l'élan homosensuel ? Mais à quoi bon tourner autour du pot ! Est-ce si important que cette fleur soit un archétype mâle ou femelle de 1ère ou 3ème génération ? Ça ne vous fait ni chaud ni froid, n’est-ce pas ! Moi, ça me fait torride et je veux défendre mon option et l'illustrer ici. Car ce qui est jeu, soyons francs, ce n'est pas tant la couleur de la corolle (quoiqueue !) mais la miraculeuse et impériale ascension de la tige à partir d'un oignon exotique basané. Certes, dira un esprit chagrin préférant les corolles roses de l'amaryllis. C'est son choix, rien à redire même s'il me semble plus naturel de laisser le rose... aux roses et l'écarlate à Hippeastrum.
En fait, quand on adopte une fleur, qu'on la chérit, qu'on l'admire, qu'on guette son développement (2 photos quotidiennes sont à peine suffisantes pour immortaliser sa croissance arrogante - 48 cm l'an passé !) est-ce à cause de l'étymologie ? N'est-ce pas plutôt par une connivence secrète, une vraie tendresse teintée d'anthropomorphisme poétique ? N'est-ce pas surtout parce que c'est cette plante-ci qu'on aime offrir ? Et à ce sujet, je dois bien avouer que ma pratique est ambivalente, pour ne pas dire consensuelle. C'est ainsi que je viens de faire livrer à une très chère amie, chrétienne en capilotade qui se meurt en province d'une dépression chronique, un oignon d'amaryllis. Pour la réconforter, j'aurais pu lui offrir une bougie, une bible voire une brassée de roses - ce que je fais parfois. Non, ce fut ce pauvre oignon qui allait sous ses yeux peu à peu ascensionner ! Et pour accompagner mon présent ces quelques mots : «
Connais-tu, chère N*, ma fleur préférée ? Suis chaque jour sa croissance, pour raviver ton espérance ! ».
Exemple vécu a contrario : il y a peu, j'ai gagné les Émirats. Quelles ruses de sioux il m'a fallu pour cacher ma favorite dans mon bagage cabine, consolider et arrimer le pot, surtout détourner l'attention du contrôleur ! Après 6000 kilomètres en avion puis 12 heures en 4X4, dès qu'il a ouvert la boîte artisanale, ôté cales et cartons, toujours plus intrigué, plus excité, j'ai vu dans ses yeux à quel point ce modeste bulbe était pour mon Amoureux en exil le plus fabuleux des présents ! Et la suite, dans notre inoubliable
Qars Al Sarab perdu au milieu des sables, fut à la hauteur de notre commune passion pour la… bitanique !
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lundi 24 mai 2010
Par Michel Bellin,
lundi 24 mai 2010 à 00:52 :: General
Minuit pile lorsque je pousse la porte de ma chambre. Cette coïncidence m’amuse. Il n’empêche, Cendrillon est bien lasse. Comme prévu, le train Bordeaux-Paris a eu du retard. La SNCF nous habitue à ses dysfonctionnements qui ne peuvent gâcher ce merveilleux week-end ensoleillé nourri de connivence amicale et des ardoises inventives de l’Auberge de Clairac. Dans le train, pour tromper l’ennui, je dévore un ancien numéro de Philosophie Magazine (juillet-août 2009).Quatre citations m’éblouissent. Je livre telles quelles ces pépites, sans blabla, juste avant de grimper dans ma mezzanine. Que ces paroles illuminent notre lundi ! Et, tout naturellement, je dédie le dernier extrait à mon exquise hôtesse du Sud-ouest.
VIE
« Pris inextricablement aux rets de l’existence, enchaînés sans espoir à son cercle fatal, nous devons apprendre à dire ‘oui’ à toutes formes que prend la vie, pour pouvoir la supporter : seules la joie et la vigueur avec lesquelles nous proclamons ce ‘oui’ nous réconcilient avec la vie, parce qu’elles nous identifient à elle. » (Lou Andreas-Salomé)
CHRISTIANISME
« Le succès du christianisme réside dans le fait de proposer une solution à l’Œdipe. Une solution par évitement : Jésus est mort pour nous. Il a été châtré à notre place. Et, ainsi, la colère du Père est enfin apaisée. Le prix qu’il reste à payer ? Oh ! trois fois rien : juste l’immaturité intellectuelle, psychique et sexuelle, librement consentie. » (Patrick Declerck)
CRÉATIVITÉ
« L’œuvre de Samuel Beckett – probablement l’un des plus grands auteurs de notre époque – est une parabole allégorique de la grande crise de la parole que nous traversons. Il débute en écrivant sur Dante, puis son style devient de plus en plus étranglé et sommaire. Deux voix, puis une, puis le noir, puis un cri. Il a cette phrase terrible sur la création : « Il faut rater, s’y remettre et… rater mieux. » « Rater mieux », c’est en effet le meilleur objectif que l’on puisse se fixer. » (George Steiner)
GÉNÉROSITÉ
« Curieusement, c’est l’égoïsme qui semble la condition d’un heureux don de soi. La générosité n’est pas donnée à tout le monde. Elle n’est permise qu’aux grands vivants, aux natures solaires qui n’ont besoin de personne, à qui l’amour ne fait pas mal et que la dépense enrichit. Pour être généreux, il n’est pas nécessaire d’être riche, mais d’être heureux. » (Raphaël Enthoven)
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samedi 22 mai 2010
Par Michel Bellin,
samedi 22 mai 2010 à 00:03 :: General
« Le tabou de l’âge, c’est cruel et c’est très con. Vous ne trouvez pas ? On accepte que les hommes d’un certain âge fréquentent et épousent une jeunesse. No problem, circulez, y a rien à voir ! Mais pour quelles raisons une femme flamboyante, encore désirable, épanouie dans sa maturité (
Lulu s’observe et se flatte avec coquetterie.)… pourquoi cette femme-là n’aurait pas le droit de prendre un amant plus jeune ? Et cette injustice dure depuis des décennies, des siècles ! Depuis toujours, les mecs ont tous les droits. Eh bien là, je dis niet. Je refuse que ça continue. Je me battrai pour ça. Personnellement, j’ai toujours eu des amants plus jeunes. Attention ! Je parle d'amants, pas de mes clients. Nuance. Ah ! Je me souviens de cette belle histoire, si touchante que je crois l’avoir rêvée. (
Émue, elle ferme les yeux. Pause.) J’avais alors trente-huit balais, j’étais seule, l’ennui, la poisse, le manque d’amour, je ne sais plus. L’histoire ne se passe pas à Paris, mais en province, quelque part dans le Centre. Pas encore vraiment pute, juste les prémices, en stage de formation accélérée quoi ! Bref, lui en avait seize. Un môme ! Très grand pour son âge, comme on les fait maintenant, très baraqué. Et en même temps très beau, très stylé, très blond, avec des châsses... on aurait dit de la porcelaine. Je le conduisais à son lycée, j’allais le rechercher le soir. Je prenais mes repas en face du bahut pour le guetter, pour le déguster des yeux. Nous nous sommes aimés pendant toute une année. Et puis la police s’en est mêlée, le proviseur, tous les gens bien, les gens respectables qui se foutent du bonheur. Comme si le bonheur pouvait détourner les mineurs ! J’ai donc été convoquée par un commissaire. Si je n’avais pas bénéficié de hautes relations (ça m’a toujours servi dans le métier, aujourd’hui plus encore à Paris), je me serais retrouvée en taule. À crever à petit feu. Parce que dans la France profonde, on ne badine pas avec la morale ! (
Songeuse.) « Mourir d’aimer ! » J’aimerais tant revoir ce film qui à l’époque nous avait bouleversés… Vous vous souvenez ? C’est l’histoire d’une prof qui a commis le crime de tomber amoureuse d’un de ses élèves et que la bonne morale a acculée au suicide. Le genre de violence qui arrivait autrefois, la tornade des sentiments, un tsunami d’amour !!… On aurait plutôt envie que ça recommence, non ? Il n’était pas violent, lui, ô non ! Si attentionné, si touchant… Mon élève à moi s’appelait Johan. (
Rêveuse.) Il s’appelle toujours Johan puisqu’il garde une place dans mon cœur, indétrônable, indémodable. »
[Extrait de
AMOUR(S), Trilogie théâtrale, L’Harmattan, 2010]
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vendredi 21 mai 2010
Par Michel Bellin,
vendredi 21 mai 2010 à 07:41 :: General
On l’aura compris, ce nouveau blog est résolument égotique. Ni égoïste, ni narcissique, ni égocentrique, simplement égotique. Je ressens et j’apprends par le prisme de moi-même. Point. J’écris donc ce qui me plaît, quand ça me plaît, choisissant les illustrations qui me plaisent, sans souci de cohérence, de vraisemblance, de bienséance. J’imagine que bon nombre d’internautes vont passer leur chemin. Tant mieux ! Et qu’il n’en restera ici qu’une poignée à butiner à leur rythme et à leur guise. Ça me convient. Mais, s’agace l’Ami,
je je je je… trop de
je ! Comment pourrait-il en être autrement ? Me faut-il employer le « Nous » pontifical ou le « on » passe-partout – ce pronom indéfini mal élevé, comme dit Madame sa Mère. Va pour le je ! Je et jeu, facétie davantage que philosophie puisque tel est mon vrai tempérament. (Lorsque mon évêque m’a congédié, il a eu cette formule qui m’amuse encore : « Michel, seras-tu un perpétuel baladin ? » – J’en ai bien peur, Excellence.) Bref, quand j’étais gosse, mes jeux préférés étaient les marionnettes, mon Meccano métallique, les figurines d’Indiens, mes crayons de couleurs Caran d’Ache et les petits scénarios que je faisais jouer à mes sœurs et à ma gentille cousine de Chamonix.
Puisque j’ambitionne et m’honore de regrimper en enfance – ma manière de mûrir sans devenir blet – ce sont les mêmes ingrédients que j’utilise pour mon blog. C’est mon nouveau joujou que j’assemble et perfectionne. Pour déguster le Temps en le tuant. Pour faire “comme si”. «
On dirait qu’on cherche des nouveaux copains pour feuilleter ensemble les pages de mon album, des pages que tout le monde pourrait voir du Congo jusqu’au Siam ! Après, on irait tous ensemble au grand Bal des Paramécies en mangeant des malabars ! » Avec comme autres ingrédients l’humour, l’impertinence, les associations bizarroïdes, des images parfois lestes ; et aussi de la tendresse, de l’émotion, du bon et du mauvais goût.
Dis, tu veux bien jouer avec moi ? Mais les moutons, je te préviens, c’est pas mon truc. Je préfère dessiner de jolis pastoureaux !
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jeudi 20 mai 2010
Par Michel Bellin,
jeudi 20 mai 2010 à 06:54 :: General
Dimanche dernier, j’ai retrouvé notre squat garchois après les rigueurs de l’hiver. Un matin de mai très frisquet ! Mon havre pour quelques heures, quelques semaines encore… Car le domaine a été vendu, mis en parcelles, chamboulé, modernisé. Méconnaissable ! La villa de la baronne avec dorénavant ses adjonctions architecturales disgracieuses ne ressemble plus à rien. Mais foin de vains regrets, je ne fais ici aucun reproche : les futures puéricultrices municipales auront besoin de locaux clairs et fonctionnels ! Tournant délibérément le dos au jardin piétiné, dans ma chaise longue branlante j’ai savouré un whisky en écoutant les ouvertures de Rossini. Le soleil brille, la végétation étale tous ses verts éblouissants. Les oiseaux dans le cèdre, peut-être heureux de me retrouver, s’égosillent et rivalisent avec Riccardo Chailly. L’alcool me monte délicieusement à la tête. En fait, je ne suis pas triste, surtout pas nostalgique : que meurent les ruines, place à l’avenir, à l’inédit ! Un nouvel envol loin des riches qui saccagent le patrimoine pour s’offrir de coûteuses villas pharaoniques ! Et qu’ils soient heureux aussi. En tout cas pour moi, ce qui compte, ce ne sont pas les choses, les objets, les logis, le carré des tilleuls, les pommiers dans le clos, le coin de l’étendage où, cachés par les hautes herbes, nos corps batifolaient (qu’est devenue la renarde ?)… pas même l’entrée privée sur le golf, pas même la nature – qu’elle soit sauvage, domestiquée ou, comme ci, saccagée – ce qui compte, c’est ce qui se passe dans le cœur : tous ces menus bonheurs émoustillants qui ne durent qu’un instant, tous ces liens qui nous attachent, nous relient, nous perfusent, parce qu’ils tissent la trame de la vraie vie brève et savoureuse, solitaire et solidaire : mes ami(e)s, mes enfants magnifiques, ma chère amoureuse du Sud-ouest que je reverrai dimanche prochain, l’Ami au loin, si proche, si séduisant, si présent, si gentil, près de qui je vais passer début juin dix jours enchantés. Adieu Garches et
BIENVENUE AUX JOURS NEUFS !
Photos : Garches… avant !
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mercredi 19 mai 2010
Par Michel Bellin,
mercredi 19 mai 2010 à 07:22 :: General
Il y a quelques jours, juste avant d’entrer en scène, je me battais avec un bouton de manchette ! L’Ami qui était là pour me soutenir (ce n’est pas rien de faire 6000 kilomètres) s’est précipité pour me venir en aide. La photographe a immortalisé cet instant fort banal.
Simple assistance technique, n’est-ce pas ? Et pourtant, en visionnant ensuite les photos de ma soirée de gala, j’ai été violemment ému : quel symbole ! Une sorte de trinité harmonieuse dessinant une alliance, un pacte. Ces mains sont déjà un peu tavelées, mais ce sont de belles mains, habiles, viriles, habitées par la tendresse. Deux s’appliquent, l’autre s’abandonne. Aucun mot inutile ! Lui, il aime tellement les mains et sait tellement les étreindre même s’il est (de moins en moins) cet “handicapé affectif ” que, par pudeur ou auto-défense, il prétend être. En voyant cette image, j’ai immédiatement déliré, imaginant une légende rocambolesque : «
Photo prise le 19 juin 2022, quelques instant avant d’entrer à la mairie. » Date tardive tant la fiction est improbable ! « Grotesque ! » s’esclafferait-il. « Tellement romantique ! » soupirerais-je. Mais qu’importe le cérémonial, seule compte l’icône emblématique. Qu’importe si demain n’arrive jamais. Le présent seul. Ici et maintenant. Et j’aime qu’au surlendemain de la journée mondiale de tolérance et de concorde entre les sexes, il soit ainsi gravé en couleurs sur mon blog combien l’amitié amoureuse (cet
amor amicitiae que vantait Cicéron) entre deux hommes – ou deux femmes – est belle, noble, aisée, paisible et si naturelle… Et combien le corps, même sans estampille officielle, est lyrique et poétique à sa manière. C’est sans doute pourquoi, d’une manière prémonitoire, j’avais choisi comme épigraphe de mon avant-dernier opus (dont O*** est le dédicataire) cette phrase lumineuse de Jocelyne François (dans “Joue-nous España”) : «
Pourquoi est-ce un bien si précieux d’avoir sa main dans la mienne ou ma main dans la sienne ? Pourquoi une main en apparence immobile détient-elle autant de vie ? Pourquoi tout projet cesse-t-il, là, à cet instant comme si demain ne devait jamais arriver ? Pourquoi cette joie ? »
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mardi 18 mai 2010
Par Michel Bellin,
mardi 18 mai 2010 à 06:27 :: General
«
Qu'est-ce que le tragique sinon le sentiment d'une résistance obscure et insensée contre laquelle se brise la force de la liberté et de la raison qui est en l'homme ? » s’interroge P.-H. Simon dans “L’homme en procès”.
Citation qui fait les beaux jours du baccalauréat pour jeunes Sages acnéiques ! Il y a belle lurette que mon bac (le
bachot, comme on disait) est passé ! Me reste ce sujet de dissertation griffonné dans mon cahier Boul’Mich ainqi qu’un dessin plutôt sombre. Face à l’hydre menaçante tapie en lui-même (Mort, Néant, Crise – l’existentielle, pas la crisette économique !), j’ai voulu illustrer la stupeur horrifiée de l’Homme dépouillé. Sa radicale impuissance. Son aveuglement aussi. Sa prétendue force mise à terre. Cervelle de moineau dans une carcasse de géant, pauvre homoncule ! À la fois Sisyphe et Œdipe. Sans oublier (mais, franchement, ça n’a aucun rapport !) ce détail autobiographique, prémices d’une débâcle annoncée dont je prends le parti de rire : tout à l’heure, votre serviteur va se faire arracher 5 dents d'un coup… début juillet 8 ou 9 autres d'un coup. Autant dire toute la mâchoire. Sans espoir d’implants. Pas belle la vie ? Hi hi hi hi hi !
Me restera le sourire d'un cœur enfantin pour mordre à belles dents dans la vie ! Et pour paraphraser Nietzsche (qui parlait, lui, du bas-ventre) j’ajouterai qu’un rictus édenté est la cause que
l’homme ait quelque peine à se prendre pour un dieu ! Tant mieux, c’est très bon pour calmer l’
ego et terrasser mon orgueil ! Sauf qu’une précision s’impose et c’est mon phare dans l’épreuve : dans quelques mois, Bellinus, qu’on se le dise, aura le sourire de Tom Cruise !
Dessin inséré : Gavroche croqué par HUGO.
POST SCRIPTUM
Billet rédigé au retour du champ de bataille. Une heure de supplice délicieux car (presque) indolore. Après les piqures anesthésiantes, Delphine et son assistante sont passées à l’assaut : 1…2…3…4…5… Pour chaque dent arrachée, c’est toute la tête qui part en vrille ! Je me cramponne. La dernière ratiche (couronnée) a décidé de résister. L’effrontée ! Puis-je lui en vouloir ? Elle s'obstine, la reine des rebelles ! «
C’est l’os qui gêne ! » commente ma tortionnaire d’une voix gourmande. Qu’à cela ne tienne, on y va avec burin, fraise, pince… glou glou, le sang est aspiré tandis que, privée de déglutition, ma glotte grelotte. C’est maintenant le moment des points de suture : un grand fil noir entre et sort de ma mâchoire crispée. Point de croix ou point de tige ? Ah ! Delphine, quelle experte couturière ! Évidemment, j’ai tenu à récupérer mes cinq valeureuses quenottes pour en faire une œuvre d’art dont je vous parlerai prochainement (après la deuxième manche). En tout cas, pour aujourd’hui, ma nouvelle passion est confirmée :
le SM dentaire, c’est vraiment chouette ! Mais A T T E N T I O N, pour la vidéo qui suit (
classée X), l’accord parental est rigoureusement facultatif.
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lundi 17 mai 2010
Par Michel Bellin,
lundi 17 mai 2010 à 07:40 :: General
JULIUS - Est-ce que je peux te poser une question, Raph ? C’est peut-être indiscret… mais tu n’es pas obligé de répondre.
RAPHAEL - Posez-la. J’ai rien à cacher.
Un temps de silence. Julius s’est éclairci la gorge. De quelle manière regarder le gosse pour ne pas darder un regard inquisiteur ?
JULIUS - Raph, oui ou non, est-ce que tu es homosexuel ?
Deux lèvres s’arrondissent. Deux yeux qui font du morse. Une stupeur écarlate.
RAPHAEL - Non… euh, oui… enfin, je sais pas.
JULIUS - Tu ne sais pas si tu es homo ? Tu vas avoir vingt ans et tu ne sais pas…
RAPHAEL - Si, si… je sais. Mais je suis pas sûr. Je crois bien, en fait, que je suis bi. Si on y regarde de plus près, la bisexualité c’est la sexualité la plus normale… enfin, je veux dire, la plus souhaitable, non ? Pas de différence. Il n’y a pas les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Mais l’humanité. Point. Qu’en pensez-vous ?
JULIUS - Je ne pense rien. Continue… si tu en as envie.
RAPHAEL - Je sais pas quoi rajouter. C’est vrai, il y a Emmanuelle, cette étrange attirance que j’ai pour elle, cette fascination… Il y a aussi d’autres meufs. Amandine, par exemple, ou sa cousine. J’éprouve des choses, c’est certain. Il me prend un élan certain, ou un certain élan, une sympathie pour quelques filles. Disons, que je suis actuellement dans une zone de flottement à tous points de vue. Je ne dois pas être pédé à 100%...
JULIUS - À combien, à ton avis ? Passons, peu importe le pourcentage ! Là n’est pas la question. Ma question était : es-tu homosexuel, oui ou non ?
RAPHAEL - Disons que je suis pédé, c’est sûr, à peu près sûr. Bi, peut-être… Voilà, vous êtes content ! (
un rien agacé)
JULIUS - Je n’ai pas à être content, Raph. Simplement, il vaut mieux savoir où l’on met les pieds. Enfin, quand je dis les pieds ! […] Connais-tu Foucault ? Le philosophe ? « Les mots et les choses » ? « L’histoire de la sexualité » ? Non ? (
éloquent silence de Raphaël) Ça ne fait rien. Il a dit une phrase, une phrase magnifique et définitive, à graver dans ta mémoire de Monsieur « Bi-peut-être-bien-que-oui ». Voyons, je plaisante, Raph ! Tu es prêt ? Accroche-toi. « Nous avons à nous acharner à devenir homosexuels, et non pas à découvrir que nous le sommes. » Acharne-toi, Raphaël, acharne-toi ! Tu as la chance de vivre à notre époque, une grande époque où se lève le vent de notre liberté. Tu ne seras pas obligé d’attendre aussi longtemps que moi, de bifurquer, de te torturer…
[Extrait de
AMOUR(S), Trilogie théâtrale,
L’Harmattan, mars 2010]
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dimanche 16 mai 2010
Par Michel Bellin,
dimanche 16 mai 2010 à 05:46 :: General
J’ai suggéré hier l’homosensualité des péplums, belles œuvres classiques ou nanars italiens (la série des
Maciste !). Eh bien, surprise surprise ! dans mon cahier à spirales retrouvé, pour un seul Christ chastement dénudé… 4 ou 5 dessins de femmes dépoitraillées, aguicheuses, le téton dressé et l’air modeste. Incroyable, non ?

Au dos d’une de ces icônes dignes de
La marquise des Anges (dont ma sœur aînée ne manquait aucun épisode), cette plaisante inscription : «
Dessin fait pour me distraire pendant la lecture de Teilhard de Chardin. » Ainsi, pour l’évasion, les miss crayonnées et pour la sensualité les Jésus flagellés et les musculeux Spartacus. Mais rien n’est aussi simpliste… Pourquoi une telle application à dessiner ces princesses aguicheuses ? Pourquoi les avoir soigneusement collectées dans mon cahier ? Pour donner le change ? Pour savourer l’ambiguïté ? À moins qu’une autre explication s’impose : la plastique féminine me fascinait, tout simplement ! Me troublait et m’intriguait. Parce que la Femme, hormis la Vierge Marie, était l’Absente du Séminaire (seules quelques nonnes anthracites et deux ou trois servantes préposées aux corvées d’épluchage, dont l’une –
Face plate, son surnom me revient sur-le-champ ! – nous séduisait par sa disgrâce. Adolescents à la fois cruels, vantards et idéalistes alors que n’existait pas encore le concept du
virtuel. En fait, à 17-18 ans, j’étais peut-être (encore) malléable, entre deux rives, potentiellement hétérosexuel et immanquablement homo ? Peut-être l’identité sexuée n’a-t-elle rien de figé, elle évolue, mute, puis se fixe… pour rétrograder peut-être sur le tard ? Et je découvre avec une stupeur un brin gênée l’Âge d’or de mes vestales de collège dénudées (jamais plus bas, faut pas pousser !), plus ingénues que tentatrices, parfois graves et mystérieuses.
Et ce constat me ramène, 45 ans plus tard, à cette phrase rigolote griffonnée le 16/04/2010 dans mon agenda :
«
Penché malgré moi sur le généreux décolleté de la pharmacienne occupée à déchiffrer mon ordonnance, je ne peux m’empêcher de penser que cette double excroissance est une infirmité. Suis-je normal, docteur ? »
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samedi 15 mai 2010
Par Michel Bellin,
samedi 15 mai 2010 à 05:42 :: General
Stupeur ! Amusement ! Attendrissement ! Je viens de retrouver le cahier de textes que je tenais dans les années 60 en classe de Terminale. La couverture écarlate n’est plus aussi rutilante et ne subsistent plus que deux décalcomanies pâlichons. En fait, cet outil scolaire ressemble davantage à un recueil de photos et de dessins.

Je parlerai demain de ces crayonnages, souvent esquissés dans la marge de mes copies, et qui viennent de m’ébahir par leur érotisme plutôt inattendu (car nous sommes, ne l’oublions pas, au petit Séminaire St François de Sales). Quant aux photos, ce sont des images de cinéma que je découpais soigneusement dans les magazines et auxquelles j’adjoignais un commentaire élogieux voire pompeux. Mon enthousiasme délirant n’avait pas de limites ! C’était chaque fois
le film du siècle à voir de toute urgence. Je n’hésitais pas à adresser des courriers aux directeurs de salles de la capitale (Annecy) pour qu’ils me confirment leur programmation. Isolé dans mon internat du Chablais, je craignais tant de passer à côté des chefs-d’œuvre en 70mm Todd-Ao ! Dans mon cahier retrouvé, ce message, véritable talisman : «
Monsieur, en réponse à votre lettre du 25 courant, nous avons l’avantage de vous faire savoir que nous passons « La chute de l’empire romain » à partir du 10 février prochain. Espérant que vous nous honorerez de votre visite etc. » Signé : Le Directeur du Savoy-Cinéma. Ouf ! sauvé.
Mes deux genres préférés : la comédie musicale et le péplum. Je ne me risquerai pas à (psych)analyser ici pourquoi me séduisaient tant les nobles patriciens et leurs esclaves révoltés ! J’ai écrit quelque part, songeant aux reproches muets qu’aurait pu m’adresser ma mère, elle qui désapprouvait fort ma passion pour l’antre obscure : «
Plus tard, bien plus tard, d’autres images dans le noir… à l’heure où l’essaim des rêves tord sur leurs draps souillés les bruns adolescents. Des visions effarantes… des jeunes hommes nus… de vigoureux hoplites en tuniques de lin… Ô mère, deviniez-vous ces rêves ? Les craigniez-vous pour moi ? »
Chut ! maman, retournez à vos ave, moi, j’ai 17 ans, je suis grand et la séance commence…
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vendredi 14 mai 2010
Par Michel Bellin,
vendredi 14 mai 2010 à 13:57 :: General
En rentrant de courses, je retrouve
France-Musique que j’ai laissée branchée (parfois, je redoute de retrouver le silence). C’est mon fil conducteur, un fil d’Ariane impalpable et tenace. M’accueillent ce matin, sitôt franchi le seuil de ma chambrette, les toutes premières mesures du
larghetto du Quintette pour clarinette de Mozart sous les doigts et le souffle d’Alfred Meyer en direct. Une telle beauté me cloue sur place et je m’effondre dans mon fauteuil, toutes affaires cessantes. En un instant, je suis passé du trivial (une fermeture éclair à remplacer !) au génial : l’un des plus beaux extraits musicaux à « faire pleurer les pierres »,
prière d’une âme isolée toute entourée d’abîmes, disait Einstein. Je n’aurai pas trop du reste de ma vie pour tenter de comprendre l’ensorcellement de la musique, cette mystérieuse vibration d’air qui caresse ou stimule. Si l’on m’assurait, si l’on me garantissait que le Ciel ne sera qu’harmonie, concerts, musique de chambre plus que symphonie… je serais prêt à croire à nouveau en l’Éternel en m’engageant, moi, à ne pas peloter les anges ! En attendant,
hic et nunc, écoute et ravissement : dans ce second mouvement – Mozart composait pour la première fois pour un tout nouvel instrument à vent – la clarinette et le violon s’enlacent comme deux amoureux. Qu’il est donc doux d’aimer ! Comme c’est délicieusement triste parce que fugace et par avance périmé. Mais cette petite dizaine de minutes, c’est mon éternité heureuse ! «
Souvent pourtant, il ne se passe rien. Mozart ne surprend jamais. Ou quand il surprend, c’est comme l’évidence. Mais évidence de quoi ? De la beauté ? de la joie ? de la douceur ? Sans doute. Rien de méchant, chez Mozart, et cela touche encore à l’éthique. “ Il faut que les notes s’aiment ”, disait-il. La formule, qui peut paraître mièvre, approche pourtant du mystère. Que serait la beauté, si nous ne l’aimions pas ? Et quelle autre joie que d’aimer ? Quelle autre douceur, contre la violence ou l’amertume ? Au fond il n’y a que l’amour qui vaille, ou plutôt rien ne vaut que par lui, et c’est ce que signifie Mozart. Agis de telle sorte que tu ne sois pas indigne de l’écouter ! » (Compte-Sponville,
Impromptus, PUF, 1996).
Image : MOZART, peint par Greuze.
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jeudi 13 mai 2010
Par Michel Bellin,
jeudi 13 mai 2010 à 09:26 :: General
J’étais invité hier soir chez un bon ami qui tenait à suivre en direct l’ouverture du festival de Cannes sur le Grand Journal de Canal +. Je ne suis pas sûr que ce spectacle, année après année rabâché, ait relevé notre pizza 4 saisons. Toujours cette sensation de déjà vu, de superficialité, de peoplelisation décatie malgré strass et paillettes, tapis rouge, tsoin tsoin et Cie. Je me disais (tout en aspirant in petto au silence devant l’écœurante mangeoire plasma) : mis à part les journalistes, les financiers, les figurants, les quelques vedettes répétant en boucle les mêmes faux enthousiasmes et leurs pâmoisons surjouées, qui cela intéresse-t-il vraiment dans notre pays déprimé ? Bien sûr, fondu déchaîné du cinéma, je suivrai dans la presse les critiques pour visionner ensuite calmement, quand le soufflé sera tombé, deux ou trois chefs-d’œuvre, primés ou non. Mais pourquoi en live tout ce tintamarre au lourd parfum de diversion grotesque ? Toute la clique habituelle, la Dombasle, Fredo (notre ministre mais, dans le gratin parisien, on l’appelle comme ça), Gilles Jacob momifié et j’en passe… Florence Leroy, de France INFO, reste lucide : « Le Festival, c’est un jeu de société dont il faut connaître les codes. Robes de soirée à 10 heures du matin, montée des marches en plein après midi sous un soleil de plomb, heureusement que le ridicule ne tue pas ! »
Non, c’est vrai, il ne tue pas ; il rend simplement triste car l’œil aiguisé sait aujourd’hui décrypter tous les trucages, non seulement sur les lieux de tournage, mais lors des grands-messes culturelles ou pontificales. Le nouveau Mr Robin des Bois, massif et empâté, n’avait plus rien de la grâce du jeune héros de la Warner d’antan, plutôt une allure de rouleur de caisse imbibé se superposant mal au sémillant hors-la-loi immortalisé par Errol Flynn. Décidément, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Et, comme me disait mon ami comédien, même les stars n’existent plus, seulement des actrices, plus ou moins douées : sous la loupe grossissante de Canal +, entre gaudrioles convenues et scoops téléphonés, dans leurs si jolies petites bouches peintes l’amour du 7ème Art devient de la promo et de la lèche.
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mercredi 12 mai 2010
Par Michel Bellin,
mercredi 12 mai 2010 à 06:52 :: General
Depuis peu, j’ai adhéré à l’ADMD (
Association pour le droit de mourir dans la dignité).
En fait, j’aurais dû cotiser depuis longtemps mais, comme souvent, il manqua le déclic, la rencontre de la bonne personne au bon moment. Ce fut Jacqueline S., déléguée de l’Hérault, qui, après avoir réagi à l’une de mes chroniques du
Monde, s’intéressa à mon livre
Le Messager (2002) et le dévora. Par anticipation, je m’y étais mis en scène (toujours l’écriture schizophrène !) décrivant par avance le vieux con cynique que je risquais de devenir si je n’y prenais pas garde, anticipant surtout
ma “ belle mort ” dont je rêve toujours.
Concernant l’euthanasie et notre Association, si je me sens néophyte fervent, je n’ai pas encore bien assimilé – outre le sigle un brin sibyllin – ce concept de dignité. Ce qui est paradoxal, c’est que les tenants de l’euthanasie se réfèrent à ce concept tout autant que ses détracteurs ! Pourquoi ne pas revendiquer plutôt le droit de mourir dans la liberté ou la responsabilité ? (
ADML ou
ADMR). Car je suis frappé par un argument défendu par
Ruwen Ogien (
La vie, la mort, l’Etat, Grasset, 2009) qui explique bien, dans son 3ème chapitre, que la notion de dignité humaine est inutile et dangereuse. Il reprend d’ailleurs son argumentation dans le n°38 de la Revue Socialiste (La Morale en questions) : «
Est-il contraire à la dignité humaine de demander une rémunération en échange de la mise à disposition d’autrui de son image ou de ses découvertes scientifiques ? Pourquoi serait-il contraire à la dignité humaine de vendre ses capacités à donner du plaisir sexuel ou à porter un enfant d’une autre et non de vendre ses capacités athlétiques, sa patience, son habileté, ses connaissances ou son intelligence ? » Et le philosophe de pointer le conservatisme : «
L’appel à la dignité de la personne humaine sert surtout à justifier l’exclusion de certaines innovations normatives dans les affaires sexuelles ou familiales. »
Bref, sortons la morale kantienne de nos têtes, débusquons l’acharnement herméneutique, abandonnons toute victimologie exubérante pour nous en tenir à l’essentiel : non-nuisance à autrui et liberté par rapport à soi-même.
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mardi 11 mai 2010
Par Michel Bellin,
mardi 11 mai 2010 à 10:08 :: General
Après 11 mois de mutisme, envie (besoin ?) de jeter à nouveau au quotidien quelques mots sur mon écran… qui les répercutera loin, très loin. Ni raison ni justification. Aucun engagement concernant le contenu ou la durée. Seul le bon plaisir… et l’espoir que plusieurs ici réagiront. Un micro réseau composé des mêmes valeurs, alimenté par les mêmes colères, nourri par de vibrantes émotions et une sorte d’amitié impalpable faufilant la Toile. La seule limite que je m’imposerai : un billet bref (pas plus d’une page avec des marges généreuses).
Ce matin, par ce pluvieux mardi de mai, je m’interroge sur cet étrange lien qui me relie à l’écriture et fausse peut-être ma perception du réel (mais qu’est-ce que le réel ?!). Je viens de lire (dans l’avant-propos des Carnets blancs de Mathieu Simonet, Seuil , 2010 – vrai faux roman dont je n’irai sans doute pas au-delà de la page 42) cette phrase qui me colle à la peau et m’empoisonne délicieusement la vie. Je la tourne et la retourne et je me dis que c’est sans doute à cause – grâce à – d’elle que je reprends mon Journal en ligne. « Je n’arrive jamais à rester dans le “ concret ”. Mon cerveau transforme toujours tout en écriture. Non pas que j’invente. Mais j’ai un rapport distancié au réel. Comme s’il n’était là que pour m’offrir un matériau d’écriture. Dès lors, je ne suis jamais totalement triste face à une dispute amoureuse, à un décès, à une dépression. J’y vois une forme de cadeau, de glaise, dans laquelle je peux dessiner des sculptures. Pour autant, je ne cherche pas à vivre des situations douloureuses pour écrire. J’ai, face au bonheur, le même rapport, la même distance. Je suis comme un schizophrène. D’un côté je suis l’acteur de ma propre vie, de l’autre je suis le photographe de cet acteur. Et c’est dans le corps de ce photographe que je me sens le plus vivant. »
Peut-être est-ce en écrivant à nouveau ce matin, pour moi-même, exclusivement pour toi et pour moi… que je me sens le plus vivant ! Et le plus dépendant. Peux-tu comprendre cette étrange maladie qui est dichotomie ? Et délicieuse addiction…
[Mardi 11 mai 2010]
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