J’ai affiché sur le mur de ma chambrette un texte de Pablo Neruda. Quand je me sens hésitant ou timoré, il me suffit d’y jeter un œil afin de reprendre cœur. Reprendre corps aussi pour me secouer, bouger, sortir, en un mot “oser”…

Dès que j’aurai chez moi au clavier, je tenterai de mettre ce poème en musique. Ecoutant hier soir le Concerto de l’empereur interprété par François-René Duchâble, je me disais : quelle destinée que celle de ce pianiste hors-normes ! Il aurait pu continuer sa carrière sans broncher, continuer de faire le pingouin virtuose sur la scène de Pleyel, courir de concert en concert, d’aéroport en aéroport, d’enregistrement en enregistrement… Il a choisi d’être lui-même après avoir brûlé son frac et jeté d’un hélicoptère une carcasse de piano dans un lac du Mercantour. Enfantillage ? Provocation gratuite ? Non, actes symboliques (n’est-ce pas, l’Ami, toi qui ne crois pas aux symboles !) « C'est une manière de marquer les esprits. Je ne veux plus jouer en intérieur, devant un public aligné en rang d'oignons comme des écoliers, des militaires ou des religieux. Je ne crois pas à ce rituel bourgeois qui touche à peine 1% de la population. Je crois qu'il existe une autre façon de partager la musique que de vendre des doubles croches au théâtre des Champs-Elysées. On doit sortir des circuits habituels, qui n'attirent qu'un public de connaisseurs. Je veux faire des choses folles, participer à des spectacles dans des sites naturels grandioses, avec des comédiens ou des acrobates. »

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