Voici l’une des plus belles pages de mon philosophe préféré. Non pas la plus belle, mais la plus tonique, celle qui fait du bien, comme un massage salutaire ou une musique relaxante. Si je la relis ce matin, si patiemment, comme presque chaque jour, si je l’ai transcrite sur ce blog, c’est d’abord parce qu’elle m’a fait du bien à moi-même, c’est parce que chaque mot tapé sur le clavier était une vitamine que j’introduisais en moi-même, le virus du bonheur qu’à nouveau je tente de m’inoculer. Puisque tout part et revient au corps. Pour finir, on souffre et on meurt toujours de maladie. Et les mots ont cette capacité d’alléger sinon de guérir tout à fait certains maux…

Le plus étrange, c’est qu’Alain écrivit cette chronique ô combien stimulante le 29 mai 1909, le lendemain de la mort d’un adolescent qui s’était suicidé. Et Comte-Sponville d’ajouter dans un commentaire : « C’est cela, cette horreur, qu’il s’agit de penser, de comprendre, de surmonter. ‘La vie n’a plus la saveur de la vie. Plaisir aussi bien que douleur, tout est comme frelaté ; l’action est comme une source tarie…’ Et le lecteur partait avec ces deux trésors, un peu de lumière, un peu de nuit, la mort d’un lycéen, l’amour de la vie, l’un et l’autre mêlés, indissociablement, puisque aucune mort n’est triste qu’autant que la vie est aimable… Je relis souvent ce Propos, je le trouve toujours aussi beau, et d’une beauté qui ne ment pas. »
(André Comte-Sponville in Impromptus, Puf, 1996).

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