LES ORAISONS JACULATOIRES (4ème chapitre)
Par Michel Bellin, samedi 31 janvier 2009 à 08:43 :: General :: #591 :: rss
(Fantasia para la siesta)
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin
« Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin
« Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
PETIT QUATRE HEURES
(quatrième épisode)
Hello, mon souriceau ! Après la douche, me revoilà , fraîche comme une ondine. Je me sens ressuscité ! Et toi, babby, tu ne t’es pas barbé au moins ? Tu as testé le gadget ? Fais-moi voir ! Comme c’est mignon, mais vraiment riquiqui ! Ridicule cet écran ! Un zizi sur confetti ! Et tes deux cacahuètes ? Laisse-moi voir. Adorables. J’ai toujours eu un faible pour les miniatures persanes. Mais rien ne vaut mon bon vieux Polaroïd. J’en ai tiré des portraits artistiques ! J’adorais le suspense, le petit bruit magique et le cliché tout humide qui peu à peu émerge, gluant de convoitise. La belle époque, mais, décidément, on n’arrête pas le progrès ! Je me répète, est-ce grave ? Déjà Altzheimer ? Alors, cette sieste, on s’y met pour de bon ? Tu sais, je pensais à quelque chose sous ma douche… c’est bon, l’eau, pour penser. N’aimerais-tu pas jouer à un petit divertissement avant la sieste, histoire de se mettre dans le coup ? De s’échauffer ? Tu vois ce que je veux dire… C’est le jeu du septième Art. La règle est simple : moi, je suis le metteur en scène, toi le modèle. Et on tourne ensemble quelques plans culte. Ça te branche ?
En fait, je joue souvent au cinéphile avec mes conquêtes, dans la meilleure veine du Cinéma d’Art et d’Essai. La nouvelle vague, quoi, dans le genre « Sarabande sous la soupente » ou « Zorbec le Gras 2 ». Ce n’est pas exactement du Bergman bien sûr, ni du Godard. C’est brut de décoffrage, mais pourtant assez subtil car chaque réalisateur, tu le sais, a son style, ses préférences, ses manigances jusque dans le cadrage ou les éclairages. Bel Ami, par exemple, ou Eclair Production, tu connais ? Ou encore Pacific Tun, Gitan, Craddo sans oublier Kriston Bjërn. Aujourd’hui, j’ai envie d’être Stéphane, tu connais, le grand spécialiste des solos et des rapports de synthèse non protégés (hou !). Et toi, Nat… quel sera ton rôle de composition ?
Je te vois bien en Natello, 21 ans, un beau torse épilé, très bronzé, et une petite gueule de salope des favelas, cheveux de jais très courts, pommettes saillantes, et le regard de braise. Ah ! j’allais oublier le grain de beauté au-dessus de ta lèvre. C’est d’accord, on se la joue notre scène torride, mon p’tit cubain adoré ? Allons-y, à chacun son rôle et, tiens, j’empoigne le portable magique en guise de caméra, ça fera vrai de vrai. Et je veux de l’authentique, n’oublie pas, de l’ethnique, pas du porno soft, il faut que ça gerbe dans les chaumières ! Tu as bien pigé les subtilités du casting : moi, le macho génial, tyrannique, moustache drue et gros cul, la grande diva du porno, la Chi Chi Lapute latine. Toi, la gazelle des Caraïbes, un rien effarouchée, l’œil aux aguets, ton bel œil fiévreux, brillant, oh je le sens, je le sens… allez, on attaque.
Buenas moreno, approche, n’aie pas peur. Tout est en place, ok ? Le son, c’est bon ? Putain, déjà seize heures. Une demi-heure de retard sur le planning. Ce qui me plaît dans ce business… non, non, Natello, pas tout de suite à poil, tu gardes ton slip et ton maillot de corps. Allonge-toi sur le pieu, je suis à toi, histoire de vérifier d’abord les éclairages. Ouais, c’est stressant ce job, mais au moins on ne s’emmerde pas. Le quinze du mois, j’en suis déjà à mon troisième tournage : Croatie, Burundi et maintenant Cuba. J’aime quand ça turbine. La promo n’est pas en reste, déjà fin prête, du genre : « Mi-anges mi-démons, sans pudeur ni inhibition, six chicanos délurés vous offrent leurs bites de premier choix. Ils ont bravé la dictature de Castro pour nous offrir le meilleur d’eux-mêmes et… » …décontracte-toi, Natello, ça va être ton tour. Imagine le décor : on n’est pas dans une piaule crasseuse, mais sur la plage, dans l’île de la Jeunesse. Il fait très très chaud et tu somnoles, accablé et en même temps très cool, ok ? … ouais, pas mal, une main sous la nuque, qu’on voie bien ta touffe sous l’épaule… et écarte un peu tes guiboles, non, pas trop… c’est parfait, ça dégage ta teub…tumbate por ahi, ponte cómodo… ça sert tout de même d’avoir été le premier assistant de Bũnuel. Jean-Daniel, tu me préviens quand tu es ok pour le cadrage ?
Ouais, je disais que le casting est du tonnerre de dieu, du pur produit local, beaucoup de fraîcheur, des amateurs en pleine possession de leurs moyens, très motivés, pas syndiqués. Avec les cinq premiers mecs, pas de problème… je me fais un peu de souci avec l’autre gringo mais il est si bandant, un vrai Prince charmant… Bref, c’est le produit gagnant, déjà empaqueté et les préventes assurées pour 1,1 millions de dollars. Putain, le pognon, ça m’inspire, c’est comme si c’était fait : 6 solos de légende, de très grosses bites, son en direct, un making of d’enfer (+ 10 minutes) avec en bonus un coucher de soleil sur la baie des Cochons. Bref, le Dvd en promo à 80 €, le produit culte pour les Fêtes ! On va se l’arracher.
Cette fois, c’est bon, on est parti ? Prêt, Natello ? Tu commences par t’astiquer gentiment, sans forcer la cadence… relève un peu le maillot, lentement… pas trop… Action ! Putain, qu’il est bandant ce môme ! Dire que je l’ai dégoté par le plus pur hasard sur le marché de Pinar del Rio. Il m’a plu d’emblée, le genre de produit d’appel auquel on ne résiste pas et son histoire…. Non, non, tu ne sors pas tout de suite ta bite. Coupez ! Le septième Art, putain, c’est progressif, c’est suggestif, Carlos Saura me le répétait sans cesse, tout dans l’émotif, d’abord dans le calecif, pas tout de suite au-dehors. C’est le B.A. BA, non ? C’est seulement après qu’on accélère, les zoom, arrêts sur image et tout le tsoin tsoin. Mais toi, Natello, tu n’accélères pas tout de suite, compris ? Pas tout de suite. D’abord cool, cool, ok ? Por favor. Bon, on reprend. Moteur.
Ouais, je disais, l’histoire de ce gosse… c’est touchant : avec l’argent gagné, il veut offrir un fauteuil roulant à sa vieille maman paraplégique. C’est vraiment un gentil gosse et ça m’émeut qu’il veuille payer de sa personne. D’ailleurs, je suis un grand sentimental, moi, et quand j’étais le chef opérateur de Pedro pour Hable con ella, il n’en revenait pas. « Avec ta sensibilité, me répétait-il souvent, tu iras loin. » Il n'avait pas tort : la Croatie, Bujumbura, Cuba et bientôt Zanzibar, en moins d’un mois ! Quel parcours ! Pas mal, Natello, mais essaie d’aller maintenant un peu plus vite, on va finir par s’endormir. Et fixe la caméra, par ici… Evidemment, avec la poignée de pesos qu’il va gagner (mais il aura droit au catalogue gratuit), il ne pourra offrir à sa mère que le coussin. Et pas un coussin en gel viscoélastic, du vulgaire kapok. Avec peut-être la pompe… Passe ta langue sur tes lèvres, ils adorent ça… lentement… voluptueusement… A propos de pompe, muchacho, ça va se préciser. C’est ok ? On accélère la manœuvre, on gonfle sa teub… on en redemande, très dure, très dure…Tu adores ça ou merde ? Maintenant, rentre ta main dans ton calebar, tu masses toujours ton paquet, en accélérant la manœuvre… plus vite, por favor, de la conviction… non, non, ! Coupez.
Tu zieutes pas Jean-Daniel, Natello, rien à foutre de sa perche, le son, on le rajoute après, l’objectif, tu fixes l’objectif…. C’est moi l’objectif ! Action. Putain, déjà quatre heures vingt. On est là jusqu’à demain ! A quelle heure l’avion, Danny ? Huit heures ? A l’hôtel ou à l’aéroport ? Et avec le décalage horaire, mais c’est dingue ! Il faut rappeler Paris. Natello, maintenant, je rigole plus, on passe aux choses sérieuses, t’es pas là pour faire tes gammes : tu accélères, c’est compris, j’ai pas que ça à faire, ok ? Ta main droite masse tes couilles, ta gauche travaille les tétons. C’est pourtant simple, bordel ! Et de plus en plus vite, avec fièvre, la passion quoi, l’appel du taureau en rut ! Ok ? Moteur. A toi, Natello… más rápido, venga… venga… dale fuerte, más rápido… les lèvres, putain, les lèvres, pourlèche tes lèvres… venga, per favor, venga…Jean-Daniel, ça va le son ? Un peu mou ? Trop molle la bite, évidemment… On rajoutera du bruitage en post synchro, des vagues, des goélands…Natello, por favor, sors ta queue maintenant… non, regarde pas le perchiste, ici, dans mes yeux… droit dans mes yeux, tes lèvres, lèche-les avec gourmandise… sors ta queue et accélère, bande, vas-y… más enrgia, más convicción… bordel, quelle nouille de chicos. C’est plus possible ! Seize heures quarante. Coupez ! Natello, je vais finir par m’énerver, il faut bander… c’est l’heure, c’est le moment… tu comprends au moins, ban-der, grosse pine, maousse costaud, plátano ! plátano ! … Moteur.
On y va, on pousse, on pousse… putain, estas dormido o qué… ? Si tu y arrives pas, prends les à deux mains, secoue-les, secoue-les… venga, venga…et le sourire, por favor, pas une grimace, le sourire… plus vite, plus fort, vamos rapido ! Coupez. Jean-Daniel, dévoue-toi, montre-lui. Excite-le, ce môme, c’est vraiment une couille molle. Et on m’avait dit que les cubains étaient des fauves ! Regarde Jean-Daniel, mate-le, mate-le… vise sa perche… non, pas l’objectif, mate le mec, le mec à la perche… son paquet, mate son paquet. Dany, dévoue-toi, sors-la, histoire de l’appâter… mais non, crétin, pas la peine de te dépoiler, juste la braguette… putain, la perche, fais gaffe, du matos tout neuf… bon, et maintenant, on reprend. Dernière prise jusqu’à l’éjac, compris ? Je veux un geyser sinon rien. Action. Vas-y, chicanos, vas-y, plus fort… más energia, más conviccion… et toi Danny, tu te dégonfles ou quoi ? Comment veux-tu l’exciter ? T’es pas une gonzesse tout de même ? Je t’avertis, c’est ta dernière chance ! Vas-y, Nato, vas-y… Sale macaque, mais c’est pas vrai, putain de ta race… Espabila coño, estas dormido o qué… ? Pas la queue de l’opérateur, l’objectif, chicanos, mate maintenant l’objectif… mueve el culo cono… putain, je sens que je disjoncte… et Dany, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Un peu de cran, Dany, pense à Mark Dalton, t’as intérêt à penser à son marteau pilon, sinon gare à ta prime… si tu bandes pas, tu redeviens intermittent ou tu bosses au Jour du Seigneur, c’est juré… mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ! Putain, deux nouilles au petit déj, deux nouilles ! Quelles lopettes ! Putain, cinco horas. C’est râpé. Espabila coño ! Natello de mes deux, et pour toi rien, nada, pas pesos, pas pesos, toi, nada, que coño esperas ! Adios chicos cubanos. Coupez ! Foutez-moi le camp, tous les deux, incapables, saboteurs du Septième Art. Lárgate, lárgate !
Excuse-moi, Nat, je me suis un peu énervé. Tu sais ce que c’est, le cinoche, le théâtre, on s’enflamme, on se met dans la peau du personnage… Mais je ne t’en veux pas. Et ne fais pas cette tête, c’est pas très grave, même à ton âge. Tu verras, avec le petit goûter que je t’ai préparé, ton appendice va retrouver toute sa vaillance. D’ailleurs, entre nous, je me demande pourquoi on en fait tout une histoire. Bander, bander et après ? Ça prouve quoi ? Même à moi, le compulsif grave, il m’arrive d’avoir quelques instants de lucidité et de recentrer le débat : on fait toute une histoire pour la trique et on est plein d’indulgence pour tous les autres handicapés, les graves, les abouliques, les velléitaires, les girouettes chroniques, tous ceux qui débandent dès qu’il faut se décider, dire oui quand c’est oui et non quand c’est non ! Ouais, Nat, tu peux m’en croire, ceux qui défaillent dans leur tête, pas dans le slip, c’est bien plus grave, c’est même rédhibitoire.
Le pire, ce sont les nostalgiques, les soixante-huitards reconvertis dans la finance et dans le pouvoir. Là ils sont forts, le triomphe brandi dès qu’ils sont cotés en bourses. C’est pourquoi ils encensent tous la petite pilule bleue, pour mieux chasser leurs idées noires et croire encore en leur jeunesse fougueuse, du temps où ils étaient hors du rang, insolents, tonitruants, en un mots bandants, tirant à la gauche de la gauche bien sûr ! Finalement, c’est toujours une histoire de vieux, pas des vieux dans leurs slips, des croulants dans leurs rêves, tous les Max, Régis, Bernard Flapi, tous les planqués, tous les reconvertis, qui ont largué leurs rêves et trahi toutes les causes, tous ceux qui « ne peuvent plus », réchauffent les vieux slogans, prônent sur leurs vieux jours toutes les panacées – le pacte écolo et le mariage homo – pour rester dans le vent, pour croire qu’ils ont encore vingt ans et que, grâce au Viagra, ils vont pouvoir se la jouer allegro con fuoco, et se le rejouer, le scénario, en sirotant leur porto, tout leur scénario, le mythe fondateur avec la montée des barricades et leurs jets de pavés. Belle érection artificielle ! Ah ! Les cons ! Les salauds ! Moi au moins, en 68, je n’avais pas rêvé, planqué au fond de la brousse, l’Afrique déjà … De toute façon, j’ai toujours préféré le bon vieux 69.
Ah ! Tu souris à présent. D’un sourire entendu.. A quoi penses-tu, mon gentil oisillon ? Fi de la politique, montre-moi ta quéquette à présent. Mais c’est mieux, Natello, dis-moi, tout à fait mieux et cent pour cent naturel ! Est-ce mon chiffre magique qui te l’a décoincée ? En fait, ce n’est pas de la mathématique, pas encore de la gymnastique (17h 30 déjà ! Il va décidément falloir attaquer cette putain de sieste), mais de la poésie. En poésie, moins on en dit, plus c’est court, plus c’est évocateur. Pas de bandaison, tout à l’économie. Connais-tu Raymond Queneau ? Zizi dans le métro ? J’adore ses définitions courtes et précises, pas un mot plus haut que l’autre. « Luxure : 1+1=69 ».C’est joli, non ? Nous y revoilà . C’est clair, incisif, pas besoin de tonnes de métaphysique.
Il n’empêche… je repense un instant à ton petit problème. T’ai-je déjà parlé de Leonardo ? Un grand ami. Les meilleurs amants deviennent parfois les plus sûrs amis. Et les meilleurs amants ne sont pas forcément les plus bandants ! La première fois que je l’ai rencontré, je m’en souviens comme si c’était hier, je ne m’étais pas tout à fait assumé, encore des marmots, une future ex etc. Je ne savais encore rien de lui, plus âgé, sans doute pédé. Il avait aimé mon tout premier livre, pas des textes érotiques, une confession très torturée, passons. Etait-il gay ? Je ne le savais, je ne le pressentais même pas : je l’espérais. Il me disait avoir aimé mon style. Bref, il m’invite à dîner, je me précipite sur mon scooter et je me souviens de ce détail piquant : roulant à tombeau ouvert sur la départementale, moi le mécréant qui avait depuis belle lurette jeté le Seigneur aux oubliettes, voilà que je me surprends à prier, pure bravade bien sûr : mon Jésus, mon bon Jésus, si vous existez, faites qu’il soit pédé ! Si vous m’accordez cette grâce insigne, je croirai en vous derechef. Bref, veni vidi vici et Jésus-Christ eut droit à un petit sursis.
Mais je ne veux pas te parler de religion (tout à l’heure peut-être entre deux pâmoisons, si nous avons le temps) mais de Leonardo. Oui, la toute première chose qu’il m’a confiée au lit – car, bien évidemment, je passai vite à la casserole et la poêlée fut savoureuse -, gêné, presque en s’excusant, ce fut : « Tu sais, chéri, je ne peux pas… je ne peux plus… mais je ressens tout, tout est pareil. Crois-moi si tu veux, c’est même plus intense. Viens, viens… » La preuve fut éclatante. Il m’a ensuite tout expliqué, quand nous fûmes rassasiés, assagis, fumant la clope du rescapé… C’est le meilleur moment, après, quand le sexe est repu, le cerveau délié. Ah ! Cette connivence, peau contre peau, la tendresse des mâles unis comme des frères. On s’était endormi l’un à l’autre soudé, épuisé, ravi, ma main posée sur son sexe bénin… on se réveille à nouveau ensemble, presque surpris. Le café chante et le doux Timothée lové dans notre tendresse ronronne d’assentiment. Le temps est suspendu, tout est réconcilié. Ah ! Nathanaël ! Pouvoir congeler ces fragments de bonheur… quand sonne l’Angélus… après une autre lutte, une nouvelle transe… juste après le spasme…le temps est suspendu, l’accord tenu et Callas telle une mère masse nos âmes moites. Nostalgie ! La vraie, pas celle de la gauche caviar, celle des amoureux. Bref, pour en revenir à Leonardo, rien à voir avec l’andropause ou la menace des ans, seulement une histoire de prostate, de cancer, de rayons assassins.
Il y a quinze jours, j’ai repensé à ce premier amour. Leonardo est poète, il vient de m’envoyer un poème intitulé « Nostalgie ». Veux-tu que je te le lise ? Tu vas voir, ce n’est pas du tout hors sujet, bien au contraire. C’est touchant et en même temps bandant ! Tiens, passe-moi le classeur bleu, là , tout près sur le guéridon et allonge-toi, c’est mieux pour savourer. Tu n’as toujours pas trop chaud ? Tu ne veux vraiment pas enlever… bon, c’est comme tu veux. Pourquoi n’y a-t-il que moi qui crève de chaud dans cette mansarde ? Tu es prêt ? Nostalgie. Elégie de Leonardo :
C’était hier... Je tenais dans ma main
Cette tige où perlait une larme laiteuse
Fleur de printemps souriante et soyeuse
Qui s’épanouissait entre mes doigts crispés
Et sa lèvre pulpeuse
Souriait aux caresses de tes cheveux moussus
Glissant tout doucement sur ma jeune toison.
C’était hier... Quand l’aurore pointait son insidieux appel
Je la laissais grandir et bientôt s’inonder
D’une tiède rosée plus douce que le miel.
O ivresse de feu
Où ma chair distendue s’enivrait des parfums
De cette rose pourpre !
Si frêle papillon qui prenait son envol
Irisé des couleurs d’une attente fébrile.
C’était hier... Dans la molle tiédeur
Du matin ou du soir
J’allais souvent cueillir d’autres fleurs aussi belles
Et j’aimais voir pleurer leur tige frémissante
Dans des vases aux corolles dilatées de désir,
Précoce floraison
Où venait s’épancher une chaude liqueur.
C’était hier... Tu aimais musarder
Sur des terres inconnues,
Nouer des écheveaux de folles mélodies,
Jouer du tambourin, de la flûte ou du luth,
Te laisser taquiner par des archets avides,
Te réfugier parfois aux replis de nos lèvres
Et toujours libérer des élans de tendresse
Quand s’ouvrait sous l’étreinte
Le portail de l’Eden.
C’était hier... Tu savais te cabrer à l’appel du désir
Et camper fièrement ta robuste élégance.
Tu sommeillais parfois, t’avouais fatiguée
Mais c’était ta façon de te jouer de moi !
C’était pour mieux bondir,
Pour palpiter de joie et danser et frémir
Et fuser dans l’extase d’un lactescent geyser !
C’était hier...
Aujourd’hui tu reposes inutile et fanée.
Fripée comme un visage qui n’a que trop vieilli.
Tu es là , sans ressort, sous ma main assoupie
Ne voulant rien savoir des chansons d’autrefois
Pauvre tige affaissée.
Oh, mon désir flétri
Tu n’es même plus capable
De pleurer !
Qu’en dis-tu, Nat, c’est touchant, non ? Je vois que tu es ému. Et en même temps, la gravité de l’auteur est tellement sensuelle. J’aime, chéri, que tu aimes sa poésie, qu’elle te touche, qu’elle te grise, qu’elle te fasse triquer. Vois-tu, tout comme le sexe, le texte se savoure, fond sous les yeux d’abord, puis dans la bouche, le plus lentement possible. Abaisser les paupières, susurrer sa prière, astiquer le texte, voyelles enjouées tissant des farandoles… un élan gracieux, quelques phonèmes, un pas de deux, une strophe musclée, une rime moelleuse… lampée d’alcool, flambée de Chartreuse. Plus c’est court, plus c’est fort. C’est ce que je préfère dans les Suites infernales de Verlaine. Tout s’imagine, tout se devine, ses mots magiques me réconcilient avec l’art, la peinture, la statuaire, Orsay, le Louvre et bien sûr le Bargello : ils sont tous là , mes grands chéris, alanguis sous la phrase, brandis par la rythmique, l’Adonis mourant, le Persée triomphant, le Mercure volant, le Bacchus ivre, mon musculeux David, mes deux David adorés, le fort et le gracile. O magie de l’Art, tous les arts, puissante conspiration. O Beauté : marbre ou papier, tu sculptes mon Désir. Heureux de moi ! Totus in benigno positus !
Allez, trêve de lyrisme, je sais que toi aussi - tu me l’as confié, un jour, sur un petit billet - tu as un faible pour le Prince des Poètes. Pour moi, je te l’avoue, dans Hombres son triomphe m’écrase, je me sens nain, moins que rien : quand sa muse violette mène la sarabande, de rage et de dépit, ma plume débande mais c’est alors mon vit qui s’émeut, proteste et prend la relève. Géniale compulsion ! Qu’importe la concurrence, bandons, mes frères, bandons en chœur, célébrons le Génie mais toujours à l’économie, comme de bien entendu, juste quelques vers ici, mes préférés, pour la bonne bouche :
Même quand tu ne bandes pas,
Ta queue encor fait mes délices
Qui pend, blanc d’or, entre tes cuisses,
Sur tes roustons, sombres appas.
Couilles de mon amant, sœurs fières
A la riche peau de chagrin
D’un brun et rose et purpurin,
Couilles farceuses et guerrières,
Et dont la gauche balle un peu,
Tout petit peu plus bas que l’autre
D’un air roublard et bon apôtre,
A quelles donc fins, nom de Dieu ?
Elle est dodue ta quéquette
Et veloutée, du pubis
Au prépuce fermant le pis,
Aux trois quarts, d’une rose crête.
Une telle beauté, franchement, ça te la coupe, Nat ! Je le vois bien, tu vacilles, et une mâle rougeur a empourpré tes joues. Pas grave, tu es encore plus beau ! Courbet, lui, n’a plus qu’à aller se rhabiller. Et toi, mon lecteur chéri, te voilà rassuré : même quand tu ne bandes pas, bien souvent par ma faute, ta queue encore fait mes délices, et aussi ton attente et ta complicité et ta voracité et même ta patience, sur l’écran plat feuillet après feuillet, quand ta touffeur intime emperle ton attente. Oui, j’aime ton attention, ta complicité, ton appétence. As-tu grand faim ? Je vois qu’à l’idée d’appétence, tu frétilles soudain. Un petit quatre heures, ça te dirait ? Même s’il est déjà tard. Voilà la bonne idée ! Qu’en dis-tu ? Si, avant la sieste, nous commencions par quelques amuse-gueule ? Verlaine m’a ouvert l’appétit : l’ami Paul en personne a choisi le menu, plutôt la carte : deux spécialités. Laquelle voudras-tu ? Les deux j’espère. En tout cas, je constate, Nat, que l’appétit est revenu !
Tu bandes ! C’est ce que voulaient
Ma bouche et mon cul : choisis, maître
Une simple douce, peut-être ?
C’est ce que mes doigts voulaient !
Bon, nous y voilà . Quelle heure ? Bientôt dix sept heures trente ? Il n’y a pas d’heure pour se sustenter, qu’en dis-tu ? Voici les ingrédients pour notre collation : sirop d’érable et graisse d’oie. Sucré ou salé ? Recto ou verso ? Et si nous commencions par la confiserie ? Miam miam, prestissimo, me voici déjà à tes genoux… tiens-toi droit, amigo, redresse-toi et laisse moi faire, j’ai toujours eu un faible pour les anguilles sucrées. Tous les fruits de mer, sauf la moule de Courbet ! Mais surtout les desserts et le sirop d’érable, tellement onctueux. Sur le zob, c’est mieux que le miel, beaucoup plus émollient et si riche en calories, très nourrissant. Depuis mon tout premier recueil, j’ai adopté cette nouvelle recette. J’aime quand la sève s’égoutte au bout de la godille, oui, j’adore, mon Natchid, laisse-moi savourer : que c’est bon, comme c’est doux, tes deux burnes juteuses allant et venant d’une bajoue à l’autre. Je sens, bel acadien, je sens dans la fournaise ton gland acidulé, ta nouille au sirop, ni trop crue ni trop cuite, exactement comme je la préfère, al dente. Hum, ma bouche est pure élasticité, plaisir fondant. Non, non, por favor, Natchid, ne bande pas. Je n’aime pas trop les sucres d’orge, tu le sais, je préfère les chamallow, les couilles au caramel, les douceâtres guimauves à la sève d’érable. Et toi, qu’en dis-tu ? Tu savoures ? Tu ne commentes pas, tu ronronnes. Tu as raison, chacun à son affaire. C’est chaud, n’est-ce pas ? Brûlant même ? Tiens, passe-moi le pot que j’en reverse un brin sur ton gland rubicond. Laisse-moi t’entailler le pain de sucre pour faire sourdre la sève, toi, ma douce, mon émolliente, Notre-Dame-des-Erables qu’on vénère là -bas. Quel suc ! Quelle dégustation ! Jusqu’au fond du gosier tes gros bonbons juteux, ton petit pain doré et ma langue s’affole, touille et trifouille, se perd un peu dans toute cette ratatouille. C’est la salade que je préfère, pas les légumes, la salade de fruits jolis jolis, tous les fruits au sirop, les fruits rouges s’entend, fraise, framboise, cerise, et surtout le litchi, dur et tendre à la fois, j’aime le décalotter, ouvrir sa chair blanche pour en presser le jus, oui, oui… encore, Natchid, encore… laisse-moi te bouffer, que nenni, te déguster tout cru… Oui, c’est cela… très lentement… plaisir fondant, tous les fruits de l’été, gorgés de soleil, pourvu qu’ils aient ce beau ton incarnat et ce parfum sucré… ah ! ce nectar, laisse-les moi, luisants, charnus… laisse-moi prendre tout mon temps, humer et malaxer, muchas gracias, agrippé à ton beau cul bombé… mais chéri, si tu t’agites trop, je vais finir par le griffer ! … oh ! t’avaler, me goinfrer, étouffer de bonheur… oui, oui… agite-toi à présent, secoue le cerisier pour que pleuvent les baies… oh ! tes burlats vermeils enrobés de sirop…tous les fruits du verger, tous, surtout les purpurins qui se marient si bien avec l’ambre du miel. Nectar du Canada ! Don de l’arbre magique ! Noble tradition des Amérindiens ! Gloire soit au Québec ! Gloire soit aussi à tous les Enculés du Nouveau Monde et aussi de l’Ancien ! Qu’en dis-tu, Nat ? Et si à présent l’on changeait de menu ? Oui, oui, j’en veux, retourne-toi, cale-toi sur la table, passe-moi, là , sur l’étagère, un peu de confit d’oie. Hume plutôt, du soleil en pot ! Penche-toi, détends-toi et laisse-moi préparer la recette… mais d’abord une pause.
Encore quelques chiffres, avant le second round. Je te les ai annoncés, baby, j’ai promis de juguler mon lyrisme de pacotille. On a parlé de Leonardo, de bandaison, de mensurations. Voici, en guise d’entracte, sans commentaires, des chiffres bruts. Qu’est-ce qu’une grande queue ? Qu’est-ce qu’une petite queue ? Voici mes chiffres et mes statistiques, indiscutables et peut-être rassurants. Tout le reste est pur fantasme ou orgueil mal placé. Longueur moyenne du pénis au repos : 11,4 cm pour un diamètre de 3 cm. Longueur moyenne du pénis en érection : 16 cm pour 10 cm de circonférence (avec une longueur absolue – scientifiquement mesurée – de 36 cm). Ceci écrit, noir sur blanc, passez votre chemin, bougres d’obsédés, il y a rien à voir. Ce qui compte, ce n’est pas la mathématique, mais l’esthétique, et la vitalité, évidemment ! À la rigueur, pour plus de précisions, voire quelques constatations de visu, tu peux consulter, cher lecteur dubitatif, – c’est sans doute déjà fait – mon site porno préféré http://mecsnus.allmyblog.com/index.php. Mais le mieux est encore de lire la suite car rien ne vaut les mots ! Es-tu prêt ? Plutôt rassuré ? En tout cas, décontracté et c’est très bien ainsi.
D’après ce que je vois, mes mensurations ne t’on pas coupé l’appétit ! Paré pour la deuxième manche, Nat, la fameuse enculade au confit ? Allonge-toi sur la table, fais-moi une petite place, décontractes-toit et régalons-nous ! Oui, je veux céans t’empapaouter le troufinion. Viens, mon mignon, allons-voir si la rose est éclose. Elle est si belle ta corolle violette, si douce à mon index ta bractée juvénile, si tendrement offerte, palpitante sous la caresse. Mon dard veut la forer jusqu’au fond du calice. Sésame, ouvre-toi, et accueille cette graisse onctueuse. Ce n’est pas un gésier que je veux gaver, tu le sais bien, tu apprécies ma carte, et, de convoitise, déjà tu t’écarquilles. Plus de pudeur, plus aucune retenue. Empalé sur tes reins, j’en oublie mes bonnes manières. Mon groin fore et explore la grasse truffière. La lisière en est chaude et poivrée. Avides, mes dents broutent le lichen, s’en repaissent tandis que langue et nez s’associent à la quête du diamant noir.
Ah ! L’odeur entêtante de la glèbe périgourdine. Ah ! La saveur de la pine au foie gras qui explore et vrille et fond dans le nectar. Détends-toi, mon tendre maître queux, laisse-moi écarter tes collines rebondies, élargir de mon trépan huilé ton bel orifice couleur de figue fraîche. Là , dans cet entonnoir, j’ai versé le reste du confit et… Laisse-moi te décrire, puisque tu ne peux voir, juste ressentir. Cette recette magique vient de mon oncle, quelque part du côté de Pessac : j’ai versé tout le reste du pot, malaxé la graisse d’oie et, tandis que ma queue gourmande bourre le nid d’amour, le jus chuinte sous mes bigarreaux huileux. Des éclaboussures mordorées à l’aine. Partout des bulles irisées sous les poils. Un gargouillis de senteurs du Sud-ouest. Et tant d’autres saveurs me reviennent, se conjuguent, la recette de Rachid, les fragrances de garrigue dans le val de ses cuisses.
T’en souviens-tu, lecteur ? Forcément, Rachid, c’est toi. Notre pacte ! Tu gueulais, tu te tortillais sur la toile cirée, tu en redemandais… Et tandis que ton paf encore à jeun cognait d’impatience contre le tiroir, je mordillais ta nuque mouillée, ta belle nuque de petit beur toute trempée de sueur. Sous mes lèvres agacées, tes boucles de jais, ta peau âcre, ton cou si nerveux sous mes morsures. Et la magie opérait, la mayonnaise prenait. Tout est dans le geste puissant et régulier. Et dans un subtil dosage : tomate ou confit, peu importe, pistou et aïoli, tout se mélange ; tout peut s’harmoniser dans le sud de la France. En gastronomie, point de concurrence. Un seul dogme : marier les arômes, pimenter les saveurs. Suivre son instinct, utiliser des produits nobles, fraîcheur et parfaite traçabilité. Et respecter le temps de cuisson. Tout le reste est affaire de coup de reins et de première pression à chaud. Oh ! Qui chantera l’art du Provençal farcissant avec malice et barigoulant avec doigté, lui qui sait relever d’une bouillabaise borgne, avec des couilles pochées, le tendre paquet de tripes d’agnelet flanqué de son pied, gavage onctueux, généreux, toujours jovial, mouillé d’un bouillon aromatique et impérativement d’un cinsault ou d’un tibouren. Quels fastueux cépages ! De quoi voir la vie en rosé et la vider jusqu’Eulalie ! Et tandis que tu ouiouilles, Natchid, tandis que mon bas-ventre en feu fond rythmiquement dans le chaudron, mon braquemart vigoureux brasse avec énergie le ragoût, ma spatule larde, embroche, touille… Pas question que la sauce tourne. La recette est subtile : pour une parfaite osmose entre le Sud-Ouest et la riche Provence le temps de cuisson doit être scrupuleusement respecté : douze minutes. Pas une de plus. Et jamais à l’étuvée, surtout pas, toujours à la poêle. Ensuite, servir très chaud sur l’échine dorée en tournedos : quatre à cinq giclées de purée tiède puis, hors du feu, en embrochant toujours énergiquement, une ultime poêlée avec crachouillis de marmelade au basilic.
Bon appétit !
Extrait des Oraisons jaculatoires©
manuscrit original de Michel Bellin
mis en ligne sur son Blog du 10 janvier au 28 février 2009.
Reproduction licite et encouragée par l’auteur
(Ã condition de citer ses sources :nom de l'auteur et adresse de son site.)
À SUIVRE
Commentaires
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