LES ORAISONS JACULATOIRES (3ème chapitre)
Par Michel Bellin, samedi 24 janvier 2009 à 07:43 :: General :: #585 :: rss
(Fantasia para la siesta)
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin « Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin « Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
AUX BOUFFES PARISIENS
(troisième épisode)
La sieste donc. Pas le repos méridional, entre deux pétanques. Non, c’est entendu, la sieste crapuleuse. Nous choisirons la chambre tout là-haut, sous la mansarde. Tu veux bien, Nat ? Heureux de me retrouver devant l’écran pour notre 3ème épisode ? Moi oui, n’en doute pas, petit pigeon. Je suis déjà étendu dans le nid où tu dois me rejoindre. C’est samedi. La ville est assoupie. Une journée aoûtienne. Tant pis pour la vraisemblance puisqu’on est en janvier et que c’est le plus mauvais mois : on se gèle les orteils jusqu’aux testicules qui rétrécissent à vue d’œil. Donc, c’est décidé, puisqu’un auteur a tous les pouvoirs, nous sommes en août et il fait même très lourd. Maudite canicule ! Je n’ai gardé qu’un mignon caleçon (Vichy rose, à mon âge c’est un peu ridicule mais j’y respire à l’aise, bien mieux que chez Calvin). Je me sens en forme, relax, tout à mon aise et ma serviette fraîche…
Tiens, à propos de serviette, je ne t’ai pas encore raconté, Nat ? Oh ! Il le faut, ce fut un grand émoi. Un spectacle sublime. Me permets-tu cette courte digression ? Je sais, je sais, tu montes l’escalier, tu vas bientôt frapper. Juste un intermède théâtral, très court, c’est promis. En fait, je l’avais omis dans mon introduction, mon nouveau livre en ligne – pas plus que ma vie – ne sera rectiligne. Ennui ! Convention ! Au contraire, ça et là, des pauses. Ici une parenthèse mathématique (elle fut même conséquente, on l’a vu samedi dernier, et ce n’est rien par rapport à mon enquête himalayenne), là un interlude gastronomique, plus loin une respiration poétique ; quelques vers, quelques rimes, quelques pâles corolles dans le champ de la prose, on respire tout de suite mieux, on s’oxygène ! Merde, on prend son temps, on n’est pas pressé ! Avant de flasher, commençons par flâner. Bien sûr, tu montes déjà l’escalier, je sais, tu brûles de faire la sieste, avec moi je sais aussi, mais quand on baise, on ne pointe pas ! Madame la Vertu ne rentre qu’à six heures, je te l’ai déjà dit. Nous avons tout le temps. Alors, ralentis, attends pour dégainer et courons au théâtre.
Oui, à propos de scène, c’est là où je voulais en venir… Très récemment, j’allai aux Bouffes Parisiens. Tu connais ? C’est un charmant théâtre tout près de l’Opéra ; Marthe Mercadier, ce mardi soir, y fut étourdissante (se produisait aussi un jeune guitariste du « Caravan Quartet » lui donnant la réplique, je ne t’en dis pas plus, sa bouche, sa fossette, ses dix doigts électriques…). Bref, pour dire vrai, ce n’est pas la comédienne qui m’avait appâté… Juste une affiche dans le métro. Une pub vue et revue, caressée du regard. Il m’attendait à chaque station. Qui « il » ? j’y viens, ne sois pas impatient. Crois-tu que je n’ai pas aperçu au centre de l’écran tes yeux qui étincellent ? Quel pédé tu fais ! Bref, un mec, un black, demi-nu, négligemment assis au milieu de l’affiche, un peignoir neigeux soulignant le galbe de sa cuisse (le même que le mien, avec un liseré bleu nuit, tu sais, Nat, la serviette posée sur mon ventre, tu t’en souviens. C’est ce tissu qui m’a fait dériver… Ah ! les soldes de Descamps, les soldes mirifiques, la ligne Voile en liberté je ne t’en dis pas plus, cours-y, chéri !). Bref, un acteur impérial. Autour de lui, aimantées, des femelles frétillantes. Tu vas comprendre, patience…
« Folles de son corps », c’est le titre du vaudeville. Rien à voir avec le Club Nul – je veux parler du Club Med – non, l’histoire se passe dans une maison de retraite du Midi de la France. Marie-Ange est le nouveau kiné censé redonner vitalité et vigueur à toutes les pensionnaires. Ah ! La vigueur… dès que je LE vis, je rougis, je pâlis, je bandai à sa vue. Passons. Tu connais mon talent pour le traitement de sexe ! Accroche-toi, Nat, je te décris la scène : je suis au quatrième rang, en plein milieu, les yeux exorbités et soudain IL paraît : un élan, un flamboiement, sourire de neige, cul sculptural, présence phénoménale et 1,95m sous les spots, ce n’est pas rien (entrevois le gourdin !). J’en fus raide et transi et je tombai jaloux du quatrième âge. Les vieilles chipies ! Convoiter mon athlète ! J’imaginais déjà dans les loges exiguës le rut des comédiennes, leurs attouchements et tous les bons prétextes pour assiéger le fauve, un avis, un conseil, un corsage à lacer, une crampe à détendre… Oui, un fauve. Il arpentait la scène, vêtu de blanc (évidemment, pas conne la costumière !), faisant ses griffes sur mon imaginaire.
J’étais en nage et même vaguement agacé. Car, depuis son entrée en scène, une idée fixe me préoccupait : où donc avais-je vu ce mec ? Ce corps ne trompe pas, me tarabustais-je, me voilà bel et bien en terrain connu : l’enclume d’un tel torse, ça ne peut s’oublier, ni les perles du rire, l’ample chute des reins, le renflement d’airain moulé par le coton. Putain, c’est qui ce zig ? Funeste agacement : comme on a par l’oubli un mot sur le bout de la langue, j’avais – songeant à lui – dans mes pognes deux mangues, lourdes, épaisses, compactes, d’une fraîcheur incroyable. Qui était mon primeur ? Où avais-je fait mon marché la toute première fois ? Je cherchais le label, il me fallait son nom…
Lorsque soudain (pas con le metteur en scène !) - mais le rôle l’exigeait – le comédien sort de la salle de sport, descend l’escalier (superbe décor sur deux niveaux, vraiment pas con le décorateur !) Je sais, je sais, toi tu montes l’escalier en mouillant, mais patiente, diantre, un peu de Culture tout de même, nous sommes aux Bouffes Parisiens, ce n’est pas rien, ta sieste peut attendre !), donc le fauve, lui, en riant descend l’escalier, sweet étincelant et sourire de neige, salue Blanche ébaubie ( si, si, je t’assure, ce n’est pas encore un de mes jeux de mots vaseux, la Mercadier joue le rôle de Blanche, tu me suis, noir et blanche, black and white, vraiment pas con l’auteur)… bref, il ouvre son sac de sport – normal que le kiné se change avant de quitter ses vieux –, se redresse, dénude son torse altier, retire ses baskets, abaisse l’élastique… Frisson dans la salle. Je sens ma glotte saillir et mon gosier sécher… saperlipopette, l’acteur se tient de dos et a gardé son string (vraiment très con ce metteur en scène) ! Et pourtant, l’espace d’un instant, un glorieux instant, j’ai vu, de mes yeux vu, pas tout, mais vu quand même, le bel envers du Monde : les deux noires mappemondes, à peine séparées par le lacet du string… Je me pâme, je frissonne, je déglutis un peu trop bruyamment (ma voisine de gauche me foudroie du regard car j’ai, en frissonnant, pressé son escarpin) et, dans mon caleçon, mon blanc coursier se cabre. Te rends-tu compte, miracle de la Scène, phénomène des Planches, là, à moins de dix mètres, Nathanaël, aussi vrai que je t’écris, elle explose à mon nez, la calebasse d’ébène, se trémousse, rebondit en cadence, a ce frisson nerveux qui parcourt les pouliches… trop tard, mein Gott, le cul a disparu dans le survêtement. Je suis anéanti. Mais, du coup, cette brève vision éveille ma mémoire : mais c’est, bon sang, mais c’est bien sûr… ce cul, ce cul en or… c’est Isidore ! Allô ? Nat ? Toujours dans l’escalier ? Merde, mon ordinateur vient de se planter, il va me falloir bidouiller, je vais débandouiller, damned !
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Tu es toujours là ? Excuse-moi, petit problème technique, je puis à nouveau t’écrire. Rien de grave, rassure-toi. Je te dois néanmoins une petite explication technique, histoire de se refiler des tuyaux, de partager son expérience. T’y connais-tu en informatique ? Et toute la panoplie : spam, alertes, vers, chevaux de Troie, rhinos de Tanzanie et tutti quanti ? C’est la jungle, c’est l’enfer. Moi, je stresse (poil aux… c’est quand même super un popotin de jais, mais glabre je préfère !). Les pannes informatiques, c’est la transe, le malaise, je me ronge les ongles, et les sangs et les seins. J’ai alors l’impression que toute la terre m’en veut, que jamais je ne pourrai terminer ce nouveau texte.
En fait, ma plus grosse alerte date de cinq ou six ans. A l’époque – c’était le temps des vaches maigres, pas encore fofolles les meuh meuh mais vraiment squelettiques - je faisais des piges pour une revue cochonne, plus que cochonne, vraiment porcine. Et ces pervers, comme si mon texte enluminé d’images poétiques et de figures de style n’était pas à la hauteur des bêtes fantasmatiques, je veux parler du lectorat analphabite (dont l’adolescent boutonneux qui, dans les chiottes, n’y arrive pas), bref, ils en rajoutaient, ils ajoutaient ça et là des images saturées, redondantes, exaspérantes : teubs vermillonnes, trous de cul fripés, couilles surexposées. Vulgarité insigne ! Inutile apparat ! L’horreur. La honte rétrospective me fait dresser les tifs et sécher le calecif. Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché… mais je n’avais pas en ce temps-là (à la messe on disait : in illo tempore), je n’avais pas, dis-je, de quoi bouffer. Alors, comprends-moi, Nat, une petite nouvelle un peu hot, ça ne se refuse pas. Bref, c’était mes tout premiers textes érotiques et forcément, je démarrais au quart de tour. Je veux dire – soyons concret puisque le corps n’a rien à foutre des allégories – je déchargeais illico presto. Tout naturellement puisque, dixit Barthes (qui est mon idole même si sa préface de Tricks n’est pas inoubliable) : « Ecrire n’est pas seulement une activité technique, c’est aussi une pratique corporelle de jouissance. » Pardi, sacré Roland ! Aussi branleur que farceur !
Bref, quand j’écris des essais théologiques, déjà je bande. A fortiori quand, sur mon tout nouveau Microsoft – Microhard devrais-je écrire - je tape et tapais naguère, toujours avec deux doigts, mes toutes premières épîtres pornographiques. Nota bene : à l’époque, comme je n’étais pas encore tout à fait libéré, j’appelais mes déjections géni(t)ales mes « sensuelles esquisses » (poil à… non, surtout pas, j’aime la cuisse lisse, glabre, exclusivement. Ah ! Les fûts d’Isidore, j’y reviens, Nat, ne me les brise pas et dans ton escalier freine un peu le pas). Où en étais-je ? Oui, ça me revient, je devais à l’époque écrire un de mes premiers textes sublimes : « Queue de béton » ou « Le fion du troufion », peu importe. Je reviens à ma panne légendaire : au beau milieu d’un paragraphe, au moment précis où Jean-Cul, pardon, Jean-Luc enserre Jean, excuse, le sergent, bref, Luc encule le sergent Jean… merde, je m’embrouille toujours dans ces cas-là (c’est con la sodomie, alors que le frottement solitaire ou solidaire c’est si simple, si gentil, gouzi gouzi), bref, je ne peux plus me retenir, la main crispée sur la souris, je fuse… directement sur l’écran qui fume et qui crépite (crème à la…). Du coup, tout le système disjoncte, la panne grave.
Je reste sidéré, les doigts en l’air, le moniteur éteint, avec quelques coulées qui empoissent le clavier. Braguette béante, queue pantelante, j’essaie vainement Ctrl + Alt + Suppr. Rien. Me voilà planté. Je réessaie. J’y mets de la ferveur. Toujours rien. Comme autrefois, durant les litanies. Nous faisions le tour du potager du petit séminaire, le jour des rogations, et nous beuglions : « Ora pro nobis, ora pro nobis, ora pro nobis… » La pluie ne tombait toujours pas. Dieu était sourd. Déjà. Alors, pour nous venger, nous maraudions les poires des bons Pères en crachant des blasphèmes. Aujourd’hui, Dieu merci, je ne crois plus en Lui, ni à aux prières, pas plus qu’à Microsoft, je ne crois plus en rien, sauf en moi-même. C’est déjà pas mal et suffisant pour m’en sortir. Et je n’aime plus les poires, sauf le tendre William que j’enfilais souvent, l’espace d’un été.
Ici un souvenir – parenthèse dans la parenthèse, mais c’est plus fort que moi, sorry - hommage appuyé à la placide Albion. Je ne te dis pas l’accueil de mon correspondant, sa prévenance, ses amabilités ! Plus qu’hospitalier, vraiment entreprenant le fair-play britannique : une rosette d’à peine quinze ans d’âge, parfumée, toujours nette, mollette à souhait, si exquise, si sensible. Un sourire moelleux auréolé d’un blond duvet. A écrire ces mots, je revis l’accostage : à peine ai-je écarté les monticules sous le kilt retroussé, à peine ai-je agacé de la langue l’échalote tapie… le cul blême de frémir et de faire des avances ! Beautiful ! La rondelle flattée réagit aussitôt, aussitôt se dilate, s’entrouvre par saccades, me lance des clins d’œil, aspire l’air goulûment comme au fond du chalut le rouget asphyxié. « Vite, vite, je suffoque - semble ahaner l’insulaire orifice - mets le cap, souque ferme, bourre-moi, please, attaque, éperonne, rejoue-moi Trafalgar ! » Oh oui, dear William, notre entente cordiale, c’est bien à Merloes Sand que nous l’avons conclue. Seuls au monde, fouettés par l’Atlantique. À part ton cul béant et ma bite béate, rien d’autre n’existait plus, ni thé, ni télé ni Assimil ni l’Europe balbutiante pas même Let it be ! Ni l’informatique encore dans les limbes. Remember ! Et retour à mon bugg légendaire.
Ce jour-là, sitôt introduit dans le fichier, point ne pus m’en sortir, du moins pas tout seul. J’étais paniqué, vaguement mortifié devant l’écran boudeur. Je me sentais honteux et même très lâche lorsque, à contre cœur, je cliquai « Fin de tâche ». J’étais vraiment mal (quoiqueue, noterait le génial Dustan pour la 1204ème fois). Il me fallut donc - comme le pigeon de la farce qui dut dîner, dit-on, du dos dodu d’un dodu dindon - processionner chez mon réparateur et picorer de l’aide… En fait, l’ai-je déjà dit ? J’aime bien les histoires d’animaux, surtout les vaches, ça m’émeut (cf. supra). J’aime bien aussi les têtards, presque aussi agiles que les spermatozoïdes autopropulseurs (même si je déteste les rainettes cf. infra). Elle est tellement touchante l’histoire de ce petit têtard qui croyait qu’il était tôt mais en fait il était tard et… excuse-moi, Nat, je m’égare. Oui, où en étais-je, juste après Isidore, enfin je veux dire Marie-Ange, à propos de ma serviette … La panne, bon dieu, la panne informatique.
Bref, chez le réparateur, je jouai franc jeu car la copie pressait : j’avouai tout d’un coup, l’enculage militaire, le malaise de l’auteur, son inspiration qui avait viré à la congestion après qu’il se fût emmêlé les pédales à cause d’un prénom double etc.… bref, l’accident stupide. Mon vendeur fut très compréhensif mais catégorique : ne jamais dégorger le poireau sur un écran, surtout plasma. Les composantes sont très sensibles et le sperme, très alcalin comme chacun sait, peut faire tout disjoncter. Dont acte. La réparation fut rapide, pas trop coûteuse (environ 250 F, sans arrhes, à l’heureuse époque, avant l’euro, où dépanner était un art et où les clients n’étaient pas les reines des poires). Heureusement, aujourd’hui, je suis paré pour ce genre de panne. J’ai installé un super logiciel et j’utilise en permanence l’ADSL. Pas le système Roudoudoo®, non, un système nippon. Je suis directement connecté à Tokyo car les futés asiatiques ont mis sur le marché un ADSL très particulier (en fait, les jaunes, qu’on croit très froids, sont très chauds, rient noir, ont le jonc nerveux et le soja juteux). Bref, leur ADSL – Auxiliaire Digital Sperm Lightning – est très performant. En fait, ce sont des micro-capteurs incorporés à l’écran et au mulot (avec un souriceau sans fil, j’ai vérifié, ça marche encore mieux). Car les techniciens du Soleil Levant ont bien enregistré que, lorsque l’homme est excité, pas l’homme générique, évidemment, l’homme, le mâle, sans majuscule (vir, viri en latin, pas homo. C’est donc, pour nous autres gay, à y perdre notre latin, non ?), bref, lorsque l’homme – hétéro ou homo – bande maxi (les nanas ne sont donc pas concernées par ce matériel hight-tech), lorsque le mâle est dans sa phase préorgasmique, l’ocytocine irrigue toutes les terminaisons nerveuses de la peau, singulièrement celles des doigts et aussi celle de… Et comme le continuum de comportement approche-fuite, qui constitue après stimulus la version motrice du continuum affectif plaisir-aversion… mais tu bâilles, mon lecteur ? Si je t’emmerde, dis-le tout de suite ! J’essaie juste de t’expliquer en quoi les microcapteurs nippons sont performants pour déclencher l’alerte.
Ok, j’abrège, puisque les statistiques sont au programme de ce 3ème chapitre, quelques chiffres (je te chanterai très bientôt mon hymne aux chiffres, à mon 69 préféré), quelques résultats qui vont t’épater : sais-tu le nombre de combinaisons nerveuses présentes dans la pulpe des doigts ? Là, je suis très sérieux, diplôme oblige : 2300/cm2. Deux mille trois cents capteurs au centimètre carré. D’où la sensibilité extrême des doigts, d’où l’importance capitale des massages, d’où l’extrême sensibilité de la… là où précisément la peau s’étire et s’allonge. CQFD. Tiens, encore un détail, une expérience faite par Tiffany Field à l’Institut de Recherche sur le Toucher (Miami). Après avoir massé de jeunes rats (pas de l’Opéra, mais de labo, honni soit qui mâle y pense), les chercheurs ont ensuite trempé leur queue dans de l’eau très chaude. Ils se sont alors aperçus que les ramassés, pardon, les rats massés résistaient beaucoup plus longtemps à la douloureuses sensation de la chaleur que les rats qui n’avaient pas été massés, seulement ramassés et empilés dans des cellules exiguës sans air ni lumière ni télé après avoir été lâchement séduits et abandonnés. Surtout les rates de Cochin qui, à la différence des cochons d’Inde ou des cochenilles de Mazamet, on le sait désormais (Sciences et Avenir, n°42, juin 1998), ont le foie fragile, surtout quand il se dilate. Bref, si la queue des rats massés, irriguée par l’ocytocine, dilatée par des pressions thérapeutiques, est le meilleur antidote à la canicule, imagine ce que peut produire la queue des gays en chaleur… et ce que ne peuvent plus faire les nouilles des pauvres nonagénaires, malgré les tentatives de Meuh-Meuh Roselyne pour boucher le trou de la Sécu en dilatant l’air comprimé, je veux dire, l’air conditionné dans tous les gagatorium de France et de Navarre (et aussi dans les Départements d’Outre-mer où les gens ont encore plus chaud). Bref, je résume : primo, l’ocytocine est l’hormone du plaisir. Secundo, pour survivre au chaud vivons massés et ramassés (d’où la sentence évangélique : « Massez-vous les uns les autres comme Dieu ne vous a jamais massés et vous laisse toujours choir dans votre solitude de merde » Matthieu chapitre 14, verset 9). Tertio, pour vivre heureux, vivons couchés (« La sieste ! La sieste ! La sieste ! À bas les 35 heures! 25 ! 25 ! 25 ! Sarko au dodo ! Fillon roupillon ! » ). Quarto, si nous sommes, nous auteurs ou autres tripoteurs de claviers de précoces éjaculateurs, utilisons l’ADSL et le Norton AntiBitus 2009. Ouf ! Je n’en peux plus, je vais aller m’étendre et dans mon plumard impatiemment t’attendre.
La sieste, ouais, finissons-en, c’est d’accord, c’est tout de suite mais ne laissons pas en rade Isidore. C’est un sujet que je ne peux éluder. Affaire de compulsion. Oui, tu me disais, juste avant mon bugg, que ce prénom ne te rappelait rien. Vraiment rien ? Marie-Ange… enfin je veux dire Isidore à qui me fit songer le Marie-Ange du théâtre, simplement par la ligne de sa cuisse (et même des deux), le galbe de ses hanches et, évidemment, le point de fuite. Laisse-moi titiller ta perplexité de cancre amnésique. La croupe en or ? Le cul rebondi ? Franchement, Nathanaël, tu me déçois. Tu sais bien, rappelle-toi, cette nouvelle que j’écrivis naguère aux Editions H&O. Précision ici sous forme de scoop : enfin quelqu’un se dévoue pour lever le voile sur les fameux bijoux biterrois reliés par la coquine esperluette – les initiales les plus mystérieuses et les plus célèbres de l’Edition gay francophone, j’ai nommé les éditions H&O comme Honcho & 0rgasmo). Je reprends : dans cette sobre susdite édition, il s’agissait d’un récit écolo à Paris, sur la rive droite, dans la mangrove moite… mon fleuriste, quoi ! Tu ne t’en souviens pas ? Fais un effort. Le génie des serres d’Auteuil ? Son anthurium géant ? Je vais te rafraîchir la mémoire (décidément, il fait trop chaud sous cette soupente, je vais être forcé d’aller prendre une douche avant de faire la sieste)…
Petite parenthèse ici, pour désamorcer la critique malveillante : j’adore me citer. Ça donne du piment à ma conversation. D’ailleurs, quand on est auteur, c’est légitime, pratique et guilleret, pas besoin de guillemets. On cultive son jardinet, on cueille et on recycle, on plante et replante ses mots, on bouture son style, on repique ses rimes. Tu vois, Nat, ce qui m’avait plu chez mon fleuriste (en fait, on s’est très peu revus après, dommage), c’est sa mise en scène. Lui aussi, comme nous deux dans quelques petits instants, il badinait, il s’autocélébrait, il en rajoutait, il savait moduler la gradation pour mieux faire mûrir la congestion. Déjà qu’Isidore a d’énormes roustons ! Bref, pas étonnant qu’il soit doué pour le théâtre puisque c’est le même homme en fait, fleuriste le jour et théâtreux la nuit !
Isidore m’accueille donc en tablier (page 24 et suivantes) puis en boubou, puis en slip kangourou, puis... Souviens-toi, Nat ! A taka nongo, ita ti m’bi. Le breuvage de l’amour, mon Frère ! Je le revois, et en l’imaginant, c’est toi que je ranime, lecteur docile. Nathanaël est nègre, et alors ? C’est bien plus fort. Désormais, tu es black. Pas d’objection ? Approche, Natou, approche. Plus que deux étages. Déjà, je te devine. Dans la cage d’escalier, ton ample pagne flamboie et, tandis que tu montes, d’une marche à l’autre, d’une cuisse à l’autre, le trop lâche tissu ploie sous le fardeau. Et tu tardes, à ton tour. Tu te venges. Exprès, mon gamin, tu me fais languir, alléguant l’indolence de tes frères de race, là-bas au Burkina. Tu plaisantes, ou quoi ? Une plante croît lentement, dis-tu, toi le fleuriste expert. Rien à foutre des plantes et de ton Anthurium, fût-il Phalloïdum. Fi du végétal, je veux de l’animal. Tu n’as donc rien compris, Natou de Ouagadougou ? C’est la bitanique que tu dois m’enseigner ! Plus que de plantes exotiques, c’est ton corps que j’exige. C’est ta peau qu’il me faut, sa chaleur, sa texture, la plantation entière, la gamme infinie de toutes les espèces en voie d’apparition : les nervures de ton derme, la roseur de tes paumes, les palmes de tes longs doigts, la mousse de ton ventre et de ton chef crépu, le balafon de ton échine, les ondulations de ton cul, les calebasses de tes fesses, l’œillet pâle de ton fion, le pétiole de ton zob, le fût du baobab, le litchi de ton gland, les mangues de tes bourses, la sève opalescente de ton foutre nubien… et tes bras immenses, de puissantes ramures qui m’enserrent à m’étouffer et me bercent comme un frangin. Viens, Natou, viens dormir près de moi. Envie de faire un somme à l’ombre de ton corps. Tout contre mon flanc pâle, ô mon grand black, mon sémaphore, mon réconfort, ma sombre amphore, mon beau Natou en or…Qu’as-tu donc, amigo, à me faire languir, à piétiner devant ma porte, à jouer au timide, ô mon frère des savanes, a taka nongo tant que tu veux mais presto prestissimo !
Entre donc, la porte n’est pas fermée, d’un clic tourne la page. [Le personnage entre en scène. La vingtaine. Allure jeune et décontractée. Jean et T-shirt. Il semble intimidé.] Tu vois, Nat, je t’attendais, alangui sur le lit. Approche ! N’aie pas peur ! La grande forme ? Mets-toi à l’aise, il fait vraiment très chaud ici. Cette touffeur me rend folle : dans ce putain de XVI°, pour 300€ les huit M2, dès que tu veux voir la Tour Eiffel, c’est la tour infernale. Et même sans la canicule, dès janvier, l’on est carbonisé. Déjà qu’on n’a pas d’ascenseur. Encore heureux qu’elles nous mettent l’eau potable (une douche escamotable). Ras-le-bol de ces bourgeoises ! Toutes des exploiteuses ! Des grenouilles de bénitier. Je hais les cuisses batraciennes tout autant d’ailleurs que les yeux frits des rentiers-buffles ! Il n’empêche, je l’avoue, mon 16ème est très émouvant : chaque matin, lorsque Paris s’éveille (un peu plus tard en fait), à l’heure où des cohortes d’enfants sages défilent rue d’Auteuil en tenue bleu marine, je m’émerveille du zèle des concierges (pardon, des gardiennes), placides, fidèles aux portes, astiquant au Miror plaques et poignées tandis que de vaillantes nounous africaines assiègent mon bureau de poste en manœuvrant à forts éclats de rire leurs landaus à trois places. Ceci dit, mesdames (je m’adresse aux proprios, souvent décaties et ripolinées), vos loyers sont prohibitifs. Trop, c’est trop ! Exploitation. Lutte des classes. Egalité. Tous derrière ma pancarte : vive l’I.V.V. ! l’I.V.V. ! l’I.V.V. ! Mais non, Nat, rassure-toi, je ne suis pas inconditionnellement pour l’Interruption Volontaire de Vieillesse. Pas plus que je suis misogyne, c’est juste pour me marrer de peur d’en chialer. C’est vrai, après tout, déjà des peaux de meufs, mais de vieilles peaux, des peaux de bourgeoises radines, de très vieilles peaux qui puent, peaux puent, popupapopointu ! Mieux vaut en rire et préférer la jeunesse sans le sou, les mignons qui n’ont pour toute richesse que leur primeur et leur gentillesse. Veux-tu faire le gentil, Nathanaël ?
Viens donc près de moi, viens, même s’il fait trop chaud. C’est toi, mon oasis. J’aime les jeunes peaux fraîches, lisses, parfumées. Approche, frangin, poste-toi au pied du lit, que je te voie si grand, si svelte, avec ton air timide qui décuple ton port. Ah ! Ah ! Je vois que tu as déjà ôté ton survêtement blanc, tu as raison, il fait si chaud céans… approche, approche encore. J’aime ton marcel qui galbe si bien ton torse, si seyant, si, si, je ne plaisante pas. Et tes têtus tétons qui pointent sous le coton, tes épaules mordorées et la touffe discrète qui ombre tes aisselles. Aimes-tu ces menus bourgeons ? Tu t’en occupes bien, j’espère. Ce n’est pas pure décoration, sais-tu. C’est toujours par là qu’il faut commencer. Montre-moi, caresse-les. Vas-y, ça m’amuse, juste avant notre sieste, montre-moi si tes micro-démarreurs fonctionnent au quart de tour. Vas-y, fais-le pour moi, oui, oui, muchacho, c’est très bien ainsi, pince, titille, triture… Et tu souris ? Ça t’amuse donc de me divertir ? Je le sens, nous allons bien nous entendre. Ça y est, les boutons d’avril pointent dans la ramure. Pur délice ! Ressens-tu l’émoi qui irrigue ton sein, palpite, agace ton impatience et allume plus bas un début d’incendie… Délicieux frisson. Ah ! Cet échauffement, ces ondes irrésistibles, ton doigt si virtuose. Un vrai professionnel, ma foi. Ton œil a chaviré, ineffable soupir, un peu de salive vient ourler ton sourire et ton cou d’impala vient d’avoir deux saccades. Tu défailles ? Non, tu te ressaisis, tu pistonnes à nouveau. Quelle célérité ! Quelle souplesse ! Ta grâce juvénile ! Tu peux fermer les yeux, c’est plus attendrissant. Moi, je ne perds rien, pas une miette, pupille dilatée, gorge sèche, souffle court et déjà le molleton, sur mon ventre posé, s’anime graduellement…
Le gauche maintenant, le téton gauche, prends-le à trois doigts, oui, comme cela, c’est parfait, échauffe-le, martyrise-le, pas trop fort, gentiment, il faut toujours être doux avec soi. Tes deux mains voyagent à présent, n’en peuvent plus, le désir plus bas est attraction, inflammation, exhibition. Je ne dicte plus, laisse-toi aller, juste avant notre sieste, prends la pause, celle que tu veux, sois docile, malléable, suis ton inspiration. Je suis ton sculpteur patient, mes yeux seuls te modèlent, pétrissent ton épiderme, démoulent ton désir mais c’est toi qui ressens et sculptes ton ardeur là, au pied de mon lit, bel esclave semi-nu que je veux affranchir. Ta main gauche maintenant, sous la soie du tanga, palpe et pétrit la croupe électrisée. La droite, sur le devant avance, hésite, dans un geste de décence masque d’abord la protubérance, puis la frôle, l’agace, la masse, l’exalte, puis…
Stop, amigo ! N’allons pas trop vite, la lenteur, je veux, Nathanaël, t’enseigner la lenteur. Et tu m’as promis de te mettre à mon école. Délaisse un peu tes fesses ; arrête, tel Josué, ton chaud soleil levant. OK, tu acquiesces, tu te calmes, c’est cool. Ce sera très bientôt, promis, quand nos peaux se rejoindront… Il n’empêche, bel ami, il faut être poli. Tu ne m’as pas encore dit bonjour, à peine opiné du chef en entrant. Trop timide le souriceau ? Trop stressé ? Faut-il comme au labo des rats t’échauffer l’appendice ? Cette allusion caudale me rappelle un aveu que je n’ai pas osé te faire tout à l’heure.
Tu te souviens, à propos d’Isidore… Un de mes meilleurs potes, pas mon Pote – je veux dire, l’homme (du reste) de ma vie – non, mais un super-copain, un vrai frangin. Bref, il s’appelle Barnard. Musicien, comédien, charmeur, subtil, gentil, la voix douce et le teint sombre. Encore ! Oui, c’est mon idée fixe, il est Nescoré bon teint, plutôt café au lait. Bref, la perle des Antilles. Toutes les qualités, un seul défaut : il est hétéro, banalement hétéronormé. Grand coureur de jupons, il les collectionne tous, il n’en conserve aucun et toutes les demoiselles s’échappent de ses pièges (c’est peut être la faille ?). Il me connaît par cœur, il devine mon fantasme, il en joue, me taquine, me frôle de sa dégaine pour moi inaccessible. Et bien, depuis dix ans qu’on se connaît, depuis nos stages de relaxation où ses mains me pétrirent, rien ne s’est passé, jamais, ô grand jamais… Mais lorsque je suis très seul ou quand, trop cérébral, je peine à jouir, je pense à lui - mon accélérateur - et c’est magique, miraculeux, sa bouche diamantine, le satin de sa peau, la douceur de sa voix, ses doigts interminables, l’étincelle de ses yeux, la discrète moustache qui obombre sa lèvre, son buste interminable et son…bref, mes vannes s’entrouvrent et fuse mon plaisir.
C’est lui, Barnard, mon fantasme fait chair, ma réincarnation, le dogme que je vénère quand, dans le sanctuaire… je ne l’ai jamais vu, ce Christ noir, mon Christ en gloire, mais j’en rêve, fruit défendu et si bien gardé au jardin des Délices. Dans l’Eden convoité, le pommier est un baobab et l’orvet tentateur un mâle anaconda. Bref, mon envie compulsive, unique, tyrannique : lui tailler une pipe, que dis-je, une pipe, un calumet, un brûle-gueule, un chibouk à longue tige. Un jour. Une nuit. Un instant d’abandon. Mais puis-je lui avouer alors qu’il sait déjà ? Puis-je lui susurrer que c’est lui, lui seul, mon narguilé géant, ma houka enivrante au long bec rubescent ? Je sais, c’est indécent, plus encore, improbable. Mais je rêve, il faut rêver… ça permet de durer, d’endurer jusqu’au jour…
Car un jour, je le sais, par jeu, uniquement par facétie, ou par amitié, par simple empathie, se tenant comme toi à présent, là, exalté, offert au pied du pieu, mon Barnard me dira, en s’amusant, en s’esclaffant, droit dans les yeux : « Sors-la ! ». L’ordre maléfique ! Le commandement suprême ! Je me dois pourtant de désobéir. Il y va de mon amour-propre et de l’honneur de Dieu (qui n’est pas toujours très propre d’ailleurs, surtout à la guerre, à cause de feu Mgr Dobeliou et de ses aumôniers militaires). Mais, tu me connais, faux-derch comme je suis (parfois), je me récrierai : voyons, mon pote, tu n’y penses pas, je ne suis pas comme ça, nous ne faisons pas partie de la même tribu, chacun sur sa berge, au-delà du grand fleuve, pour toi, la savane paisible, pour moi, la jungle suburbaine etc. tout plein de platitudes littéraires du même acabit.
Mais lui, toujours aussi impavide, lui qui a lu et aimé « Charme et splendeur… » (la faille s’élargit-elle ?) et qui en a fort ri, bref, ce jour-là, il bombera le torse, écartera les jambes un tantinet, posera ses deux mains sur sa croupe puissante, façon de se cambrer de manière avenante, engageante, apéritive, puis Barnard réitérera son ordre, sans broncher, l’humour dans la pupille, la tendresse sur les lèvres et le ventre bombé comme un ciboire offert : « Sors-la ! Dépote les bulbes »… (décidément, il a aimé mes images horticoles, il me cite sans vergogne, la faille, te dis-je, Nat, la faille !) Ne rêvons pas. Si, rêvons, mais plus tard, dans le satin des songes, quand je serai tout seul et que son anthurium…
Mais, c’est toi qui rêves, Nat, ma parole ! On dirait même que tu n’écoutes plus. C’est vrai, je délire, je dérive… et je te laisse en plan. Fin de la digression. Au fait, te disais-je, tu ne m’as encore dit bonjour ! Tu restes là, bras ballants, maillot relevé, le slip à nouveau flasque. Il faut devant ton Seigneur t’incliner bien bas, ôter ton couvre-chef, brandir ta lance menaçante. Pas de cérémonie entre nous, nulle gêne. L’amour, pas la guerre. Visage ouvert. En terrain découvert. Sans fausseté ni clandestinité. En gloire et majesté, orgueil au front et sabre au clair. Jetons les armes, faisons la paix. Mais oui, gamin, ça sort du cœur, ces choses-là ! Mon Barnard a raison : « Sors-la donc ! » Oui, toi, mon cyberpote, c’est bien à toi que je parle. Ne fais pas semblant de n’avoir pas entendu. Ah ! Tu m’as compris, tu n’es pas si pudique que tu en as l’air, complaisant au contraire, docile et très obéissant. Avec gentillesse, tu abaisses l’élastique devant l’écran magique. Bonjour Madame ! Je crois entendre dans sa geôle mon héros saluant Notre-Dame des Fleurs :
Adore à deux genoux, comme un poteau sacré,
Mon torse tatoué, adore jusqu’aux larmes
Mon sexe qui se rompt, te frappe mieux qu’une arme,
Adore mon bâton qui va te pénétrer.
Il bondit sur tes yeux ; il enfile ton âme,
Penche un peu la tête et le vois se dresser.
L’apercevant si noble et si propre au baiser
Tu t’inclines très bas en lui disant : « Madame ! »
Mais dis donc, mon lecteur, tu triches à présent ! Tu te dédis encore ! Honte à toi ! Tu admires le Poète mais tu ne bronches pas. Crois-tu que je te vois pas ? Je te surveille comme le retors Raminagrobis. Je vois bien que tu tiens ton mulot d’une main, une autre dans ta poche. Distraitement. Cause toujours, Bellin, tu m’intéresses. En tout cas, rien à la fenêtre ! J’ai beau écarquiller les mirettes à travers l’écran. Rien. Niet. Ta braguette est fermée, cadenassée, ceinture de chasteté. Coincée peut-être ? Je n’avais pas prévu de commercer avec le Masque de Fer. As-tu donc oublié notre pacte ? Notre complicité ? Moi, tu peux me croire sur parole, devant mon clavier, je sais prendre l’air, aérer mes affaires, prendre mes aises : la boutique est ouverte, mes appâts sont offerts. Pour toi, Nathanaël, ne l’oublie pas, pour toi seul.
Allez, pas de manière, plus de gêne entre nous. C’est un jeu, ne l’oublie pas. À la fois ingénu et provocateur et proprement ré-vo-lu-tion-naire : la lecture interactive 100% bio et artisanale qui va pourtant révolutionner l’ère d’Internet et des mirages de synthèse. Merci, ouf ! voilà qui est mieux, il faut jouer franc jeu. Etait-ce si difficile ? Etait-elle trop lourde ? Trop paresseuse ? Bien au chaud dans son nid ? Ô la grande frileuse ! Sais-tu qu’elle est belle, le sais-tu ? Emouvante surtout. Parce qu’elle se donne, s’abandonne, s’offre sans résistance et d’un bonjour câlin, arc-boutée sur les deux balancelles, mollement inclinée, me présente ses hommages. Re-bonjour, Madame ! Quel temps chez vous ? Et comment va la petite dernière ? Très bien, merci. Tu peux en être fier, Nat. J’aime qu’elle se mette ainsi à la fenêtre, par-dessus le balustre, un peu congestionnée certes par l’élasthanne, bridée par l’élastique, mais la vue est imprenable, l’air printanier, ce n’est pas tous les jours que sur ta bite mutine un doux zéphire butine. Oh ! Poésie ! Magie des rimes riches ! On ne prête qu’aux pines !
Laisse-la prendre l’air, pendre encore un instant, pour qu’elle ait meilleure mine, puis, si elle le désire, qu’elle élargisse son salut urbi et orbi, qu’elle salue à présent la foule accourue, bénisse les marmots, comble les dévots, fortifie les affligés, encourage les timorés, serre sur le parcours quelques autres queues tendues par-dessus la barrière de sécurité, puis, tout au bout de l’allée, large comme un boulevard, sur la plus célèbre avenue du monde, qu’elle s’incline avec politesse devant la tribune officielle où paradent le gratin des Voyeurs et des Masturbateurs et les Branleurs du Grand Cordon et les Immortels du Sceptre d’Ottokar et Nicolas 1er, l’omniprésident autoproclamé, le roi des nabots poissards et autocrates dont les esgourdes frétillent d’aise tandis que ses pendeloques républicaines, martiales et ambitieuses, s’entrechoquent frénétiquement au rythme de la Marseillaise. La métaphore est à nouveau inexacte, puisqu’il ne peut s’agir de sceptre (nous sommes en République) ni de salut aux couleurs devant le mat dressé où claque le drapeau jaune et blanc du Vatican. Non, pour l’heure, il ne s’agit dans notre domestique affaire que d’une politesse, juste un dodelinement, une façon presque pontificale de dire qu’on est content d’être là, dans l’audience privée, yeux rivés à l’écran, sourire aux lèvres, les pieds au chaud et la quéquette à l’air.
Elle me plaît vraiment, cher gentil, ta queue dodue, naïvement enfantine, pas géante, plutôt menue et alors ? Prétends-tu toi aussi au Livre des Records ? (quand, tout à l’heure, je te réciterai un autre hymne aux chiffres magiques, nous mettrons les choses au point sur les mensurations du monstre du Gévaudan) Bref, quand bien même ta bistouquette serait XXL, l’ampleur ne me gène pas, ne m’impressionne pas : c’est son air qui importe, sa gentillesse, sa mollesse câline, un rien baveuse (comme l’omelette, telle que je la préfère). Je remarque en effet qu’elle est brillante, cette tige affaissée, étincelante de l’humide désir que tu viens d’allumer en titillant tes seins ! C’est d’un bon présage quand mon lecteur s’émeut et bave en mode page. Donc, quant à l’humeur qui tache ta houppelande… laisse, c’est plaisant, c’est vraiment anodin, n’en sois pas gêné, j’aime les stalactites - qu’il ne faut jamais confondre avec les stalagmites, disait mon professeur de séminaire, l’abbé Résina qu’on appelait – fort méchamment et fort injustement – Caillon, ce qui signifie, en patois savoyard « goret » car il avait, c’est vrai, un air très porcinet, de petits yeux saillants et des copeaux blonds autour de la tonsure en guise de tire-bouchons et ri et ron petit patapon… excuse-moi, Nat, simple réminiscence, facétie de collège. Bref, disait Pépin, le moyen mnémotechnique de mon vénéré pédagogue était alors imparable : quand ça tombe, c’est T, T comme stalactite. Quand ça monte, c’est M, M comme stalagmite. Ingénieux, non ? J’aime entrevoir, Nathanaël, sous ton pis qui pendouille, ce mince filet brillant qui prouve le plaisir que tu pris en prémices, et que tu vas m’offrir très bientôt, à l’heure de notre sieste, quand ton désir – et le mien – l’un par l’autre aimantés vont monter, M comme stalagmites, puissants arc-boutants, cierges de la chandeleur, clarté porte-bonheur. Oui, ce sera parfait comme lumière d’ambiance. Il suffira d’abaisser le store…
Viens à présent, rajuste-toi, rempote ta camelote, viens t’étendre pour de bon… viens t’étendre et m’attendre. Car, je dois t’avouer, petit chéri, je n’en peux plus d’avoir trop chaud, de transpirer sans cesse et ton gentil streap-tease a mis le feu aux poudres. La douche, la douche, il n’y a que ça de vrai ! De l’air ! De l’air ! De l’eau plutôt ! J’en ai pour un instant. Bouquine, repose-toi, je ne sais pas, fais n’importe quoi… ou plutôt, tiens, j’y pense. Puisque nous sommes partis pour jouer, amuse-toi avec ce gadget. Oui, là, sur la table de nuit. Le portable de Gonzague, qui fait aussi office d’appareil photo dernier cri avec écran rotatif à 360°, Push to Talk, carte Free Pass et scoubidou en réglisse.
Je t’ai déjà parlé de Gonzague ? Un petit énarque sympa, mais très très snob, friqué, branché, plutôt nono’s (ceci dit, une jolie bite à l’ancienne). Nous nous sommes rencontrés l’an passé à la Gay Pride de Passy, un rallye très tendance, genre métrosexuel, très couru, l’un dans l’autre nous étions bien dix-huit. Gonzague avait ensuite tenu à m’offrir un pot au Bristol. Sitôt arrivé, sans doute pour frimer, il avait commandé le dernier drink à la mode, lançant au barman hiératique : « Deux chiwrzderkelmzastichtlight à la menthe, please. » Imagine la tête du barman. Interloqué, déjà débordé par ses commandes, il n’avait pu que bredouiller : « Des chiwrzderkelmzastichtlight à la quoi ? » J’en étais gêné pour le malheureux. Bref, de fil en aiguille, nous nous sommes revus mais la passion de Gonzague pour moi était cousue de fil blanc. Il est résolument post-moderne et adore les gadgets. Avant-hier, il a oublié chez moi son dernier modèle, le miniportable qui prend aussi des photos. On n’arrête pas le progrès. A mon avis, le truc complètement débile, vraiment la saloperie à ne pas acheter ce mois-ci. Déjà que moi, je ne fais jamais de photo, de toutes façons, le passé est définitivement passé. A quoi bon embaumer ? Bref – je te raconte l’anecdote, histoire de te détendre un brin - Gonzague débarque jeudi soir, me mitraille, prend cent photos (ratées), puis n’a plus de batterie, râle, fait un caprice, sort un autre portable (il en a 5 en tout, chacun est assorti à la couleur de ses clubs de golf, il paraît que c’est très tendance et surtout très pratique pour le parcours de St-Nom-la-Bretelle), bref, Gonzague, à nouveau sauvé par la technologie, tout excité, me vante le nombre de bits, son focus, ses pixels, il jubile à nouveau, me mitraille, exige que je l’immortalise, reprend 50 clichés, en rate 100, puis à nouveau plus de pile, la cata – dit-il - la vie en jachère, la fin des haricots, la crise existentielle, il boude derechef, veut rentrer chez maman, s’interroge à haute voix sur sa sexualité transversale puis il bâille, débande, rebâille… je lui ai dit bye bye ! Oust ! Bon vent ! A la niche le caniche technophile !
Bien, trêve de snobs, Nat, je t’étourdis, je vois. Tu fatigues ? Je te fatigue ? Pardon, chéri, ce babil féminoïde, c’est l’angoisse ! Scusi. Mais allonge-toi pour la sieste, je te l’ai dit cent fois, ne reste pas planté. Bien. Assez bavardé. Je fonce sous la douche. Toi, tu n’as pas trop chaud ? Non ? Tu supportes ton maillot ? Bon. C’est ton choix. Moi, j’étouffe. Tu ne t’ennuieras pas, c’est promis ? J’en ai pour une minute. Fais joujou avec le gadget de Gonzague, histoire de le tester, quelques prises, juste dix, promis ? guère plus, pas de gonzagomanie, une bite par-ci, une couille par-là, deux à la rigueur, et aussi le creux poplité, j’adore, mais pour viser ce sera peut-être acrobatique, et n’oublie pas les orteils, surtout les orteils, en numérique haute définition, c’est vraiment le pied ! A tout de suite, baby !
[Il sort de scène. Douche hors champ. On entend en off le jaillissement de l’eau, quelques vocalises en voix de tête, puis la savonnette qui rebondit plusieurs fois, deux ou trois jurons – assourdis par la mousse – enfin quelques gémissements ineffables… Allongé sur le lit, le second rôle n’est vêtu que de probité candide et de lycra. Un ventilateur géant, posé à même le drap, fait palpiter le cordonnet de son tanga (fuchsia à pois verts). Le jeune homme tripote distraitement la méga antenne de son mini portable. Contre son flanc, est entrouvert un livre énorme (modèle Realistic in-quarto Police Arial Blak Taille 72). En musique de fond : « Bandi Banda » de Chantal Goya.]
À SUIVRE
Extrait des Oraisons jaculatoires, manuscrit inédit de M. Bellin. En consultation partielle (gratuite) ou en téléchargement intégral (payant) sur la plateforme littéraire de YOUSCRIBE :
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