LES ORAISONS JACULATOIRES (1er chapitre)
Par Michel Bellin, samedi 10 janvier 2009 à 05:01 :: General :: #572 :: rss
(Fantasia para la siesta)
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin « Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
INÉDIT SUR LA TOILE
UN SEXERCICE DE STYLE
SOUS FORME DE FEUILLETON POLISSON
JOUISSIF ET INTERACTIF
EN HUIT ÉPISODES
Notre contrat
Quelques statistiques
Aux Bouffes Parisiens
Petit quatre heures
Willy et le Bon Dieu
Leçon de flatuologie
Panique informatique
Epilogue et bibliographie
En dehors des oraisons jaculatoires, à quoi devrait encore s’exercer souvent le chrétien ?
En dehors des oraisons jaculatoires, le chrétien devrait s’exercer à la mortification chrétienne.
Qu’est-ce que se mortifier ?
Se mortifier, c’est sacrifier pour l’amour de Dieu ce qui plaît, et accepter ce qui déplaît aux sens ou à l’amour-propre.
(extrait du Catéchisme catholique)
Dans sa grande miséricorde,
le Créateur a accordé à l’homme
un havre dans sa vie de galère,
son en-cas quotidien :
le plaisir solitaire.
Michel Bellin « Vous reprendrez bien un p’tit aphoricube ? » Ed. Gap, 2006.
Pour moi-même
Puisque charité bien ordonnée…
(pour Nathanaël aussi)
NOTRE CONTRAT
(Premier épisode)
Je veux chanter la volupté. Non la jouissance grégaire, mais la volupté solitaire. Ce que la morale réprouve : la manœuvre décongestive. Le vigoureux massage. Le péché d’inertie. Ni les tasses à l'ancienne ni les baisodromes new-look, juste le bon vieux plaisir solipsiste. Vertige de Narcisse. Le tout-à -l'ego. Rien que pour moi-même. Oui, je dis bien, moi-m'aime, n'en déplaise aux grincheux et aux censeurs altruistes.
Malgré tout, j'écris aussi pour autrui, comme tous les auteurs. Pas folle la guêpe, il faut bien survivre (8% sur les ventes, ce n’est ni indigne ni négligeable, sauf qu’ici c’est gratuit, pauvre fou !). Evidemment, l’écrivain maudit – qui se proclame tel – n’écrit que pour lui-même, dans son fol orgueil, face à face avec sa Muse lyrique et tyrannique. C’est abscons donc génial. Moi non, je suis avant tout altruiste. Ma prose est narcissique mais avant tout philanthropique. Je suis un réaliste et un miraculé, écrivain fauché et pourtant béni des dieux car j’ai un auditoire en or, or et fuchsia, moiré gayment de toutes les nuances de l’arc-en-ciel : j’écris pour les garçons.
Pour les garçons exclusivement. Tous les garçons. Les homos, les purs et durs, les athlètes du désir, tous mes chers congénères : les Steve, Rachid, Gilles, Helmut, Pierre, Boubakar, Vincent, Scott, Siegfried, Lorenzo... j'en passe et des meilleurs dont le sieur O***, mon pied millésimé ! Je tais ici jusqu’à son prénom car, dans le pays où il bosse, on ne lésine pas sur la Charia : si tu laisses traîner à l’air tes breloques, illico les sbires du calife te les massicotent, الله أَكْبَر ! (Précision : j’écris aussi pour quelques donzelles, dont la belle Silvia qui à mon style s’émotionne et tendrement s’humidifie). Les mecs que j’ai connus, ceux que je côtoie et plus encore les ragazzi inaccessibles dont je rêve jour et nuit. En fait, je n’écris que pour un garçon. Un seul. Je n'écris que pour toi : mon lecteur, mon frère, mon bel alter ego, mon internaute inconnu. Toi qui sur ton écran lorgnes ce nouvel opus, peut-être à l'aveuglette ou en connaisseur puisque tu m'es fidèle depuis deux ou trois titres. C'est toi que je veux séduire et circonvenir. Toi seul dont j'entends bien débaucher le corps et l'âme. Dis, le veux-tu ?
Lève un instant les yeux de ces toutes premières lignes, regarde-moi droit dans les yeux : le veux-tu, Nathanaël ? Oui, je t'appelle Nathanaël, je t’appellerai désormais ainsi, parce que j'ignore ton prénom dans le temps où j'écris. Je l'ignorerai sans doute pour longtemps. C'est pourquoi je ne me servirai que de ce générique et emblématique patronyme. Tout simplement parce que ce vocable me plaît, qu'il rime avec Raphaël, se décline avec Michel et que niche en ses voyelles redondantes quelque douceur, une sorte de fluidité, des joliesses de fille mariées à la vigueur. Quelle vigueur ? La vigueur que l'on aime - qui "on" ? dirait mon amoureux – nous deux bien sûr, toi et moi. Toi, par tes yeux, moi par mes mots. Subtile connivence qui m’autorise mon tout premier aveu : la belle vigueur dont je veux d’emblée te parler, c’est la roideur d'une queue qui se dresse et palpite, flaire le vent comme une manche à air. Peu importe le calibre, rassure-toi, si la tienne est modeste. Car, disait Montaigne, il vaut bien mieux céans que mamie soit menue et vigoureuse plutôt que massive et paresseuse. Te voilà rassuré ? Acceptes-tu ce pacte ?
Avant d’aller plus avant, avant de cliquer d’un index impatient, je te propose cet acte symbolique : tandis que ta dextre tient le mulot pressé (ou inversement, si tu es gaucher, je suis large d’esprit, tu le sais), ose avec l’autre main ce geste confiant, si tendre, touchant dans son obscénité : pose ta paume ouverte sur ton pack, non, pas le Chronopost, tu sais ce dont je veux parler. Je parle de ton paquet intime. Tu hésites ? Parce que, grâce à la Wi Fi, tu es à la terrasse d’un café face aux Pyrénées ou assis dans le RER sous le regard éteint d’une quinquagénaire ? Eh bien, précisément, face aux cimes élancées ou parce que son œil de ménagère batracienne est vide – forcément, sous terre, auto-défense des systèmes capillaires, merveilleuse léthargie sous-marine du métropolitain – ose donc ce geste d’indépendance : pose ta main sur ton sexe offert en écartant même, pure provocation, les deux fûts de tes cuisses. Sens-tu comme c’est chaud, rassurant ? Peut-être ton pis lourd flâne-t-il encore contre ta cuisse ? Peu importe, étale ta main sur le tout, sens la touffeur globale, ta vie chaude qui palpite. Ton épicentre à peine gonflé, juste bosselé, un tantinet, sous le coton trop rêche que tu brûles d’échancrer. Surtout ne bande pas, Nat, pas encore ! Por favor. C’était juste pour arrimer ton désir, sentir ton âme de mec là où elle palpite, t’appâte et te convoque.
C’est fait ? Tu as osé ? Maintiens la posture, juste quelques instants, la souris à la main et ton mousquet dans l’autre. Fais-le, c’est important pour notre complicité. Et fais gaffe, amigo, je te surveille du coin de l’œil. Je te connais si bien, mon zig homozygote. Mêmes réflexes, même compulsion. Deux frangins, pas vrai ? Donc, je sais que tu obtempères. Muchas gracias ! Il faut aller dans le sens de l’Histoire et saisir ton destin à pleines mains : ce salaud de Bush jurait sur la Bible, toi, tu jures sur ta Bite. Eh bien, jurons tous deux. Et moi – le croiras-tu ? – devant mon écran plat, je fais à Windows le salut militaire, raide, impeccable, puis, comme toi, ma paume au chaud, calée entre mes cuisses, je pense très fort à mon lecteur offert, Ô Toi, ma reine, mon jésus, ma frégate, mon gamin d’or, mon Hermès au pied léger, ma tendre fripouille aux rondes et blondes couilles ! C’est tout de même beau la littérature, non ? En tout cas, nous sommes d’ores et déjà tombés d’accord et parés pour la manœuvre : sur le porche du temple, le Temple du plaisir, nous avons fait l’un et l’autre le salut aux couleurs et empoigné fervents la mascotte du régiment tandis que claque au vent l’oriflamme arc-en-ciel. Notre beau rainbow flag ! Au vent de la volupté, et de la fierté évidemment (d’où l’utilité d’une manche à air !)
Nous allons donc entreprendre ce voyage en toute complicité (tu peux ôter ta main, mais pour la suite, je te préviens, il vaudrait mieux que tu sois seul et cool. Fais à ta façon après tout, si tu préfères l’exhib ou la provocation !). Je le répète, je ne connais pas ton prénom. Alors, si tu veux bien, durant ces huit semaines que durera notre périple virtuel (notre carte du Tendre. Dur et tendre à la fois, comme de bien entendu !), je t'appellerai Nathanaël. Ça te plaît ? Je vois que tu souris déjà , mi-amusé mi-intrigué. Donc, chaque fois que sur l’écran tu liras « Nathanaël », il conviendra que tu te dises : c’est moi. C’est moi que l’auteur appelle et branle, interpelle et interbranle en toute complicité. Dans une familiarité désarmante puisque, le plus souvent, je me contenterai de t’appeler : Nat. Facile, non ? Plus court, plus direct. Tu te dédoubles à peine. Elémentaire, mon cher Watson ! Et incontournable. C’est la consigne : pour que ça marche, avant même de t’humidifier, il faut t’identifier. T’unifier. Tu t’appelles donc désormais Nathanaël.
Le nom, c’est sacré. Dans les saintes Ecritures, Simon est devenu Pierre et ce fut le premier pape. Tu es Nathanaël. Tu ne seras vraisemblablement ni pape ni soupape (ni moi chanoine honoraire, avec mes brûlots, c’est vraiment râpé !), mais un manuscrit t’est offert, gratos de surcroît ! Exclusivement. Tiré à un seul exemplaire hebdomadaire. Tu en es même dédicataire, pas l’unique puisque je le suis d’abord (forcément, puisque, on le répète à l’envie, on le déplore, on me plaint, je suis autocentré et cette maladie, dit-on, est chronique et incurable. Pauvre de moi, Michaelis Narcissicus !). Mais tout de même, en même temps, je le répète, ce texte est pour toi. Avant tout et exclusivement. Et tout ce luxe littéraire, cette exclusivité exorbitante (j’ai toujours adoré ce mot si suggestif), ce prime time éditorial parce que tu t’appelles désormais pour moi Nathanaël. Tout simplement. Et sur cette pierre je bâtirai mon histoire, l’histoire d’une sieste… mouvementée, en sept ou huit épisodes évidemment véridiques mais un rien décousus voire farfelus, tournant complaisamment autour de quéquettes alertes à l’heure aoûtienne, la tienne, la mienne. Des historiettes qui pourraient arriver à tous deux, qui vont nous arriver dès lors que tu poses les yeux sur l’écran plat et mystérieux. Enfin, pas si plat que ça !
Compulsion ? Perversion ? Est-ce si grave, docteur ? Sommes-nous donc condamnés ? Combien de temps nous reste-t-il à bander ? (je te lirai plus tard, si tu as été sage, le beau poème de mon meilleur ami pleurant sur sa virilité enfuie. Tu verras, c’est poignant et fort émoustillant). Mais, Dieu merci, nous n’en sommes pas là puisque, toi et moi, nous sommes vaillants et d’abord consentants. N’est-ce pas essentiel ? Complicité. Murmure encore ton nouveau nom, pour bien t’habituer. Susurre-le pour moi. À mi-voix. Tendrement. Si, si, ose ! C’est moins compromettant que plus haut lorsque tu t’empoignais ! Na-tha-na-ël… Sens-tu à quel point ces voyelles te conviennent et t’appellent? Elles ont bon goût de miel. C’est doux et fort en même temps ; c’est insistant : les « A » cognent trois fois, sur l’huis ils tambourinent et, pour se faire plus tendres, pour mouiller leur appel, ils se parent à la fin d’une jolie paire d’ailes. Nathanaël… un seul L suffira ! En fait, ce prénom t’était destiné de toute éternité. Ô mère, comme tu fus négligente, peu imaginative pour ton rejeton ! Oui ou non, veux-tu jouer avec moi, Nat ? Jouer avec l’ami Michel puisque tu es désormais mon frérot et que, devant la cheminée ou devant notre écran, nus sur la fourrure d’ours, peau rosie et boucles entremêlées, nous gazouillons en chœur en étirant ravis nos frêles robinets.
Oui, nous allons jouer ensemble. Certes nous avons grandi, nos sexes ont forci mais le jeu est le même. C’est encore mon pote Fred qui dit vrai, en plein cœur de la cible : « Un jour peut-être les notions les plus pompeuses, celles pour lesquelles on a lutté et souffert le plus, les notions de « Dieu » et de « péché », ne paraîtront pas plus importantes qu’un jeu d’enfant ou une souffrance d’enfant à l’homme devenu adulte, et peut-être alors l’homme adulte aura-t-il besoin d’un autre jeu, d’une autre souffrance, toujours enfant, éternel enfant. » Veux-tu retomber en enfance, Nat ? Oublier la souffrance,snober le pessimisme ambiant, ne t’absorber que dans la jouissance ? Un jeu nouveau et vieux comme le monde, enfin presque aussi vieux, vieux comme Gutenberg, le génial imprimeur de la Bible.
Ma Révélation à moi est autre, autre mon Eden : joueras-tu à cache-cache entre mes interlignes ? À saute mouton par-dessus les alinéas ? À colin-maillard parmi les métaphores ? À trousse chemise par-dessous les rimes ? À la gentillesse de collège avec mes jeux de mots ? À la veuve-poignet grâce aux allitérations tontaine tonton ? Oui, si tu veux bien, divertissons-nous textuellement dans une douce obsession et opérons ensemble le joyeux gaspillage. Toi et moi. Moi pour toi. Toi par moi. Et réciproquement ! Bien sûr, si tu as des pudeurs de pucelle, si tu joues à l'intellectuel, laisse tomber et lis Schopenhauer ! Si tu redoutes la nouveauté, si tu préfères des repères – la facilité quoi ! le cul plan-plan -, lis de banales nouvelles érotiques ! Les bacs des libraires en regorgent, plein de scribouillards faméliques qui, embusqués sous leur pseudo, pillent des recettes éculées. Or, je récapitule, te voilà prévenu, ce texte inédit ne sera pas banal, finies les historiettes de livreurs de pizza ou les matelots en goguettes. Basta ! Cet essai exclusivement narcissique – glorieusement – sera interactif, autant que tu le souhaiteras, carrefour de nos deux narcissismes.
Positivons, que diable ! Le mystère de la littérature ? Pas besoin de s’appeler Maurice Blanchot pour en comprendre le B.A. BA. Toi et moi. Nous deux fascinés. Seuls au monde. Certes, je le concède volontiers. il convient de n’être pas manchot. Quel merveilleux quatre mains en perspective ! Quelle fougue ! Quelle virtuosité ! Car, ce que les images virtuelles peinent tant à montrer, cet écrit – je l’espère – va le démontrer : quand auteur et lecteur se matent à contre-jour dans le silence nacré de la langue française, grâce à Internet, et pour cette fois tant pis pour le papier, le vélin sensuel, le fumet de la colle, la caresse d’encre, mais toujours, sur la page ou l’écran, la ritournelle des mots, festive girandole, mots dévidés, enjôleurs, ensorceleurs, baume, parure, enflure, enluminure !
J’ai parlé à Dominique de mon projet littéraire. Dominique est mon jeune neveu. C’est un savant très érudit, très boutonneux, teint biliaire, lèvres minces, lunettes ès lettres, rostre d’Adam surplombant de longues et cireuses mains chrétiennes et sa braguette a le charme poignant du Plat Pays. Il est psychosocioplasticien à Assas et grand spécialiste de Jacques Maritain, l’arrière-arrière petit-fils de Thomas d’Aquin. Dom a un potentiel cérébral énorme (pratiquement deux cerveaux, alors que le commun des mortels comme toi et moi en a deux également, mais pas les mêmes : un petit et un gland). Bref, le savant de la famille sacrifie temps et énergie sur l’autel de la Sémiologie (il m’a avoué ne se branler qu’une fois l’an et seulement les années bissextiles). Nat, tu peux me croire, Dominique a été d’emblée séduit par mon concept d’interactivité littéraire, il compte bien en faire la colonne vertébrale (et aussi la moelle épinière) de sa thèse qu’il vient d’ailleurs de résumer à merveille dans une communication à la Sorbonne (Le Monde des Livres du 22/11/2008) : « à la faveur de certains effets d’interactivité, le lecteur des « Oraisons » sera invité à éprouver devant son écran d’ordinateur un matériel de lecture hybride et à s’approprier une série d’actes psychosomatiques le plaçant dans des postures dynamiques et dans une oralité gratifiante qui n’est plus celle des premiers temps – Révélation ou Epopée – liée à la recherche d’une essence, mais qui sera résolument une oralité post-moderne se jouant sur des opérations d’enchaînements, de raccords, de chevauchements pour traduire hic et nunc, dans la réappropriation de l’Eros singulier, une temporalité enfin communionnelle et dialogale voire biogale puisqu’il s’agit d’un site d’élocution littéraire autant que libertaire. » Eblouissant, non ? J’adore Dominique.
Mais revenons à notre bon plaisir. Qu’advienne, disais-je, notre volupté ! Que les mots, telles des mines, explosent le désir ! Car je n'irai pas par quatre chemins : il faut appeler chat un chat, et queue une queue. Je veux être obscène. Pas vulgaire. Obscène. Pas un essai sensuel, non, un porno en ligne consensuel. Eros, j’écris ton nom. Voilà qui est dit. C’est écrit. Quod scripsi scripsi. (NDLR « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ! », parole historique de Pilate envoyée en pleine gueule des Pharisiens véreux prétendant faire modifier par l’Imperator la pancarte du crucifié.) Je le répète donc : obscène. Obstinément. Délicieusement. Complaisamment. J’assume tout, surtout le mauvais goût et les ruptures de ton (exclusivement à l’Escabèche). Car le corps a bon goût, le corps en son entier. Hors du cul, pas de salut ! Tel est le saint mystère de notre Incarnation. Encore une précision sémantique avant que plus avant nous nous alanguissions : le premier livre qui parle de Nathanaël – le seul – m'a marqué et longtemps fait divaguer. Gide le Magnifique. En le lisant naguère, l’ardeur me faisait triquer ! Car la littérature peut faire tomber en bandaison comme les nonnes en pâmoison ! Les livres prohibés sont plus roboratifs que les missels doucereux. L’Index, tout comme son homonyme, engendre des voluptés. Rien d’érotique pourtant chez Gide, ou plutôt ce qui est au cœur de l’érotisme, l’œil du cyclone dévastateur : la liberté. Le grand vent de la liberté qui m’emporta soudain en tourbillon puis me rendait léger et enfin invincible ! Et tandis que je dévorais mon cinquième évangile, les larmes me venaient, envie de hurler, d’applaudir, de bondir, d’éjaculer. L’orgasme de la liberté ! Ou plutôt de la libération, de l’affranchissement, la joie de l’honneur restitué : immaculé, j’avais enfin accès au festin des nourritures terrestres, André me mettait la tenue de noce et m’installait près de lui, à sa droite, à la toute première place, loin de l’ombreuse culpabilité. Quel émoi ! Quelle appréhension ! Quelle fierté ! Il était temps, je venais d’avoir trente ans et sur-le-champ, je jetai mon froc aux orties puisque je ne croyais plus au péché.
Depuis ce jour, je savoure la vie et le plaisir, tous les plaisirs, singulièrement la jouissance multiforme de la chair, la mise en bouche et la mise sur orbite, l’offrande des gorges béantes, des langues frémissantes et des sexes érigés puisqu’ils sont désormais les pilastres du Temple. Telle est ma conversion, telle est ma dévotion : chaque matin (sauf les jours de migraine, faut pas pousser !) je tire de mon incunable plus que centenaire (paru en 1895) mon oraison, ma substantielle nourriture, ma collation spirituelle à l'heure où l'aurore aux doigts de rose me fait déjà bander.
Et cette prière me ramène à la réalité. La réalité du corps. Le corps seul. L'âme n'existe pas. Quoi qu’on puisse dire ou écrire. Où palpite ton âme, Nathanaël ? Dans ton cortex ? Ce ne sont qu’ingénieux neurones Dans ton cœur ? Ce n’est que banale mécanisme de pompe. L’âme est un mythe délicieux, j’en conviens, mais ce n’est qu’une chimère alourdie des verbiages métaphysiques et du babil béat des bigotes blettes. Le corps, lui, ne ment pas. Le corps n’a pas de théorie. Le corps s’offre, se prend et se déprend. Le corps bande. Il va tout droit : il saigne, gerbe, palpite. (Et meurt un jour.) Le corps ne philosophe pas, il ressent. Point. Et c’est très bien ! Laisse ton âme au rayon des accessoires. Elle est dévaluée et hors circuit. Jamais tu ne pourras l’enculer, trop molle, trop flaccide. T’en souviens-tu ? je l'ai noté ailleurs : l’âme n’est qu’une mousse pieuse, une gélatine virtuelle… Rien à voir avec le corps, avec la viande, avec le réel : ta peau, tes muscles, tes poils, tes neurones, tes os, tes nerfs, tes effluves, ton sang vermeil, tes larmes douces amères, ta pisse torrentueuse, ta sueur pimentée, tes suffocants étrons, ton sperme jaillissant, toutes ces humeurs peccantes et polluantes (disaient les moralistes mal baisés), et que nous, homos jouisseurs, proclamons : liqueurs enivrantes, rafraîchissantes, revitalisantes ! Ceci est mon corps, ceci est ton sang.
Alors, rejoignons-nous de toute urgence. Communions. Concélébrons. Pacsons notre charnel. Epousons nos fantasmes et qu’entre nous deux la phrase devienne liant et solvant. Absinthe. Opium. Otium plus que negocium. Les Pompéiens avaient tellement raison ! Au carrefour de leurs rues, point de crucifix, point de tristes calvaires, d’énormes phallus minéraux, de gigantesques porte-bonheur. Bites herculéennes ! Priapes marmoréens ! Sous ces lointains auspices, puisque le sexe est l'âme divinisée, offrons et célébrons ! Oui, plus que jamais en ces temps où rappliquent au galop l’obscurantisme niais et la gluante moraline, attends tout ce qui vient à toi, mais ne désire que ce qui vient à toi. Ne désire que ce que tu as. Car qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas efficace ? Ne plus regoûter les eaux du passé, ne plus croire au péché, viens Nathanaël, que chaque attente en toi ne soit même pas un désir mais simplement une disposition à l'accueil, viens, nous apprendrons la ferveur ! Mais par où commencer ? Je me laisserais bien tenter par la paresse qui, disait mon confesseur, est mère de tous les vices. Il avait raison, le saint homme ! Il faut aimer sa mère, et l’honorer sans cesse. La paresse est le péché par excellence. Le péché majeur qui engendre tous les autres. Le corps s’affaisse, s’abandonne, s’alanguit rêveur… et tout peut arriver. Tout va arriver. L’appel du mal, je veux dire du mâle… alors que bientôt s’ouvrira pour nous la porte de l’Eden. « Gourmandise, paresse, luxure : ce sont les trois vertus cardinales, les vertus de la Fête. Le Paradis sur terre. » J’ai tellement chéri Bory. Dommage qu’il nous ait fait faux bond, il avait ses raisons… Mais c’est vraiment dommage. Il le savait, lui, quand sa prose mûrissait : tout vient à point à qui sait attendre. N’est-ce pas Nathanaël ? Point de précipitation, montons, toi et moi, lentement l’escalier… et succombons à la tentation de peur qu’elle ne s’éloigne.
Et puisque charité bien ordonnée… entrebâillons le désir : il va donc s’agir d’abord de mon propre corps, tu l’auras compris ; avant de te séduire, mon propre corps s’échauffant peu à peu tandis qu’ascensionne le vertige qui bosselle le drap. Car, bien entendu, pour cette sieste miraculeuse, tout se passera dans un lit (du moins dans les premières pages, après, lorsque nous nous connaîtrons mieux, nous improviserons, à la hussarde peut-être, et même en altitude, tu verras, je te surprendrai dans la zone des 8000 !) À l’horizontal donc pour débuter. Des coussins de mousse, à l’ombre des sapins, ce n’est pas mal non plus mais pour nous autres, citadins, un tel cadre bucolique est rarissime hélas (et en cette saison un rhume de queue n’est jamais agréable !). Tandis qu’un lit est à la portée du premier indolent venu. Un grand lit, un lit à deux places voire à trois (pourquoi ne trouve-t-on pas encore dans le catalogue de La Redoute des pieux à trois places pour nos partouzes torrides ? Mystère du marketing.)
Puisque nous en sommes aux confidences en guise de préliminaires, je t’avoue que je rêve parfois d’un coquillage géant, tel celui où naquit Vénus si touchante par sa chaste nudité… ce n’est qu’un rêve de littérateur visitant les musées parisiens le premier dimanche du mois (parce qu’ils sont gratuits) et désespérant chaque fois de dénicher au musée d’Orsay un tableau de Courbet digne de ce nom : une « Origine du monde » enfin phallocratique, non pas la broussaille d’un insipide con, mais un mâle et charnu pénis lourdement alangui sous un cresson de jais. Connais-tu, Nat, le musée d’Orsay à Paris ? Franchement, lorsque petit provincial, je montai (j’adore tout ce qui monte) à la capitale il y a huit ou neuf ans, ce fut la révélation : tant de beautés accumulées, de troubles nudités. Dommage qu’il y ait Courbet au département peinture… L’art bêtement descriptif, idolâtrant Vénus, et son mont et sa fente, c’est laid, décevant, te dis-je, peu ragoûtant et fort conventionnel ; seule une moisson de queues dans le champ des délices, prêtes à être fauchées quand le plaisir s’enflamme au pinceau de Vincent, gerbes dorées, soleil fou, chaleur de plomb… violence et douceur de la récolte, glaise grasse, glèbe souple que défonce mon soc, couche meuble offerte aux premières semences, lit moelleux, soupline et cajoline, matelas multispires qui jubile ou soupire (aux 3 Suisses, le choix est plus large, pages 342-354 du nouveau catalogue). Bref, en deux mots comme en cent, je ne conçois pas d’autre lieu pour la sieste que le lit, le pieu, le paddock, nul autre tabernacle pour mes élans mystiques, pas d’autre réceptacle à ma peau impatiente, à mes laitances poisseuses qui exigent la douceur pour tièdement s’épandre. Mais commençons par le commencement, à l’heure de la sieste…
Encore un mot. Un seul, c’est promis, tu as assez langui. Je m’adresse à toi aujourd’hui, Nathanaël, avec insistance et douce prévenance. Douce et ferme. Car il n’est pas question que tu sois un simple voyeur, caressant distraitement ton entre-jambe qui s’échauffe tandis que tes yeux parcourent trop sagement cette page. Por favor, ne la parcours pas avec désinvolture, dévore-la, chez toi, chez moi, en toute intimité, lentement, je dis bien lentement, hâte-toi lentement, et c’est contradictoire, je sais – mais la jubilation naît de la contradiction, croît par la distorsion, engendre la disproportion (mais oui, tu vas triquer, Naph, patiente !) Prends d’abord tout ton temps, comme on suce une dragée pour qu’elle dure très longtemps, comme on mâche rêveur une bouchée d’anatifes pour extirper des bébêtes tout leur jus substantiel. La marée n’est pas loin, le large nous appelle… Sens-tu ces effluves sauvages ? Sens-tu sur ta peau cette tiède caresse ? Oui, oui, patiente, le printemps va venir… C’est plus délicieux encore lorsqu’on ferme les yeux !
En fait, tu vas bientôt être acteur, sous ma houlette amicale, patiente et diligente. Et moi aussi, chauffé à blanc par la vision de ton désir d’airain qui va se déployer, tel l’Héraclès d’Orsay, je vais être acteur, mieux, co-acteur Nous allons jouer ensemble. Interpréter tous deux la partition. À quatre mains et à deux queues. Génial, non ? Je me répète ? Je radote ? C’est exprès, je veux t’agacer pour te faire languir. Tu es mon souriceau, et je suis le fromage. Viens, petit, petit, petit, approche, joli puceau… avance dans ma cage, pointe ton museau rosé dans les rets du langage ! À moins que ce soit toi le si joli appeau où s’englue ma ferveur. Qu’importe ! Mais surtout, ne tourne pas la page, surtout ne clique pas trop vite, supputant ton bonheur ! Ne fais pas de stupides comptes d’apothicaire (15 minutes de lecture, n’est-ce pas un peu longuet ? Vraiment pas assez cool la branlette littéraire !…). On ne soupèse pas un blog comme on pèse une cicouille. On ne temporise pas, on craque, on se jette à l’eau, on dévore, glouton, du premier jusqu’au dernier mot. En dégustant toujours, en ménageant ses arrières, tu freines, tu accélères, tu reviens plus avant, tu domestiques tes yeux avides comme le fier Hippolyte, secouant ses grelots sous sa blanche chlamyde, maîtrisait ses coursiers qui survolaient les flots.
Lenteur et précipitation. Paradoxe ! Douceur et détermination. Pure virtuosité comme lorsque ton doigt sur ton nœud distendu agace, se prélasse, accélère la manœuvre. Vaillante lascivité. Manœuvre digitale. Mastupration. Manuélisation. Manusturbation. Mais cesse donc, Bellinus, de faire le pédant ! Branlette, quoi, tout le monde comprend. Et en redemande, non ? Résumons : ma fantaisie masturbatoire hebdomadaire se dégustera ici posément, lentement et doublement, puisque c’est « notre » livre en ligne. Toi et moi. Duo/duel. Tous deux réunis dans la complaisance des mots, pétillants sous mes doigts, alertes, léger sur le clavier, empoissés d’appétence lorsque sourd à ton gland ta larme d’impatience. La nacre du désir. Tu me l’offres, dis, mon jeune homme à la perle ? Fais-moi goûter ton spécimen rare. Rafraîchis sans tarder mes lèvres tuméfiées. Qu’elle est belle, ta queue, charmante et mignonnette ! Non, non, surtout pas, ne me la montre pas sitôt, tout à l’heure pour le goûter. Je te crucifierai nu sur la table, il sera temps alors… toi et moi, moi qui écris ces mots, toi qui les suces… très bientôt dans le lit, chacun le sien, dans le même en fait, si tu y mets du tien, le grand lit virtuel, si tu acceptes de n’être point trop pressé. Mon texte, je te l’ai déjà dit, est interactif, maraudeur, un peu pute, et ta séduction de mateur tourne autour de sa proie comme jeunot place Dauphine (c’était avant, avant Sarko 1er et il a tout gâché, le salaud. Pour me venger je lui dédie cet aphorisme :
YOYO
(quatrains pour un omniprésident)
Le samedi soir
aux présentoirs
place Dauphine,
promo de pines !
- Pour Sarkozy,
tu fais un prix ?
- Un max d’oseille
pour tes oreilles !
Fin de la parenthèse politicienne. Reprenons la leçon où nous l’avions laissée. L’hypothèse est bien claire ? Sous ton regard avide, tendre puceau, tandis que le texte oscille sous mon mulot, ma recette du week-end sera mode d’emploi, ma littérature deviendra dans ton ventre enflure et pâture tandis qu’en retour ton érotisme ainsi suscité sera mon inspiration, en écho, par ricochet.
C’est toi désormais ma Muse, Nat, le sais-tu ? Le crois-tu ? Non, je ne te flatte pas. Je le ressens ainsi, je te sens ainsi en moi, là , tout près, à portée de mes mots fiévreusement jaillis tandis que, véloces sur le clavier, mes doigts pianotent pour toi seul. Toi, ma muse, fière comme une bite, cravache qui me fait geindre de béatitude. Accepte ma déclaration d’amour même si elle est un peu prématurée. J’ose à peine l’avouer : c’est ton cœur que je veux branler. Que tu le veuilles ou non, tel est mon état d’esprit : je ne suis pas un banal littérateur, je suis un branleur de première, en lévitation pour toi, en pâmoison, en crise, ô mon mignon. Lis-moi ! Lis-moi ! Dévore mes mots. Sois avide, pas critique, avide. Ô mon petit mâle, fais-moi mal, (cette phrase est idiote, mais si jolie, Arabica si pur, si plein de robustesse !) ; dilate pour mieux me lire ta pupille dorée, dédaigne mes mots compliqués ou, si tu veux comprendre, préfère le p’tit Robert à la Rousse poussive et puis, quand tu auras élucidé la formule précieuse (non, pas précieuse, précise) … écarte largement tes cuisses musculeuses pour qu’à la source, là , sous ton mât de misaine, plutôt mât de cocagne, là où pend ton puissant arsenal, ma muse vienne rêver et s’abreuver. Toi, savoure puis explose.
Ah ! l’écume sur ton cou, cette mousse opaline, ces gouttes de marée que j’étale songeur… Dans tes yeux, un éclat, un merci outremer. Mais après, ne l’endors pas, pas encore, même si tu es repu, attends-moi pour la sieste, notre sieste. Oui, oui, si tu le veux, je vais venir me reposer, je veux me prélasser entre tes cuisses fermes, me lover dans ton désir offert : l’heure bénie de la sieste va commencer ! Je veux avec toi me surmener de paresse. Oui, docile goélette, je m’installe en toi, pousse-toi, fais-moi une petite place. Me voilà suspendu à ton silence, à ton mat d’artimon, ton grand corps frémissant investit ma chambrette Accueille-moi, bois-moi, baise-moi, reçois mes mots comme un viatique tandis que je m’affaisse à tes genoux et que ma main tremblante, délaissant le clavier, approche de….
Laisse-moi avancer, laisse-moi palper, sois doux avec moi, compréhensif, compatissant, ô ma muse virile, mon talisman d’Orient, ma pulpe de Grenade, mon beau fruit convoité aux lourdes panicules, ma déesse plantée sur tes colonnes altières tandis que ta main droite (l’habile, celle qui décalotte) fourrage dans mes cheveux. Oh ! Cette chaleur amicale qui m’électrise ! Tendresse ! Tendresse ! J’aime lorsque tes doigts fins me peignent et me décoiffent. Veux-tu m’encourager à continuer, à reprendre le cours où je l’avais laissé ? Tu as raison, il est trop tôt, il faut raison garder. Et pourtant, je ne puis. Tu es là , tu m’écoutes, tu me lis… et pour toi seul j’écris. Sous ton prénom unique, j’appelle tous les garçons de toute la planète, tous, je les convoque et les hèle, dans toutes les langues et dans tous les jargons, en alexandrins et en argot trivial, le monde est à mes pieds, prêt à lécher ma botte, sucer mes étriers, lustrer le cuir qui chuinte sous la poussée… et je dis ce que je veux, j’écris ce que je veux puisque je suis Dieu !
Approchez, créatures, approchez mes beaux mâles, mes grands mecs indécents, dégrafez vos ceintures, entrouvrez vos braguettes, soulevez vos longs pagnes, écartez en riant vos boubous triomphants, cernez-moi d’une puissante haie, enserre-moi ô dure palissade, mes mecs à moi, mes gaillards enfoutrés, rien que pour moi, sans honte, sans frontières, jusqu’au bout de la terre, asphyxiez-moi d’odeurs, de musc, de gingembre et de ce lourd parfum qui encense votre membre, marquez mon territoire en pissant d’allégresse. Ah ! Je revis, je suis pur, je ne crois plus au péché : j’entrevois toutes vos intimités, calibres, effluves, tous les replis, toutes les terminaisons, tous les torses, triceps, clavicules, aisselles, talons, myriade de tétons… ah ! la Communion des Seins !
Viens, Nat, approche enfin, ne fais pas le timide. Toi aussi, en tremblant, dévoile ton mystère, place-toi au pied du lit, tout contre le sapin blond et très lentement, d’une lenteur ouatée… Tu es, Nathanaël, le célébrant que j’attendais sous le porche du désir et que je redoute, tel un communiant défaillant à la table sainte : dis seulement une parole, ou plutôt, ne dis rien. Que ton corps parle pour toi, que ta peau soit lyrique comme une harpe, plus tendue qu’une timbale, plus dorée qu’une custode. Ouvre ton pantalon, brandis ton ostensoir, empoigne-le, tends vers mes lèvres ton pompeux labarum – in hoc signo, vinces ! promettait l’oracle à l’Empereur, « par ce signe, tu vaincras » – tout prêt à m’empaler : ton membre glorieux sera ma tige de sourcier faisant jaillir ma joie, la baguette magique débondant mon lyrisme ! Répands sur mon clavier tes parcelles de vie, ta sève coule entre les touches mais qu’importe : ces pâles hosties, ces précieuses parcelles seront la vitamine de mon style fiévreux, soupirs laiteux sur ta peau pain d’épices !
Oui, oui, c’est promis, nous triompherons ensemble. Mais pas tout de suite, c’est ma faute, chéri, j’anticipe, scusi : ce premier chapitre qui n’en finit pas, c’était juste pour t’expliquer notre complicité, notre ivresse, ma folie. Car, tu l’as mieux compris, chacun dans son activité – pour moi, l’écriture et pour toi, la lecture – chacun va communier au divertissement de l’autre, à sa dérive langoureuse. Chacun de son côté et pourtant ensemble, nous masturbant en chœur dans une confraternité spasmodique. Dans le silence haletant de notre imaginaire connecté. Dans la fierté redondante des pédés glorieux qui ne boudent pas leur innocent plaisir car, comme le dit ailleurs mon pote Frédéric : «Tant que la vie monte, instinct et bonheur ne font qu’un. » Montons, montons, montons au septième ciel ! N’est-ce pas mââââââgique, comme le dit la pub imbécile qui, décidément, ne sait jamais ce dont elle parle et ne tient pas ses promesses (poil aux… car c’est pas mal, tout de même, deux mappemondes duveteuses, qu’en dis-tu ?)
Autrefois, du temps de ma chaste jeunesse, on était démodé, pas branché, un peu coincé même si on matait le cul de Polnareff sur tous les murs de la France. Aujourd’hui… Vu à la télé, tu parles ! La vraie vie, qu’ils brament ! (qui me débarrassera de ces hôtesses de gare qui, de leur voix gluante, perturbent mes achats et me font trébucher au milieu des codes-barres !).Le fric, oui, notre pognon, la con-som-ma-tion et le sexe en appât. Quoi ? Nat, tu souris, te voilà ironique ? Moi, du succès ? Moi, des tonnes de livres vendus ? Non, je te rassure. Tu n’y es pas du tout. Rien, trois fois rien. Juste un auteur loser, un artisan, un bricoleur, un pornocrate de la petite distribution. Rien à voir avec le racket des Carremouth. Et j’y tiens : seulement toi et moi. Nous deux. À l’économique. Et gratos sur mon site. Pas une promotion de masse. Seuls au monde (bis repetita placent). J’emmerde tous les Harry Potter à la sauce Shan Sa (aigre-douce, la sauce, évidemment, pas la bonzesse) et… mais je suis épuisé, vaincu par mes promesses, fasciné par ta jeunesse, tout au bord du délicieux séisme (tu devines bien sûr où porte la métaphore !)… je cesse donc pour aujourd’hui…
…rendez-vous la semaine prochaine pour le chapitre second où il sera question de fantastiques statistiques et de cette sieste mirifique que je t’ai maintes fois annoncée, mon cadeau, notre dodo, notre duo crescendo, plus convoité que le Saint Graal et bien plus chaud que tous les Eldorado !
Extrait des Oraisons jaculatoires 2009©
manuscrit original de Michel Bellin
mis en ligne sur son Blog du 10 janvier au 28 février 2009.
Reproduction licite et encouragée par l’auteur
(Ã condition de citer ses sources :
nom de l’auteur et adresse de son site.).
À SUIVRE Extrait des Oraisons jaculatoires, manuscrit inédit de M. Bellin. Désormais, en consultation partielle (gratuite) ou en téléchargement intégral (payant) sur la plateforme littéraire de YOUSCRIBE :
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