mercredi 7 janvier 2009
« VOILÀ LES JUIFS QUE J’AIME… »
Par Michel Bellin, mercredi 7 janvier 2009 à 06:11 :: General
Je suis en train de retravailler ma pièce « Raphaël ou le dernier été » en vue d’une réédition l’automne prochain. À l’époque où j’avais adapté cette pièce à partir de mon roman « Le Messager », en 2004-2005, j’avais subi beaucoup de pressions, de mes amis, de la part surtout du co-auteur. Tu es trop véhément ! me disait-on. Tu vas passer pour un odieux antisémite ! De guerre lasse, j’avais cédé et, la mort dans l’âme, je m’étais auto-censuré en biffant une scène entière, d’autres passages aussi. Je pense que j’ai eu tort : si un écrivain s’empare d’un personnage à bien des égards complexe, doit-il le purifier de toute tare pour se parer lui-même du politiquement correct ? Paon vaniteux ou colombe de la paix ? Qui parle, lui ou son personnage ? Et le lecteur n’est-il pas assez adulte pour distinguer le faux du vrai, pour faire le tri entre l’ignominie d’un Dieudonné et le génie de Céline ? Finalement, où commence… où s’achève la liberté d’expression et de création ?
J’écris ces mots au moment où l’opération « Plomb durci » fait des ravages à Gaza et me broie le cœur... même si la sentimentalité est tout à fait hors de saison. C’est plutôt la lucidité politique qu’il faut convoquer même si c’est moins télégénique que des musulmanes éplorées ou des mômes en charpie. Et du coup, trempée dans mes confortables larmes et dans le sang tout chaud de Gaza, après celui de Sabra et Chatila qui a si vite séché en entrant dans l’Histoire, ma plume retrouve toute la vigueur d’antan, mes doigts cliquettent rageusement sur le clavier comme une mitraillette qui n’est pas prête d’être enrayée. Car rien – pas même quelques roquettes artisanales, pas même le jusqu’auboutisme absurde du Hamas – rien ne justifie de la part d’un Etat démocratique une telle boucherie en territoire palestinien après des années et des années de mépris, de stratagème, de morcellement communautaire, de démembrement régional aux forts relents – c’est un comble ! – de purification ethnique inavouée. Complètement d’accord avec l’écrivain franco-libanais Dominique Eddé : « À force de traiter les Arabes par le mépris, à force de ne traiter qu’avec ceux d’entre eux qui sont à la botte, de leur extorquer concession sur concession, de jouer au plus fin, de préférer grignoter encore et toujours un territoire – un bout de Jérusalem par ci, un territoire par là – que gagnent les plus forts ? La rage du plus faible ? Sa défaite ? Pas seulement. (…) Pourquoi ne pas dire les choses simplement ? Si les Etats-Unis et Israël réunis n’ont pas réussi, à ce jour, à protéger l’avenir d’Israël, c’est que leur méthode n’est pas la bonne. » (in Le Monde du mardi 6 janvier).
Quant à mon Julius, qu’il ait tort ou raison, qu’il soit (comme c’est le cas ici) le porte-parole de l’auteur, ailleurs évidemment pas, ce personnage persiste et signe et il a de toutes façons raison car un artiste, partiel ou partial, est avant tout un homme libre.
J’écris ces mots au moment où l’opération « Plomb durci » fait des ravages à Gaza et me broie le cœur... même si la sentimentalité est tout à fait hors de saison. C’est plutôt la lucidité politique qu’il faut convoquer même si c’est moins télégénique que des musulmanes éplorées ou des mômes en charpie. Et du coup, trempée dans mes confortables larmes et dans le sang tout chaud de Gaza, après celui de Sabra et Chatila qui a si vite séché en entrant dans l’Histoire, ma plume retrouve toute la vigueur d’antan, mes doigts cliquettent rageusement sur le clavier comme une mitraillette qui n’est pas prête d’être enrayée. Car rien – pas même quelques roquettes artisanales, pas même le jusqu’auboutisme absurde du Hamas – rien ne justifie de la part d’un Etat démocratique une telle boucherie en territoire palestinien après des années et des années de mépris, de stratagème, de morcellement communautaire, de démembrement régional aux forts relents – c’est un comble ! – de purification ethnique inavouée. Complètement d’accord avec l’écrivain franco-libanais Dominique Eddé : « À force de traiter les Arabes par le mépris, à force de ne traiter qu’avec ceux d’entre eux qui sont à la botte, de leur extorquer concession sur concession, de jouer au plus fin, de préférer grignoter encore et toujours un territoire – un bout de Jérusalem par ci, un territoire par là – que gagnent les plus forts ? La rage du plus faible ? Sa défaite ? Pas seulement. (…) Pourquoi ne pas dire les choses simplement ? Si les Etats-Unis et Israël réunis n’ont pas réussi, à ce jour, à protéger l’avenir d’Israël, c’est que leur méthode n’est pas la bonne. » (in Le Monde du mardi 6 janvier).
Quant à mon Julius, qu’il ait tort ou raison, qu’il soit (comme c’est le cas ici) le porte-parole de l’auteur, ailleurs évidemment pas, ce personnage persiste et signe et il a de toutes façons raison car un artiste, partiel ou partial, est avant tout un homme libre.