« Un lièvre en son gîte songeait… » Tôt ce matin, c’est cette phrase qui m’a éveillé et m’a aidé à sortir d’une cotonneuse torpeur. Il faut dire que le milieu de la nuit n’en fut pas la meilleure part, loin de là ! Vers trois heures, je sursautai, soudain triste et inquiet, frissonnant, pris au piège. Et si seul ! Le visage de l’Ami au loin apparaissait, m’appelait, s’estompait… lui si mutique, si préoccupé de priorités financières, si inséré dans un “autre” rythme, une “autre” vie, un “autre” monde où le sentiment est un placement stagnant, l’amour un tracker peu négociable, la constance sous-cotée en bourse(s) ! Je songeais aussi à mon existence monotone et solitaire, nulle aspérité, nulle douceur, j’entrevoyais aussi le monde alentour si cruel et si con – pour lequel nous ne pouvons strictement rien, pas même comprendre ! –, je pensais à tout ce bavardage médiatique inepte, à cette obscénité qui de nouveau dès l’aube allait m’assiéger, aux soldes grotesques annoncées en grande pompe et qui mercredi allaient de nouveau faire mouiller les écervelées... bref, comme je me suis senti amer et désenchanté ! J’aurais souhaité que l’ombre me dissolve. Heureusement, après avoir goûté les “Impromptus” de Schubert (je vous les recommande encore, c'est d'une douceur si réconfortante), après m’être laissé masser l’âme par cette musique si fraternelle, j’ai fini par sombrer dans l’inconscience…

… pour en sortir avec le clin d’œil impromptu du fabuliste et sur l’écran le mot d’une amie fidèle m’offrant sur Internet sa fleur de gardénia ! Merci à Dame J***, merci à Maître Jean. Cette nuit, tout compte fait, n’a pas été aussi mauvaise… et il vaut mieux à présent sourire plutôt que gémir. Non pas détaler comme un pleutre mais reprendre le dur métier de vivre et affronter en foudre de guerre le 1er dimanche de l’an neuf.

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