« Pour le pilote, cette nuit était sans rivage puisqu'elle ne conduisait ni vers un port (ils semblaient tous inaccessibles), ni vers l'aube : l'essence manquerait dans une heure quarante. Puisque l'on serait obligé, tôt ou tard, de couler en aveugle, dans cette épaisseur… »

Ce soir, à 21h 06, je m’envole. Incroyable mais vrai ! Ainsi, l’A…. [mot de 5 lettres, rimant avec humour, mot “obscène” dit-il] a été plus fort que ma phobie de prendre l’avion - la dernière fois c’était en 1971 ! Ainsi, le plaisir toujours neuf de parcourir un corps archiconnu a été bien plus déterminant que d’explorer un rivage lointain. Car l’exotisme m’ennuie, l’Islam m’inquiète, voyager m’épuise, monter dans un avion me stresse, les diverses formalités m’affolent… seule m’aimante l’image de l’hôtesse tout de jaune vêtue agitant dans le Terminal 3 une pancarte portant mon nom (quelle délicate attention de sa part !) et me conduisant jusqu’à lui. Je n’aurai alors qu’à me mettre dans le sillage de Miss canari et avancer à sa rencontre, le cœur battant, comme il y a dix ans, lors de mon débarquement en gare de Lyon, je le guettais tout au bout du quai ! Par rapport à ma province natale, Paris, c’était l’inconnu, l’eldorado, le Paradis. Promesse tenue. Car si voyager ne guérit pas l’âme, l’attachement à quelqu’un qu’on a… [idem] et estime permet de ne pas errer sur la terre, de mieux savourer la vie et de finir peut-être par se responsabiliser. L’Ami lointain… demain à l’aube. En comparaison, sept heures de Boeing ne sont qu’un tout petit (mauvais ?) moment à endurer et les orages de l’aviateur-écrivain de bien vieux souvenirs littéraires !

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