samedi 29 novembre 2008
FUMER VIVIFIE
Par Michel Bellin, samedi 29 novembre 2008 à 08:00 :: General
Je me suis donc mis à fumer, de plus en plus, quoique raisonnablement. Je ne me sens pas (encore) dépendant, mais léger, euphorique, libre car je choisis mes meilleurs moments de bien-être et de disponibilité intérieure pour téter mes cigarillos parfumés à la vanille. Ce n’est donc pas un esclavage, juste un épicurisme de bon aloi : ces volutes bleues, ce geste élégant pour porter aux lèvres l’objet oblong, cette liberté souveraine de n’en déguster qu’un par jour, le malin plaisir de transgresser avec Robert, la saveur à la fois âcre et douceâtre, pour moi - outre que c’est un geste de liberté insolente (puisque fumer est de plus en plus politiquement incorrect) - c’est surtout un acte à portée philosophique : comme le tabac vanillé a un bon goût doux-amer, ainsi la vie a bon goût de bonheur éphémère… ainsi mon désespoir se fait badin et volatil… ainsi le bonheur est frelaté mais très momentanément et très provisoirement indispensable. Oui, la nicotine tue lentement et savoureusement, mais quelle importance ? dis-moi, puisque vivre, c’est perdre du terrain pour devenir un jour enfin cendre légère dispersée au vent et fumée bleue au Paradis des rêves clairs et immortels !
Et une fois de plus, c’est le Poète qui a raison (aujourd’hui Jules Laforgue) et non le politicien puritain et casse-couilles.
Et une fois de plus, c’est le Poète qui a raison (aujourd’hui Jules Laforgue) et non le politicien puritain et casse-couilles.