lundi 24 novembre 2008
LA VESPASIENNE
Par Michel Bellin, lundi 24 novembre 2008 à 08:55 :: General
Hier matin, dans la solitude de Garches, emmitouflé dans des lainages risibles, je prolongeai mon petit déjeuner par la lecture d’un de mes auteurs favoris : Pier Paolo Pasolini. Je suis tombé par hasard sur un récit à l’évidence autobiographique et qui m’a violemment ému. Je dus alors sortir - dans le jardin qui n’est qu’abandon et désolation - et là , savourant mon cigarillo, étrangement, je me sentis bien, refluant vers mon enfance, vers l’été, vers l’innocence perdue, quand rien n’est encore peccamineux : tout n’était alors que curiosité, sensation, vertige, fascination, promesse et impalpable danger. Pier Paolo explique très bien cela ailleurs : la perte de la pureté originelle, ce n’est pas au moment de la première masturbation furtive ; c’est lorsqu’on commence à s’endurcir, à se blinder, à ressembler aux adultes, à entrer dans leur clan. Le rêve de l’impalpable et incommensurable Beauté peu à peu s’effiloche alors tandis que se met en place un long processus de décomposition et de socialisation ; de reniement à soi-même et à cette sorte d’ingénu Absolu. Qui peut faire le deuil de cette innocence à jamais perdue puis dévoyée par souci de réalisme ? Mais la nature elle-même est réaliste ! Son seul objectif : survie et reproduction. Puis renaissance : de la désolation du jardin abandonné resurgiront les roses et les guêpes dorées.
Mais l’amour, lui, une fois refroidi, ne se recongèle plus…