PAROLE DE POÈTE
Par Michel Bellin, lundi 17 novembre 2008 à 09:17 :: General :: #526 :: rss
« (Un poète), c'est toujours un pays qui marche, boiteux parfois, cassé, cagneux, tanguant, tout ce qu'on voudra, mais debout, en avant, dressé comme une forêt, même si c'est son ombre toujours sur la terre qu'on voit, ou son reflet. L'illusion est complète pour qui croit le comprendre. Lui-même n'y comprend rien. Se laisser porter deçà , delà , pareil à la feuille morte. Va, vit, vibre, hirsute, ivre de jouir. Fait la nique à son image ou s'y noie. Insatisfait toujours, quoi qu'il arrive, traînant dans sa langue un pays d'exil, un paradis d'échos
et tout le reste est littérature."
Merci à Jacques de m’avoir envoyé ce texte et de m’avoir fait découvrir Guy Goffette. D’emblée, cette autre voix m’est devenue chère et puisque l’homme au chapeau noir connaît et apprécie Verlaine, Rimbaud, la Bible… et l’arôme du café dans les petits matins blêmes, j’ai déjà l’impression qu’on est de la même famille !
En plus court, cette autre définition du poète belge : "La poésie est le journal intime d'un animal marin qui est sur terre et qui veut voler."
Et puisque nous sommes tous des poètes, aujourd’hui, si tu le veux bien, même si tous les deux nous sommes très lourds et très gauches, volons, voletons du moins, élevons-nous… tentons d’échapper à nos mesquines pesanteurs dans un monde à bout de souffle, à bout d’amour !
(Mais – dit le Poète – pouvons-nous détourner le cours forcé de nos biographies ?)
Merci à Jacques de m’avoir envoyé ce texte et de m’avoir fait découvrir Guy Goffette. D’emblée, cette autre voix m’est devenue chère et puisque l’homme au chapeau noir connaît et apprécie Verlaine, Rimbaud, la Bible… et l’arôme du café dans les petits matins blêmes, j’ai déjà l’impression qu’on est de la même famille !
En plus court, cette autre définition du poète belge : "La poésie est le journal intime d'un animal marin qui est sur terre et qui veut voler."
Et puisque nous sommes tous des poètes, aujourd’hui, si tu le veux bien, même si tous les deux nous sommes très lourds et très gauches, volons, voletons du moins, élevons-nous… tentons d’échapper à nos mesquines pesanteurs dans un monde à bout de souffle, à bout d’amour !
(Mais – dit le Poète – pouvons-nous détourner le cours forcé de nos biographies ?)
Ce que j'ai voulu, je l'ignore. Un train
file dans le soir: je ne suis ni dedans
ni dehors. Tout se passe comme si
je logeais dans une ombre
que la nuit roule comme un drap
et jette au pied du talus. Au matin,
dégager le corps, un bras puis l'autre
avec le temps au poignet qui bat. Ce que j'ai voulu, un train
l'emporte: chaque fenêtre éclaire
un autre passager en moi
que celui dont j'écarte au réveil
le visage de bois, les traverses, la mort.
Dans un monde à bout de souffle à bout d’amour
figé d’effroi il édifie des terrains vagues où l’on peut se caresser dans les orties du désir. Il reste acteur de ses songes. Un jour un jour grâce à ses poèmes nous serons l’un contre l’autre dans la même goutte d’eau à nous raconter tous nos sortilèges, serrés l’un contre l’autre nous verrons le temps tomber dans une cruche bleue. Nous aurons lu Goffette et nous pourrons rêver notre vie encore une fois, encore une fois.
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Le palier
Le soleil debout dans le vert
Avec les troupeaux frais
réapprend pas à pas la rondeur du monde
Et l'équilibre au convalescent
Qui va sous sa propre chemise.
Main posée sur l'échine des jours
Il gravit lentement chaque marche du ciel
Jusqu'à ce palier derrière ta nuque
où ce qui est advenu
Et ce que tu attends
Partagent la même ombre
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Solo d'ombres (1983) , Editions Gallimard
« Maintenant c'est le noir »
Maintenant c'est le noir
Les mots c'était hier
dans le front de la pluie
à la risée des écoliers qui
traversent l'automne et la littérature
comme l'enfer et le paradis
des marelles
Tu prêchais la conversion pénible
des mesures agraires
à des souliers vernis
des sabreuses de douze ans
qui pincent le nez des rues
et giflent la pudeur
des campagnes étroites
Tu prêchais dans les flammes
du bouleau du tilleul
à des glaciers qui n'ont
pas vu la mer encore
et qui la veulent tout de suite
et qui la veulent maintenant
Maintenant c'est le noir tu
changes un livre de place
comme s'il allait dépendre
de ce geste risible en soi
que le chant te revienne
et détourne enfin
avec la poigne de la nuit
le cours forcé
de ta biographie
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Bibliographie
Éditions Gallimard :
- La vie promise, 1991 ;
- Le pêcheur d’eau, 1995 ;
- Verlaine d’ardoise et de pluie, 1996 ;
- Elle, par bonheur, et toujours nue, 1998 ;
- Partance et autres lieux suivi de Nema Problema, 2000 ;
- Oiseaux, 2001 ;
- Un manteau de fortune, 2001 ;
- Un été autour du cou, 2001 ;
- La vie promise précédée de Éloge pour une cuisine de province, poèmes, Gallimard, 2000.- Solo d’ombres, précédé de Nomadie, 2003.
- Auden ou l'oeil de la baleine
- Oiseaux
Chez d’autres éditeurs
- Quotidien rouge, poèmes; Paris, éditions de la Grisière, 1971.
- Nomadie, poèmes; Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1979.
- Huit muses neuves et nues, poèmes sur des photos de Miloslav Stibor; Virton, éditions de la revue Objectif, 1983.
- Prologue à une maison sans murs, poèmes; Mareil-sur-Mauldre, Qui Vive, 1983.
- Solo d’ombres, Ipomée , 1983 ;
- Le dormeur près du toit, poèmes; Cahiers du Confluent, 1986.
- Le relèvement d’Icare, La Louve,1987 ;
(en collaboration avec Yves Bergeret) ;
- Éloge pour une cuisine de Province, Champ Vallon, 1988 ;
- La louange de la vie : Max Elskamp, poèmes choisis présentés par Guy Goffette; Paris, éditions La Différence, coll. Orphée, 1990.
- Mariana.Portugaise, Le Temps qu’il fait, 1991 ;
- Chemin des roses, L’Apprentypographe, 1991 ;
(en collaboration avec Bernard Noël / huit dessins de Colette Deblé) ;
- Semois, les derniers planteurs, album, Bruxelles, L’Octogone, 1995, avec des photos de J. D. Burton.
- Icarius, poèmes, Paris, éd. Signum, 2000 (avec traduction anglaise de Tucker Zimmerman).
- Tacatam blues, Cadex éditeur, 2000.
- L'ami du jars ;Théodore Balmoral ; broché
- Lettres libres à Stendhal suivi de H.B. Arlea
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