Il y a dix ans, Didier, tu étais en taule près de Toulouse. Nous nous sommes rencontrés à distance. J’avais en effet spontanément répondu à ta petite annonce découverte dans un gratuit : « Détenu homo 35 ans, cultivé, ouvert, cherche jeune homme en vue relation solide et tendre. » À l’époque, je n’avais déjà hélas plus l’âge du rôle mais, poussé par une impulsion (je venais de faire mon coming-out tardif et je souhaitais chérir la terre entière !!!), je t’ai écrit. Tu m’as répondu. Nous nous sommes longtemps et abondamment et interminablement écrit. J’ai su que tu avais été un des derniers petits amis de Barthes ; je t’ai envoyé d’énormes colis de livres, les plus rares, les plus coûteux. Et puis je t’ai fait un parloir à Muret. Mon premier contact avec un centre de détention vu de l’intérieur. Quel choc ! Et ton visage à moins d’un mètre de moi, derrière la petite table, alors que le maton faisait sa ronde alentour. À mon retour en Savoie, plus rien. Le silence. Assourdissant silence. Ton cuisant et inexpliqué silence. Peut-être une amitié trop encombrante, trop compromettante en cet endroit impitoyable............

Aujourd’hui, es-tu sorti ? Enfin ! Si tu as été docile. Si tu es resté en bonne santé… Si oui, j’aimerais t’offrir un verre à Paris. Unique offre, c’est promis ! Et ce matin ce poème que je t’écrivis pour ne plus t’oublier.

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