jeudi 2 octobre 2008
LE PETIT GALOPIN…
Par Michel Bellin, jeudi 2 octobre 2008 à 06:55 :: General
« Le petit galopin de nos corps ». Joseph et Roland. Un des plus beaux livres d’Yves Navare. Le plus beau livre sur l’amour que je connaisse. Un livre grave, frémissant, passionné. Comme nous deux, ils avaient épousé des femmes – Sabine et Clotilde ; comme nous deux, ils ont eu des enfants qui ont grandi et sont partis. Mais rien ne les a plus séparés, eux, sauf maintenant la mort qui a pris Joseph. Alors Roland raconte dans un cahier ce que fut leur vie durant près de trente années. Car le temps presse…
Quand l’absence de l’Ami est trop cuisante, je relis quelques passages du livre, même si ça me fait du mal et du bien. Ce livre qu’il m’a fait découvrir et qu’il m’a offert – qu’on s’est offert – le 6 septembre 2003. Car Navare, à cause de sa Clotilde à lui, fait un peu partie de sa famille et, du coup, de la mienne (lui seul pourra comprendre s’il lit ces lignes !). Et je me prends à rêver : s’il était moins raisonnable, s’il ressentait à quel point l’essentiel est ailleurs, à quel point le temps nous presse dangereusement, il quitterait sur-le-champ Doubaï la Sérénissime (comment peut-il imaginer un seul instant que je pourrais l’y visiter un jour ? je ne fréquente pas les putes !). C’est lui qui me rejoindrait au plus vite. Pas forcément ici, peut-être ailleurs, un nouvel ailleurs. En tout cas ensemble. Oui, nous vivrions ensemble, comme Joseph et Roland, dans une grande maison solitaire, en pleine nature, sous d’autres cèdres ou de grands peupliers frissonnants, en pleine décroissance joyeusement assumée, prolongeant à dessein une interminable cure de désintoxication médiatique, dans une belle masure sentant bon le bois et la laine, non pas avec le chat Tityre, peut-être avec ce bon gros labrador dont il a toujours eu envie. Et tandis qu’il bichonnerait ses bougainvillées, aussi nu dans le soleil que sa plante vénérée, par la porte-fenêtre entrouverte il m’entendrait… Je jouerais du piano pour moi, pour lui, pour nous deux. Pour lui seul en fait, car ce ne serait pas du Mozart, mais du Chopin, le 4ème Prélude, évidemment !
Alors, il… alors tu t’approcherais, Ami, silencieusement par derrière, tu m’écouterais sans rien dire puis tu caresserais affectueusement ma nuque. À peine, on a des pudeurs à la soixantaine… « Au piano, diras-tu enfin en te moquant, tu fais l’amour avec la maison et tu me forces à vous regarder faire ! »
Non, je ne force rien ni personne ! Je rêve simplement. Plutôt, j’attends…
Est-il devenu à ce point inadmissible d’essayer de jouir du temps et de la vie ?
J’attends donc notre heure…
Quand l’absence de l’Ami est trop cuisante, je relis quelques passages du livre, même si ça me fait du mal et du bien. Ce livre qu’il m’a fait découvrir et qu’il m’a offert – qu’on s’est offert – le 6 septembre 2003. Car Navare, à cause de sa Clotilde à lui, fait un peu partie de sa famille et, du coup, de la mienne (lui seul pourra comprendre s’il lit ces lignes !). Et je me prends à rêver : s’il était moins raisonnable, s’il ressentait à quel point l’essentiel est ailleurs, à quel point le temps nous presse dangereusement, il quitterait sur-le-champ Doubaï la Sérénissime (comment peut-il imaginer un seul instant que je pourrais l’y visiter un jour ? je ne fréquente pas les putes !). C’est lui qui me rejoindrait au plus vite. Pas forcément ici, peut-être ailleurs, un nouvel ailleurs. En tout cas ensemble. Oui, nous vivrions ensemble, comme Joseph et Roland, dans une grande maison solitaire, en pleine nature, sous d’autres cèdres ou de grands peupliers frissonnants, en pleine décroissance joyeusement assumée, prolongeant à dessein une interminable cure de désintoxication médiatique, dans une belle masure sentant bon le bois et la laine, non pas avec le chat Tityre, peut-être avec ce bon gros labrador dont il a toujours eu envie. Et tandis qu’il bichonnerait ses bougainvillées, aussi nu dans le soleil que sa plante vénérée, par la porte-fenêtre entrouverte il m’entendrait… Je jouerais du piano pour moi, pour lui, pour nous deux. Pour lui seul en fait, car ce ne serait pas du Mozart, mais du Chopin, le 4ème Prélude, évidemment !
Alors, il… alors tu t’approcherais, Ami, silencieusement par derrière, tu m’écouterais sans rien dire puis tu caresserais affectueusement ma nuque. À peine, on a des pudeurs à la soixantaine… « Au piano, diras-tu enfin en te moquant, tu fais l’amour avec la maison et tu me forces à vous regarder faire ! »
Non, je ne force rien ni personne ! Je rêve simplement. Plutôt, j’attends…
Est-il devenu à ce point inadmissible d’essayer de jouir du temps et de la vie ?
J’attends donc notre heure…