Après les gosses délurés de Tony Duvert (mon blog du 2 septembre dernier), les deux gamins de Baudelaire. Je me demande parfois s’ils existent encore, du moins à Paris Ouest (même les petits Roumains chapardeurs ont disparu du métro et l’on ne va pas s’en plaindre).
Donc, c’est entendu, chacun a son portable ou sa console de jeu, ou encore ses fringues de marques le jour de la rentrée. Tout cela est bien sûr une fable : la pauvreté existe toujours, quels que soient les soubresauts du pouvoir d’achats, mais elle se fait discrète en ces temps d’hygiène sociale et de prévention tous azimuts. La pédagogie se décline même avec la démagogie : j’ai vu à la télé, vu de mes yeux vu, un reportage sur cette innovation ahurissante : à Asnières, pour favoriser la mixité sociale, un bus emmène dans les quartiers huppés quelques petits volontaires. On interviewait deux gosses à peau mordorée égarés dans une belle salle de classe éblouissante de blancheur et de propreté. Pour le moment, ils ne se quittent pas et ils ont simplement murmuré, économes de mots, qu’ici, c’est un peu « sévère ». Doux Jésus, les pauvres petits ! Mais ils vont progresser, disent les futures marraines, car l’ascenseur social commence avec l’apprentissage des bonnes manières. Moi, je ne vous dis pas, ascenseur ou non, ce que ces mômes transplantés vont souffrir et j’espère qu’ils se feront renvoyer au plus vite. Précision : le bus est pour le moment vide dans l’autre sens, on ne se presse pas chez les bourgeois pour aller explorer la précarité. Ben voyons !

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