Tony Duvert est mort le 20 août dernier. Plus exactement, il a été découvert mort chez lui, dans le petit village de Thoré-la-Rochelle (Loir-et-Cher). Seul, démuni, sans même la perfusion des mots : il n’avait rien écrit – du moins rien publié – depuis 20 ans. Je relis ces jours son Journal d’un innocent. Quelle force ! Quelle liberté ! Quelle virtuosité du style ! Une sorte de grâce et d’innocence qui font penser à Genet. Ce sauvage des Lettres (et de la vie ô combien libre) est ce qu’il est convenu d’appeler un « écrivain sexuel » ou un « écrivain maudit » - les deux vont souvent de paire. Un vrai quoi, de la trempe des Sade, pas un fabriqué-maison pour rentrée littéraire ronronnante ou faussement tonitruante.

Question : quelle grande maison oserait publier en 2008 cette apologie de la pédophilie heureuse, ce revigorant érotisme solaire dépouillé des carcans moralisateurs et des pudeurs bourgeoises passablement hypocrites ? On préfère éditer – et commenter sur une double page synoptique du Monde des Livres, pas moins !!! –
Mmes Angot & Millet, deux récidivistes du ragot d’alcôve et de l’entrecuisse moite, au style aussi plat que leurs tristes appas. Pouah ! Comment ces impudentes osent-elles prétendre transformer en Littérature amourettes fades et adultères rances ? Et croire – ou feindre de croire – que le lecteur adulte, c’est-à-dire non manipulé par les Grands Médias Prescripteurs, va s’intéresser à leur fricot et en avoir les mots à la bouche ?!

Mais revenons aux petits chéris de Tony, si vrais, eux, si touchants, si naturellement impudiques, si loin des remugles éditoriaux et des vieilles tisanes judéo-chrétiennes.

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