mardi 19 août 2008
OBJET TRANSITIONNEL
Par Michel Bellin, mardi 19 août 2008 à 09:45 :: General
Cette nuit, vers 2h 30 (notre heure habituelle), je me suis éveillé soudain : dans son lointain pays, dort-il ? Rêve-t-il ? Son épaule le fait-elle souffrir ? Va-t-il se lever en maugréant pour aller soulager sa vessie ? J’ai cherché sa main dans le noir. En vain…
Du temps où nous dormions ensemble, c’était notre signal clandestin - touchante gaminerie - une sorte de pacte ou de talisman ayant valeur d’éternité, connivence, refuge et sécurité. Ce seul geste, sans la moindre parole. Nos mains se cherchent obscurément et, une fois trouvées, nos doigts s’étreignent en silence, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que le sommeil de l’un desserre l’amical étau. A nos âges ! N’est-ce pas un peu bêta ? Mais je ne connais point d’autre signe de virile tendresse. Alors, cette nuit, en son absence, dans la touffeur aoutienne, couché sur le côté gauche qui cogne et me fait mal, j’ai serré contre ma joue son vieux polo rouge si usé jusqu’à la trame qu’il ne ressemble plus à rien (l’homme est conservateur pour certains objets !). Je le lui avais dérobé juste avant son départ pour les Emirats. Autre espièglerie assumée. Sans honte ni forfanterie. Ce n’est ni régressif ni stupide, ni ceci ni cela, « c’est ».Un point c’est tout. Histoire de le rejoindre pour pouvoir enfin me rendormir, en regrimpant en enfance, au Royaume des doudous et des nounours (pour moi, c’était une poupée de son et à tête de porcelaine qui s’appelait Catherine). L’enfance… cette contrée des effrois nocturnes et des immenses solitudes. Des regrets inconsolés.
Qui peut oublier et jouer au fanfaron ?
Du temps où nous dormions ensemble, c’était notre signal clandestin - touchante gaminerie - une sorte de pacte ou de talisman ayant valeur d’éternité, connivence, refuge et sécurité. Ce seul geste, sans la moindre parole. Nos mains se cherchent obscurément et, une fois trouvées, nos doigts s’étreignent en silence, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que le sommeil de l’un desserre l’amical étau. A nos âges ! N’est-ce pas un peu bêta ? Mais je ne connais point d’autre signe de virile tendresse. Alors, cette nuit, en son absence, dans la touffeur aoutienne, couché sur le côté gauche qui cogne et me fait mal, j’ai serré contre ma joue son vieux polo rouge si usé jusqu’à la trame qu’il ne ressemble plus à rien (l’homme est conservateur pour certains objets !). Je le lui avais dérobé juste avant son départ pour les Emirats. Autre espièglerie assumée. Sans honte ni forfanterie. Ce n’est ni régressif ni stupide, ni ceci ni cela, « c’est ».Un point c’est tout. Histoire de le rejoindre pour pouvoir enfin me rendormir, en regrimpant en enfance, au Royaume des doudous et des nounours (pour moi, c’était une poupée de son et à tête de porcelaine qui s’appelait Catherine). L’enfance… cette contrée des effrois nocturnes et des immenses solitudes. Des regrets inconsolés.
Qui peut oublier et jouer au fanfaron ?