Ludovic, mon fils cadet, lui qui ne lit jamais et s’honore de ne posséder aucun objet en papier chez lui, me fait hier cet étrange aveu : en fait, il écrit depuis longtemps, en cachette, des poèmes à lui, rien que pour lui. Il vient de me faire lire ses étonnants « Petits pas dans un songe » et il est fier, lui qui se dit inculte et amateur, d’avoir dégotté comme un grand ce « soleil noir qui lui plaît tant. Je lui explique qu’il y a d’autres oxymores chez Rimbaud (les azurs verts), Boileau (Hâtez-vous lentement), Corneille (Cette obscure clarté qui tombe des étoiles)… et même chez son looser de père parfois ulcéré de bonheur ! Le fiston m’avoue alors qu’il se remet en fait à la lecture, sur les conseils d’un de ses professeurs aux Beaux Arts, et qu’il a attaqué par Francis Ponge. Et le bonhomme lui plaît ! À mon tour d’être perplexe – à ma grande honte : mais qui est ce Ponge-là ? J’ai donc fureté ici et là et j’ai ramené dans mon filet ces quelques définitions qui m’ont enchanté.

Moralité : le monde est si vaste et notre esprit si exigu qu’on navigue sans cesse d’ignorance en incompétence. Et aussi cet aphorisme de mon crû : si jeunesse pouvait, si vieillesse savait.


Merci Loulou !

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