On reparle ces jours de la modernité de la pièce de Molière (écrite entre 1664 et 1667) à l’occasion de la mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre national de Strasbourg. « Il évite, note Le Monde, l’angle rabâché du fanatisme religieux pour préférer le thème du recours à l’homme providentiel (directeur de conscience hier, gourou aujourd’hui). Pour ce faire, le propos a été recentré sur le personnage d’Orgon. »
Vivement que ce spectacle soit donné cet automne à Paris, et aussi à Lille, Annecy, Toulouse et Nice. Ceci dit, quand on découvre sur scène un jeune et sensuel Tartuffe torse nu (Clément Bresson) alors que la pièce s’est ouverte sur le spectacle d’ados en tee-shirts avachis devant un porno crypté à la télé, on peut à nouveau se poser la question des mises en scène dites « modernes ». J’en parlais longuement hier avec un vieil ami comédien qui a joué à peu près tous les classiques depuis cinquante ans. Il avait refusé de voir le Phèdre de Chéraud alors que j’avais été personnellement subjugué par l’interprétation et la mise en scène. La tyrannie des metteurs en scènes relecteurs des auteurs le fait sourire (il y a quarante déjà à Strasbourg, me racontait-il, les femmes savantes revenaient du tennis en shorts tandis que Trissotin débitait ses vers le transistor collé à l'oreille !), le « dépoussiérage » des chefs-d’œuvre classiques le hait hurler, et la flagornerie servile de certains médias culturels le laisse de glace.
Pour finir, qui a raison ? Sans doute le spectateur – et lui seul – qui est fasciné par un spectacle inédit ou s’enfuit en criant à la trahison ! Et l’authenticité n’est pas affaire de costume ou de perruque, sans doute davantage d’intelligence et de sensibilité en accord avec les intentions de l’auteur et la modernité de son génie. Donc à voir et à discuter. Et d’abord relire Molière.

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