mardi 22 avril 2008
L’ODEUR DE L’INDE
Par Michel Bellin, mardi 22 avril 2008 à 08:22 :: General
Hier soir, vif débat à la maison. O. a déployé une carte du monde et son index impatient court de longitude en latitude : la Mongolie, le Yémen, l’Arctique… Ah ! Voyager ! Partir loin ! Moi, je reste de glace. Aucun périple ne me passionne, nulle destination lointaine même en sa compagnie ne me fascine. L’incompréhension est totale : « vieux casanier » accuse l’un ; « voyager n’est pas guérir son âme » rétorque l’autre.
Un peu plus tard, j’ai pu néanmoins m’expliquer posément. Lorsque je fais une croisière en Littérature, nul besoin de passeport ni d’aéroport, juste les mots. Sur eux, comme sur des ailes, je décolle, je m’élève, j’embrasse une vaste contrée puis je plonge au cœur de chaque personnage et je ressens tout, absolument tout, les paysages, les visages, les couleurs, les odeurs, les péripéties, les impressions, les émotions, même les silences… Pas besoin de fermer les yeux (périlleux quand on lit !), chaque fin de paragraphe ou de chapitre est une escale, chaque page est une plage vierge où s’inscrivent les traces de mon imaginaire. Et je voyage toujours en first, au chaud, chez moi, dans mon fauteuil ou dans mon lit… et pour quelques piécettes d’euros !
J’ai d’ailleurs fait ce même soir, sans même l’avoir prémédité, un test des plus concluants. Ayant pris avant de monter me coucher un livre lu il y a pas mal de temps, je tombe sur le passage qui va suivre. Embarquement immédiat : exotisme garanti, émoi intact, magie sur-le-champ reconstituée ! Nul besoin de contrôle, d’enregistrement des bagages, de passage de douane, d’interminables escales, encore des contrôles, puis des valises, des taxis, des coolies, des fatigues, des courbatures, des corvées, des suées… Immédiatement, j’étais… non, je suis en compagnie de Pasolini et de Moravia à Tekkadi, au bord du lac, dans la splendeur du couchant, au milieu de jeunes gens très sages et très beaux, dorés comme des dieux, tous convoqués par un air de flûte pour fêter ensemble le quinzième anniversaire de l’indépendance de l’Inde.
Un peu plus tard, j’ai pu néanmoins m’expliquer posément. Lorsque je fais une croisière en Littérature, nul besoin de passeport ni d’aéroport, juste les mots. Sur eux, comme sur des ailes, je décolle, je m’élève, j’embrasse une vaste contrée puis je plonge au cœur de chaque personnage et je ressens tout, absolument tout, les paysages, les visages, les couleurs, les odeurs, les péripéties, les impressions, les émotions, même les silences… Pas besoin de fermer les yeux (périlleux quand on lit !), chaque fin de paragraphe ou de chapitre est une escale, chaque page est une plage vierge où s’inscrivent les traces de mon imaginaire. Et je voyage toujours en first, au chaud, chez moi, dans mon fauteuil ou dans mon lit… et pour quelques piécettes d’euros !
J’ai d’ailleurs fait ce même soir, sans même l’avoir prémédité, un test des plus concluants. Ayant pris avant de monter me coucher un livre lu il y a pas mal de temps, je tombe sur le passage qui va suivre. Embarquement immédiat : exotisme garanti, émoi intact, magie sur-le-champ reconstituée ! Nul besoin de contrôle, d’enregistrement des bagages, de passage de douane, d’interminables escales, encore des contrôles, puis des valises, des taxis, des coolies, des fatigues, des courbatures, des corvées, des suées… Immédiatement, j’étais… non, je suis en compagnie de Pasolini et de Moravia à Tekkadi, au bord du lac, dans la splendeur du couchant, au milieu de jeunes gens très sages et très beaux, dorés comme des dieux, tous convoqués par un air de flûte pour fêter ensemble le quinzième anniversaire de l’indépendance de l’Inde.