« Il était né révolté comme d’autres naissent avec des yeux bleus » disait de lui Philippe Soupault. Cet archange noir fait partie de mes grands chéris : René Crevel.
Affaibli par la tuberculose, angoissé par des tendances suicidaires, ce jeune homme manifestait toutefois au quotidien comme dans ses livres une volonté de vivre pleinement et librement, qui le portait à refuser et à combattre toute hypocrisie et tout dogmatisme, même quand ils étaient le fait de ses compagnons de route. Il s’est donné la mort en 1935, l’âge d’or du Surréalisme et la pleine maturité pour cet écrivain de 35 ans.
Je relis ces jours « Mon corps et moi » (Ed. J.-J. Pauvert) et je suis frappé de la modernité du fond et du style. Nul besoin d’être débraillé pour faire moderne ! Avec un peu d’amertume fichée dans le cœur, je me dis que mes plus ardents amis potentiels sinon mes plus beaux amants - Paul de Montclairgeau, René Crevel, Hervé Guibert, Jeff Buckley… - tous ont vécu avant moi ou loin de moi, tous sont morts prématurément dans le triomphe mortifère de leur utopique révolte.
Ne restent plus aujourd’hui que vioquerie et banalité.

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