PÉPITES NIETZSCHÉENNES
Par Michel Bellin, lundi 17 décembre 2007 à 09:26 :: General :: #274 :: rss
C’est, dans le vieux bréviaire que je consulte souvent (« Par delà bien et mal » de Friedrich Nietzsche, Gallimard, 1971) les passages les plus soulignés, les plus usés par l’ardeur des yeux et la caresse du doigt.
• Partout où la névrose religieuse est apparue sur terre, nous la trouvons liée à trois régimes dangereux : solitude, jeûne et continence.
• Pourquoi être athée aujourd’hui ? En Dieu, le « Père » a été radicalement réfuté et non moins le « Juge », le « Rémunérateur ». Et aussi son « libre vouloir » : il n’écoute pas, et s’il écoutait, il ne pourrait quand même pas venir en aide. Le pire est ceci : qu’il semble incapable de se communiquer clairement. Manque-t-il de clarté ? (53)
• Un jour peut-être les notions les plus pompeuses, celles pour lesquelles on a lutté et souffert le plus, les notions de « Dieu » et de « péché », ne paraîtront pas plus importantes qu’un jeu d’enfant ou une souffrance d’enfant à l’homme devenu adulte – et peut-être alors l’ « homme adulte » aura-t-il besoin d’un autre jeu, d’une autre souffrance, toujours enfant, éternel enfant ! (57)
• Les contradictions, les incartades, la méfiance joyeuse, la moquerie sont toujours signes de santé : toute espèce d’absolu relève de la pathologie. (154)
• C’est la crainte profonde et soupçonneuse de tomber dans un pessimisme incurable qui a contraint des millénaires entiers à s’enferrer dans une interprétation religieuse de l’existence : la crainte de cet instinct qui pressent qu’on pourrait posséder trop tôt la vérité, avant que l’homme soit devenu assez fort, assez dur, assez artiste… Ainsi considérée, la piété, la « vie en Dieu » apparaîtrait comme le dernier et le plus subtil produit de la peur de la vérité : dévotion et ivresse d’artiste en présence de la plus systématique de toutes les falsifications, volonté d’inverser le vrai, de voir à tout prix le non-vrai. Peut-être la piété a-t-elle été jusqu’ici le moyen le plus efficace d’embellir l’homme : à travers elle, il peut si bien devenir art, surface, harmonie, bonté qu’on ne souffre plus de son aspect. (59)
• Cela, un grand homme ? Je ne vois jamais que le comédien de son propre idéal ! (97)
• Il n’existe pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale des phénomènes. (108)
• Celui qui se sent prédestiné à voir et non à croire trouve tous les croyants trop bruyants et indiscrets : il se défend d’eux. (112)
• Ce qui est fait par amour s’accomplit toujours par-delà bien et mal. (153)
• Maturité de l’homme : cela signifie avoir retrouvé le sérieux que l’on mettait dans ses jeux d’enfant. (94)
• Les grandes époques de notre vie sont celles où nous trouvons enfin le courage d’appeler notre meilleur ce que nous appelions nos mauvais côtés. (153)
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