En face de moi, un jeune rebeu, plutôt bien mis de sa personne. Sitôt installé, il sort de sa besace un pavé en collection de poche et se plonge posément dans sa lecture, l’air grave et attentif, un imperceptible sourire sur les lèvres. Tiens, me dis-je, un connaisseur. Je suis intrigué par une telle voracité. Automatiquement, je déchiffre sans peine la 1ère de couverture : « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen. Quand on connaît la longueur de l’œuvre – 845 pages dans une écriture très serrée – sa complexité touffue, parfois sa complaisance littéraire (ah ! cet interminable chapitre où la belle Ariane s’alanguit dans sa baignoire…), on peut être surpris, non ? A moins qu’il soit surprenant que je sois moi-même surpris ! Légère inquiétude : et si le jeune Solal n’allait pas jusqu’au bout du pavé… comme moi qui n’ai jamais pu dépasser le 2ème tome de Proust ! Oui, aller jusqu’à l’ultime phrase, jusqu’à la débâcle si cruelle du si sublime amour :… « et soudain la naine lui demanda d’une voix vibrante, lui ordonna de dire le dernier appel, ainsi qu’il était prescrit, car c’était l’heure. »

Lire la suite