Joseph et Roland n’auraient certainement pas l’idée de défiler sous des banderoles arc-en-ciel en se tenant enlacés mais leur amour secret est sublime, leur adhésion intime sans fond, la libre étreinte de leurs corps amoureux dessine des paysages enchanteurs, toujours variés, sinueux et odorants, souvent enjoués, peaux et muscles sans cesse tendus vers l’impossible communion des âmes… et la prose d’Yves Navarre exalte leur dialogue incessant.
Heures d’extase ou de tendresse, d’éloignement et de retrouvailles, heures enfuies qui composent l’histoire grave, frémissante et passionnée de deux hommes qui s’aiment, se sont choisis et se construisent mutuellement entre jeu et gravité, douceur et violence, don et abandon. « Deux œuvres incomplètes pour faire une œuvre à deux. » Car l’incroyable arrive, pas seulement dans la littérature, aussi dans la vie : une histoire d’amour unit deux hommes, leur vie entière. Ceux-là avaient pourtant épousé Sabine et Clotilde, ils ont eu des enfants qui ont grandi… et puis Joseph est mort avant Roland.
Comprenne qui pourra, vibrera qui voudra. C’est à l’évidence l’hymne que je préfère… aussi avec O* mon mode d’emploi et mon inspiration ! Et notre survie. Certes, il n’y a pas que le corps, mais tout passe par le corps, pages de l’esprit. Et le grand repas de nos corps nous restaure : à force de nous alimenter et de nous désaltérer, en toutes saisons, de nuit comme de jour, à force de déchiffrer nos peaux éprises, d’improviser, d’esquisser, de balbutier, de répéter, parfois d’apprendre par cœur… le Sexe devient non seulement langage de tendresse mais sacrement de salut.

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