André Comte-Sponville est philosophe (mon Sage contemporain, celui que j’ai adopté et à qui je reste fidèle). Il est aussi écrivain : il parle gravement des choses graves, simplement des choses simples. Il croit comme Pascal que « se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher. » Et comme Montaigne, que la vie vaut plus et mieux que les systèmes (et que la politique).
Depuis bientôt vingt ans, André et moi, nous nous fréquentons. Assidument et joyeusement - même s’il n’en sait rien ! Non pas Maître d’un côté, disciple de l’autre (je serai à cet égard toujours nietzschéen), plutôt compagnons de route. D’ailleurs, nous avons beaucoup de points communs : le philosophe Alain que je cite souvent sur mon site, le musicien Schubert, le deuil du christianisme et l’option d’un athéisme ascensionnel, le goût pour la correspondance, le dégoût du roman et la définition simple et profonde de la philosophie, hors caste, hors systèmes : philosopher c’est penser sa vie et vivre sa pensée pour atteindre s’il est possible le Bonheur. Ni plus ni moins. Et sur ce chemin, plus qu’un compagnon, André est un guide : tantôt il me dégrise, tantôt il m’électrise, tantôt massant mon âme, tantôt revitalisant mon énergie.J’ai l’impression qu’il m’encourage et qu’il m’attend quand je souffle pour récupérer ou que je me trompe de voie… Avec lui, vivre est une passion enthousiasmante parce que vraie, loin des mirages et des drogues. J’aimerasi, ami(e) internaute, te faire connaître et apprécier cet inestimable Ami.
Parmi les nombreux livres d’André (dont le double pavé intitulé « Vivre. Traité du désespoir et de la béatitude »), un plus modeste que j’ai découvert comme un trésor et un talisman. Je l’ai tant et si souvent ouvert et médité que sa belle couverture noire pelliculée en est ternie, la reliure cassée, les pages cornées et jaunies. Les pages, pas le message. Un message qui n’a pas pris une ride, plus essentiel que jamais, abordable, presque souriant, parce qu’il est livré au compte-goutte, d’une voix que j’imagine grave et fraternelle, au cours d’entretiens accordés à Judith Brouste, Patrick Vighetti, Charkes Juliet. C’était en 1995 et l’opus s’intitule « L’amour la solitude » aux Editions Paroles d’Aube (le trouve-t-on encore ? J’en doute). André, comme moi-même, a vieilli, je l’ai trouvé ici et là parfois pontifiant, même ennuyeux. Pourquoi pas ? Moi aussi, je radote si souvent. Mais qu’importe ! Ici, dans ce modeste ouvrage, il était(est) éblouissant, pétillant, en un mot « vivant » généreux comme le grand frère que je n’ai jamais eu (que j’ai perdu prématurément) et j’avais en le lisant, en buvant ses mots lumineux, l’impression que je comprenais tout, ou à peu près tout, que je saisissais tout bien mieux, que j’allais alors aimer bien mieux, que j’aurais avec lui désormais moins peur… J’aimerais vous faire goûter ce compagnonnage à la fois souriant et exigeant.
Avant chaque week-end, je mettrai en ligne un extrait de mon incunable préféré. Juste quelques mots pour une mise en bouche avant le voyage dont les étapes seront : amour et solitude… violence et douceur… désespoir et béatitude. Ami(e) internaute, t’embarqueras-tu avec nous chaque vendredi ? J’en suis sûr, si tu fais partie de l’équipage, tu ne le regretteras pas car André est philosophe : il aime la vie vraie. Il est aussi écrivain : il cherche une beauté qui ne mentirait pas. Si tel est ton but et ton bonheur, ton exigence aussi, je t’invite à chercher avec nous puisque « la vraie vie, ce n’est pas la littérature : la vraie vie, c’est la vie vraie. » Qui n’aimerait la goûter avidement et en imprégner ses jours ?

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